145 millions d’euros versés au fisc en quarante-cinq ans de carrière, 85 % d’impôts cette année... Les chiffres cités par Gérard Depardieu pour justifier son départ en Belgique interpellent et intriguent. Sont-ils exacts ?
Payer 85 % d’impôt sur le revenu est impossible. En effet, il est calculé selon un barème progressif,
qui atteint, en 2012, 70 % dans sa tranche la plus élevée. La fameuse
taxe à 75 % sur les revenus, au-delà d’un million d’euros n’est pas
encore entrée en vigueur.
En 2011, M. Depardieu était le cinquième acteur le mieux payé en France, avec un cachet de 2 millions d’euros, selon Le Figaro. Selon le barème en vigueur en 2012 – on paye son impôt sur les revenus de l’année précédente –, M. Depardieu aurait donc dû payer 787 350 euros, soit un taux moyen de 39,4 %.
Ce, dans l’hypothèse où l’acteur n’aurait fait aucune optimisation
fiscale et n’aurait rien déduit des sommes à déclarer. Peu probable. On
peut donc postuler que les revenus de M. Depardieu sont substantiellement supérieurs à son seul cachet d’acteur. Pour arriver
à 85 % d’impôts, il est donc fort possible que M. Depardieu ait cumulé
la taxation de ses revenus et l’impôt sur les bénéfices de ses sociétés.
Quel est le patrimoine de l’acteur ? Là encore, difficile à dire. Mais pour partir le cœur léger outre Quiévrin, M. Depardieu vient de mettre
en vente son hôtel particulier de la rue du Cherche-Midi, dans le
sixième arrondissement de Paris. Son prix de vente : 50 millions
d’euros. Selon Le Figaro,
M. Depardieu en demande beaucoup pour sa propriété de 1 800 m², que le
journal, aidé d’un spécialiste du sujet, estime plutôt entre 21,6 et 45
millions.
21,5 millions d’euros placeraient ce bien dans la tranche supérieur
de l’ISF : au-delà de 3 millions d’euros, on applique une taxation de
0,5 % de la valeur du bien, avant décotes éventuelles. Mais il s’agit
ici de la résidence principale de l’acteur, qui doit donc déduire 30 %
de la valeur de son bien. Soit 6,45 millions d’euros. Il paierait donc,
hors autres abattements éventuels, une somme de l’ordre de 75 000 euros
pour cet hôtel particulier au titre de l’ISF.
Mais le patrimoine de M. Depardieu est bien plus vaste que cette propriété parisienne. Il est propriétaire d’un château dans le Val de Loire, d’une SCI dans les Yvelines, et vient de lancer la construction d’une seconde villa de 750 m² en Normandie, sur les hauteurs de Trouville.
Un patrimoine immobilier plutôt important, donc, et sur lequel il a dû s’acquitter de 0,5 %, plus une surtaxe
de 1,80 %, soit un total de 2,30 %. En imaginant que M. Depardieu ait
un patrimoine total de 100 millions d’euros, il aurait ainsi pu payer
jusqu’à 2,3 millions d’euros d’impôt sur la fortune. Quant à ses
nombreuses vignes, elles bénéficient, partiellement, d’exonérations
d’ISF.
Si on ne connaît pas précisément le patrimoine et les revenus de M. Depardieu, on peut sans conteste le classer parmi les grandes fortunes françaises. Le Wall Street Journal évoque jusqu’à 120 millions d’euros de patrimoine et d’entreprises. Et à ce titre, il a dû bénéficier du bouclier fiscal, qui plafonnait les prélèvements à 50 % du revenu au maximum.