@robin : plus radicalement que Black Matter, je dirais que les lois ne sont que la résultante de notre découpage « arbitraire ». Je met arbitraire entre guillemets parce qu’en réalité, ce découpage est influencé en retour par les lois que l’on découvre au fur et à mesure, sans qu’on soit certain de qui a influencé quoi dans quel ordre, du moins dans quelle mesure. En fait, à partir du moment où notre nature nous conditionne à séparer le monde en entités distinctes, nous cherchons les rapports entre ces entités ainsi découpées les unes des autres. Mais notre configuration physiologique et suivant, psychologique, nous a incliné à des découpages particuliers, que n’auraient pas fait des êtres dotés de conscience mais configurés différemment.
Il n’y a donc pas de loi parfaitement adéquate dans l’univers, mais simplement des lois relatives à notre perception/découpage actuel de l’univers. C’est d’ailleurs ce postulat qui me fait penser qu’il est absurde de chercher des lois ultimes, dans la mesure où toute loi découle de nos conceptions particulières : les lois sont des humaines, et non divines.
Ceci étant, je ne suis pas relativiste cognitif, au sens où je ne pense pas que tout se vaut. Une connaissance physique ou cosmologique ou chimique ou biologique etc. a de la valeur selon sa capacité à permettre la prédiction d’un certain nombre de choses, et d’accomplir un certain nombre d’objectifs, ou de construire des objets réels et fonctionnels. C’est pourquoi selon moi la physique, même vouée à devenir « fausse » (relativement aux futurs paradigmes), qui permet de mettre des satellites en orbite, a beaucoup plus de valeur que l’astrologie. Mais c’est pour cela aussi que je ne suis pas fan des innombrables théories des cordes, super cordes, et bien d’autres : tout cela me fait trop penser aux innombrables circonvolutions ad hoc du modèle de Ptolémée.
Les mathématiques sont un peu différentes, au sens où on ne leur demande pas d’être fécondes dans le réel. L’expérience montre que les belles (et même les moches) mathématiques sont le plus souvent hyper fécondes, mais pas forcément tout de suite. Ceci dit, elles n’ont même pas besoin de cela pour être valides. La seule beauté justifie leur développement, dans la mesure où elles restent mathématiques, et non complètement irrespectueuses de leurs propres normes (alors c’est plus du grand n’importe quoi que des mathématiques). Tout ceci vient de ce que les mathématiques (modernes), sont des modèles (au moins dans une large mesure) indépendants du réel, et conditionnés (au moins quasiment) exclusivement par leur propre système d’axiomes dont découlent ses objets (l’ensemble des définitions valides vis à vis du système d’axiomes), tandis que la physique par définition s’intéresse à des objets lui étant préexistants et sur lesquels elle « attache » un paradigme « dont découle » des lois (guillemets parce qu’en fait c’est moins simple que ça).