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volt 17 avril 2013 14:32
volt

votre style est un délice, presque un délit...

en conséquence je me permets d’y ajouter une impro parallèle, 
et maladroite.

LE CACTUS

La scène était pour le moins étrange. C’est comme si tout le cirque habituel était en suspens. Les artistes, les fauves, les clowns, étaient tous de sortie devant le chapiteau, et le jeu consistait désormais dans un grand striptease, sous les huées ou les applaudissements, voire les soupirs des badauds clairsemés. Le ciel était couvert, toutes les caméras étaient au rendez vous, les télés faisaient rage.

Il fallait en revenir à une cure de jouvence, je ne sais pas, par exemple adopter très exactement la peau du jeune Français de base du début des années 60 ou 70, y tenir à cette peau, à ce regard, ne surtout pas en décrocher, et alors, très lentement, se promener, regarder, écouter surtout. C’est alors qu’en ce petit décalage pourtant à la portée de tous, on pouvait mesurer la chute, la qualifier surtout.

Et c’est comme s’il n’y avait plus de « vie », ni de vie politique en fait. Un handicap régnait sur l’Élysée. En face, c’était la décomposition : des divisions, sinon des positions extrêmes empêchaient toute contestation réelle de vraiment prendre corps ou consistance. Ce n’est pas que ces extrêmes étaient injustifiés, puisqu’ils rassemblaient tout de même un Français sur cinq, bientôt sur quatre, sinon sur trois... Mais c’est comme si le caractère hautement vaporeux, insipide, incolore du pouvoir, rendaient la critique ciblée d’autant plus compliquée à mettre en place en un suivi cohérent.

Ailleurs, un vrai discours, une vraie parole trouvaient encore leur cours, mais là encore la manœuvre était de mise : ayant participé à la mise en place du montage élyséen, il était délicat d’ouvrir la critique à toute son ampleur, tout était question de timing, de choisir de jeter l’enfant avec l’eau du bain, ou l’enfant ? ou le bain ? un cauchemar.

 

Les gens dans les rues étaient bien tristes. Ils n’étaient pas moins riches, loin de là, que leurs prédécesseurs d’il y a vingt ou trente ans, non, mais ils étaient beaucoup plus pauvres. Très. Nul enfant ne savait plus s’amuser de trois brindilles et trouver un bonheur sans mesure d’une simple boule en plastique coloré. Mais les enfants ne font jamais que traduire l’état d’esprit de leurs gardiens pubères.

Il y avait beaucoup plus de richesses, en objets, dans les rues et les foyers, mais une grande pauvreté était contée. Quelque chose de l’intérieur était perdu. Il semblait que la coloration et la grande multiplication des écrans n’était pas étrangère à cet abêtissement, à cet abrutissement massif.

 

Au détour d’un square j’aperçus, par une fenêtre, un nourrisson abandonné, tétine au sol, devant une émission de variétés. Les yeux grands ouverts, la bouche bavante mais fixe, c’était la France.

Je m’accrochais à cette fenêtre me demandant où pouvaient bien déambuler les géniteurs. Rien. Une page de pub. Puis un monsieur dont le nom pouvait bien se trouver être l’anagramme du mot « accusa » entrait en scène pour y faire, dit-on, sa « repentance ».

Ne rions pas. La France-fille est née de l’Eglise, ça lui revient peut-être comme des cauchemars dans les heures de grands vides. Mais à quoi ce vide était-il donc dû ? de quelle dette s’agissait-il là ?

L’enfant ne quittait pas l’écran des yeux, semblant plus attiré encore par le spectacle de son repentant que par la star de tout à l’heure, non mais allo quoi, qui semblait pourtant bien plus intéressante… Il n’était pas l’heure de discuter, les choix d’un enfant en imposent.

 

Dans le reflet de la vitre ouverte près de laquelle j’étais accoudé, des lumières clignotaient, une enseigne de macdo au lointain vantait encore, à cette heure décalée, les mérites de sa viande sucrée.

J’attendais toujours de voir les vieux du gosse débarquer, histoire de vérifier s’ils seraient aussi intéressés par ces histoires de repentance. De m’assurer, surtout, si cette descendance de France accrochait à cette mise en scène des aveux, du chemin de croix, de tout ce dégoulinement de moraline qui n’en finissait plus de déferler dans les rues, tant elles étaient pleine de vide.

Quel était par exemple devenu le touche-pipi du Français ? était-il sous la ceinture ?

Non, il était dans la poche.

Nuance.

Là où un sperme présidentiel us couvrait la une de tous les journaux de la planète, en cas de France, c’était le bas de laine qui mouillait la praline. Ouf… La France n’a pas changé.

 

Il y avait toutefois des signes très inquiétants : la perte du Style. Car ce qui s’imposait là sur l’écran n’était de France ni de loin ni de près. Au sens où même un lourd passé de confessionnal n’avait rien à voir avec la flagellation publique ici donnée.

Il s’agissait bien d’une importation. De masse. Le cycle « doutes, accusations, tergiversations, glissades, aveux publics, repentir public, fouettages, rédemption en live », voilà qui non seulement venait d’ailleurs, mais ne présageait rien de bon quant à la santé sexuelle de la population, donc verbale, c’est-à-dire mentale au sens large.

Une grande maladie était en cours, à moins qu’il ne s’agît d’un signe avant-coureur… Car dans des tavernes mal éclairées ou dans certains bouges, on murmurait déjà que toute la baraque était à revoir. On y veillerait, c’était sûr. Il semblait que sous la surface morose des habitants qui oeuvrent  au silence complice, les vieilles forces étaient encore bien vives, que cette lourde importation ne leur importait que très peu, qu’ils n’avaient pas perdu un brin de leur histoire dans toute cette géographie pour demeurés.

Il était cependant difficile de mesurer la part de ces épargnés qui n’étaient pas épargnants ; on les comptait surtout sous les chevelures blanches - très peu de « jeunes » dans leurs rangs. En France désormais, plus que partout ailleurs, les plus jeunes avaient tous des cheveux blancs. Quant aux jeunes de corps, la plus grande part étaient des bandes de séniles, agités, sans boussole.

Une leçon était avenir. La moraline de la rédemption ne pouvait suffire à tenir lieu de l’acte. Il était d’amour, fort comme la mort quoi. Ce chapelet de grand-mère édentée finirait au sol.

Sur la table, derrière l’enfant à la télé, une vieille machine à écrire avait été retransformée en pot de fleurs, ces gens ne manquaient pas de goût. Ils avaient pourtant choisi de laisser pousser là un cactus, ou plusieurs.




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