En lisant « L’étranger : un ami qui vous veut du bien » j’ai cru qu’on allait parler directement ce que dit un tel titre.
Car l’immigrant nous veut bien du bien.
En tous cas, il immigre parce qu’il espère un mieux et parce qu’il imagine qu’ici il pourra vivre ce mieux. Il croit que la situation est meilleure ici que chez lui.
Il a un a priori positif sur l’endroit où il se rend, au prix de sa vie parfois .
Et il n’a aucune envie que ce mieux disparaisse à son arrivée ou après.
Une détérioration de la situation en France serait pour tous les immigrants une catastrophe invalidant leurs sacrifices, ruinant leurs ultimes espoirs.
Pour autant, chacun d’eux se doute bien que s’il se dirige vers un pays composé de souchiens et qu’il l’apprécie ainsi, il contribuera, par sa seule présence et quoi qu’il fasse, à altérer ce souchisme. Chaque immigrant sait qu’il modifie la donne dans un sens qui ne lui plaît pas mais il considère que la goutte qu’il représente n’aura qu’une incidence modificatrice minime.
C’est la somme de ces immigrants dotés de cet état d’esprit qui finit par modifier significativement la donne de départ puis la réputation.
Dans les tous premiers temps d’une vague immigratoire, les premiers arrivants se font invisibles pour ne surtout pas perturber les paramètres originels du pays d’accueil. Ils n’ont même pas lidée de réclamer des plats spéciaux et s’arrangent de tout.
Mais au fur et à mesure qu’ils constatent des rejets ou qu’en raison de leur nombre élevé le pays d’accueil commence à prendre des mesures particulières, ils ont le réflexe de se protéger en fabriquant ce dont ils ne voulaient pas au départ, une communauté active prenant parfois forme de ghettoïsation.
Et il est fréquent dans l’Histoire qu’une fois un ghetto formé, ses immigrants y vivent un idéal. Ils se retrouvent entre boudeurs de l’état d’où ils sont partis et se chamaillent donc peu politiquement. Ils ont tous le même amour pour le pays d’accueil, ils ont tous subi les mêmes rejets et ils s’arrangent pour vivre entre eux en profitant ainsi de la grande structure étatique qu’ils aiment tout en se protégeant des coups de griffes des xénophobes ou xénosaturés.
De plus les barrières linguistiques favorisent toujours les communautarismes.
Si jusqu’en 1970 nos immigrants avaient majoritairement instruits au nom de Ferry jusqu’à se croire des descendants de Gaulois, s’ils étaient nombreux à mieux connaître Montesquieu que des Parisiens, plus ça va plus les nouveaux immigrants sont des gens qui n’ont pas connu notre école coloniale et qui ne parlent donc pas le français. Les Chinois venant de Chine ne représentent qu’une très petite part des immigrants mais ils ne comprennent pas notre langue. Même les nouveaux immigrants de l’ex Indochine sont quasiment non francophones, contrairement à leurs parents et grands-parents.
Les hasards de l’Histoire font qu’il arrive que plusieurs communautés immigrantes originellement ennemies se retrouvent en face à face dans le pays d’accueil qui se voit importer involontairement un affrontement qui ne le concernait pas et qui finit par l’impliquer.
Il est impossible de recevoir deux communautés ennemies séculaires sans les voir chacune renforcer son communautarisme et sa radicalisation.
Alors que la France n’est pas pour grand chose dans la création d’Israël, dès cet état formé, il y a eu une friction inédite entre Juifs et Palestiniens, friction étendue aux Arabes musulmans voire Chrétiens et c’était pile à ce moment là que la France s’est mise à inviter les Arabes nord Africains à venir côtoyer ici la diaspora juive qui s’y trouvait depuis plus longtemps.
Ca ne pouvait pas plus mal tomber.
Il y a indiscutablement un amour des immigrants pour le pays qu’ils intègrent, mais les hasards de l’Histoire rendent parfois cet amour jaloux et un basculement paradoxal à la haine peut en survenir.
Une famille adopte un premier enfant qui met du temps à de faire une place à la mesure de ses ambitions affectives. Arrive un second enfant qui désire être autant considéré que le premier. Il suffit d’un rien d’étincelle pour que l’affrontement survienne et que la famille se retrouve cul par dessus tête.
On observe également ça dans les familles recomposées et même au sein d’une fratrie.
Toutefois, il s’agit là de principes généraux.
Il faut considérer que s’y ajoutent toujours l’intelligence des parties qui sait éviter que d’une rixe, on en vienne à une guerre. C’est grâce à cette pondération que nous pouvons observer qu’il n’y a quasiment pas de bataille rangée entre nos communautés ennemies, quasiment pas d’attentats autres que des vandalismes de tombes, alors que techniquement des mises à feu seraient possibles.
France, samedi 10 mars 2012, des centaines de milliers de Juifs partiellement sionistes, des centaines de milliers d’Arables musulmans partiellement antisionistes vivent côte à côte. Pas une seule bagarre de signalée. Dix jours, cent jours, sans un seul affrontement au sang. Deux ou trois injures, cinq ou six tombes renversées, quelques tags rageurs, rien de plus.
Il suffit d’une poignée d’Anders Breivik ou de Youssouf Fofana pour faire ça.
Nos immigrants, dans leur immense majorité, sont des gens courageux qui préfèrent clairement la paix afin de pouvoir profiter et contribuer à conserver la France qu’ils ont aimée au point de consentir à tout quitter pour elle.
L’immigré ne peut que bénir les gens vers qui il émigre et s’il maudit quelqu’un c’est ceux qui l’ont obligé à cet exil à hauts risques. Il nous arrive toujours humilié et il a sa dignité à reconstruire. Il se sent très souvent porteur d’une responsabilité nationale et apprécie les discours qui transcendent les cas individuels.
Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Ubuntu, PHP, MySQL, CKEditor.
Site hébergé par la Fondation Agoravox
A propos / Contact / Mentions légales / Cookies et données personnelles / Charte de modération

