« »« » Le XXe siècle a donc continué et poussé plus loin une liberté des moeurs et de la pensée, des femmes et des hommes, qui était déjà bien engagée. Mais alors pourquoi faire du modèle Cohen une généralisation quand historiquement cette image est très minoritaire ? Est-ce délibéré, ce qui supposerait une stratégie, ou le fil s’est-il rompu quelque part ? Une partie de la réponse est que ce fil de la liberté s’est rompu avec le Code Napoléon, monument de misogynie.« »«
Albert Cohen avait écrit le Livre de ma mère (avant que son très ami Pagnol n’écrive ses deux livres similaires) pour que son fils découvre ainsi sa grand-mère.
Et, ce faisant, il voulait d’une part venger sa mère de lui (qui n’avait pas été toujours un gentil fils) et avertir son fils afin qu’il ne reproduise pas les mêmes erreurs.
Estimant qu’il avait été trop souvent dur et autoritaire envers sa mère, il a chargé le portrait de son père. Il a caricaturé la relation entre ses parents pour mieux faire ressortir son propos qui tient en l’injustice qui est faite aux épouses-mères.
A l’intérieur de cette enveloppe, il est un fait qu’il avait plutôt honte de l’accent trop leventin de sa mère et un second fait qu’elle était immigrée et venant d’un bled de Grèce sans automobiles. Elle avait déjà de quoi être introvertie ou discrète. Ainsi, aux yeux de Cohen, sa mère -quoique aisée- ne peut en rien ressembler à une mondaine du Palais Royal au XVIII ou de Montparnasse des années folles.
J’imagine que c’est sans doute parce qu’il considérait sa mère très simple ou accessible, en rien mystique ou savante, qu’il s’était toujours senti très sûr de lui pour draguer des femmes mûres. (Dans l’Amant, c’est Leo le Chinois de 30 ans qui attend »La fille" de 15 ans devant le lycée. Albert Cohen, à 16 ans, c’était une cantatrice de 30 ans, qui l’attendait en voiture attelée devant le lycée)
Sinon, concernant les femmes du XVIII, vous allez peut-être un peu vite. Sans aucun doute, dès la mort de Louis XIV, l’aristocratie a voulu respirer et se détendre. Mais il ne faudrait pas croire que Paris était devenu un lupanar. Choderlos de Lacos a écrit Liaisons dangereuses pour dire -de façon générale- la grande différence de sort entre les hommes qui peuvent se targuer de conquêtes et les femmes qui ne peuvent prétendre qu’à la seule vertu.
A rappeler que Louis Ferdinand de France, le fils de Louis XV et de Marie Leszczynska, a professé la rigueur et la plus grande fidélité tant il avait eu honte du comportement libertin de son père.