Bonjour Hervé Hum,
Je trouve sincèrement remarquable l’analyse de la psychopathie telle que vous la faite au travers de votre grille de lecture.
Les articles Wikipédia ne sont pourtant pas un modèle du genre : il était très mauvais sur celui de la perversion narcissique et bien que des améliorations y ont été apportées, il comporte plein d’erreurs et de mauvaises sources (confusion dans les textes) qui décrédibilisent la théorie. Toutefois, celui sur la psychopathie est beaucoup mieux référencé.
Ce que je relève de votre analyse, bien que ne pratiquant pas votre « langue » que je trouve fort perspicace pour exprimer votre vision des choses, voici ce que j’en pense et comment je la réinterprète à ma manière.
Tout d’abord : nous sommes bien d’accord sur votre postulat de départ sur le fait que « l’Univers est un jeu de miroir ».
De ce point de vue et une fois que l’on a posé ce constat, j’ai beau réfléchir, je ne vois vraiment pas comment imaginer les choses autrement. Ce détail à une importance capitale dans la psychopathie et ce n’est pas pour rien que j’ai cité Primo LEVI en introduction de mon article sur la relation d’emprise lorsqu’il écrit dans son livre « Si c’est un homme » : « « Le sentiment de notre existence dépend pour une bonne part du regard que les autres portent sur nous : aussi peut-on qualifier de non humaine l’expérience de qui a vécu des jours où l’homme a été un objet aux yeux de l’homme ».
Aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est cette expérience non humaine que font vivre les psychopathes (ou pervers) à leur « proie » (terme que je préfère à celui de « victime » se référer ici encore à l’article de Savério TOMASELLA déjà cité de nombreuses fois en lien dans mes commentaires).
Sur votre notion de DCE et surtout sur votre remarque : « Sachant que cette théorie considère que chaque dimension reste vivante à l’intérieur de chaque individu. Ceci rendant les choses infiniment complexes et compliquées ! » que j’avais anticipé avant de la lire tout en prenant connaissance de votre concept ; je dirais de plus que chaque dimension peut évoluer dans différentes directions sans pour autant accéder au niveau supérieur de conscience. Ce que vous sous-entendez très bien en situant, plus bas dans votre commentaire, les pathologies les plus graves au plus bas niveau de conscience.
Or, la psychopathologie est située au niveau du stade du miroir pour les lacaniens (ce dont Loup Rebel parlerait bien mieux que moi) ou au stade anal pour l’école freudienne. Il s’est passé « quelque chose » à ce moment là du développement de l’enfant qui lui interdit de se voir dans le miroir d’autrui. Son développement affectif a été stoppé, mais pas son développement rationnel. Et dans bien des cas, certains psychopathes « successful » ont sur-compensé cette absence de développement affectif par une hyper-rationalisation. À tel point que le développement du langage et leur aisance dans le discours sont bien souvent supérieurs à la moyenne de la population. Au niveau des mots, ils n’ont aucune difficulté à manier les mots désignant des objets, ustensiles ou autre qui sont « palpables », mais ils ont la plus grande difficulté avec les mots à consonances affectives : ils en ont des représentations étriquées (car non « ressenties ») qui les « dénaturent » de leur partie émotionnelle.
Cela explique qu’il traite les autres comme des objets. Cependant, il y a quelques subtilités à ce niveau sur lesquelles j’essaierai de revenir dans mon dernier article ; celui où je souhaiterais aborder le problème central de toute cette pathologie qui est l’empathie. Pour quelqu’un qui possède une grille de lecture telle que la vôtre, vous pouvez d’ores et déjà commencer à « percevoir » où je voudrais en venir dans ce prochain billet.
Ce que je voudrais essayer de tenter avec vous, c’est de construire une métaphore pour conceptualiser la chose. L’image est que le pervers narcissique – p.n. – ne se voit pas dans le miroir (métaphore du vampire, d’où la critique de cette expression, car au sens du DSMIV, il n’est pas narcissique, il serait plutôt a-narcissique), mais cela ne veut pas dire que le p.n. ne souhaite pas se voir dans un miroir : il aimerait bien savoir ce qui s’y cache, car il garde tout de même le sentiment de quelque chose qui lui manque et sa plus grande frayeur (refoulée et inconsciente) et de ne rien trouver en se regardant dans la glace (sentiment de vide), alors il va chercher à « voir » ce qui se trouve derrière le miroir, n’ont pas de en le regardant de face, mais en le contournant par une « parabole ». C’est cette « parabole » symbolique, cette inflexion du sens des mots ou expressions jusqu’à leurs inversions qu’exprime son langage qui se présente sous la forme de paradoxes et/ou d’une dialectique éristique.
Or, le paradoxe n’est ni « bon » ni « mauvais » (cf. mon article « la communication paradoxale »), seul l’usage que l’on en fait peut s’avérer « bon » ou « mauvais » selon que la personne qui l’a émis le reconnaisse (mise en sens = coconstruction = création) ou le nie (suppression du sens = dénégation de la communication = destruction par inversion).
Sur votre définition de la conscience, rien à dire non plus, si ce n’est que cela implique bien des choses au sujet de la « conscience » des p.n. sinon, je rajouterais que pour quelqu’un qui a puisé sa source dans des infos de qualités « passables », le résultat est surprenant.
Bonne journée !
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