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volt 13 décembre 2012 13:22
volt

Karma m’avait dit qu’à Beyrouth elle pouvait en loger max une demi-douzaine dans son loft, moi avec mes 400m carrés, je prenais le reste ; et il y avait bien sûr encore quelques dizaines, répartis entre les copains. Le lieu de rassemblement, par vagues minutées, était un concert de rock sur la côte, dans une boîte pour blacks ; le transport de nuit était moins risqué par des routes secondaires. Ils ne sortiraient jamais, sinon pas à plus d’un, et on avait bien bossé sur quelques faux-papiers indispensables, Karma avait son imprimerie… Il a fallu investir bouffe, mais ils savaient y faire. Pas de jambon évidemment... Je me retirais discret aux heures de leurs prières, comme Nerval sur son Santa-Barbara ; j’avais répandu quelques croix ça et là sur quelques tables, histoire qu’ils ne me prennent pas pour un mécréant.

Faut dire qu’au niveau hygiène ils m’ont foutu un beau cirque, mais ça va… c’est pour la bonne cause, puis c’était pas trop long. Heureusement que j’avais encore mes bons contacts au village, et discrets, on leur a refourgué quelques vieux kalachs bulgares, les mêmes qui avaient servi contre les soldats du vieux par ici, avec encore des fusils de chasse, quelques flingues ; les caisses de munition devaient suivre.

Ils n’avaient aucune peur, tout se faisait dans une grande joie, même si ça manquait de femmes tout ça. Leur attirail était étrange : en général, un couteau ou canif, la keffieh du nord, un pull plutôt sérieusement troué, et surtout le phone le plus hightech possible pour les contacts et le réseau. Et il a beaucoup aidé le réseau… jamais j’ai fonctionné comme ça sur vingt mails en même temps et une floppée de comptes fb.

Ensuite, assez vite, il a fallu organiser leur come back vers tell kalakh via la frontière. Pas du gâteau… mais les contacts sur les villages étaient très bons, il suffisait de livrer. Mes dons de magnétiseur sur les barrages de l’armée étaient encore meilleurs qu’à l’époque ; et avec ma formation d’acteur, j’embobinais d’avance tous les vigiles possibles, j’étais capable de tous les accents de tous les coins du bled, de changer d’âge en deux temps trois mouvements. Avant même que j’aborde un barrage, le mec baissait la tête sous le poids de la culpabilité qu’il y aurait à m’interroger… Faut dire que s’ils m’avaient pincé avec ce que j’avais en coffre, je serais encore au frais…

Une fois de retour, quel bordel ils avaient laissé ! mais ils ont vite manqué… Quelle belle ambiance ! comme ils sont beaux, généreux, solidaires, touchants, attachants. Mais déterminés surtout.

Bien sûr je leur ai jamais parlé d’AV ou même du réseau voltaire et de ce qu’on y distillait, dans l’ignorance la plus totale voire le mépris affirmé, de désinformations contre eux, contre leur peuple et la grandeur, la justesse de son combat… ils auraient explosé l’ordi, la télé, et sans doute moi avec.

C’est bizarre tout de même tous ces afghans qui parlaient si bien l’arabe.



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