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Roungalashinga 26 septembre 2013 14:28
Rounga

Rien ne vous empêche, me semble-t-il, d’attaquer la thèse de Deneb et d’argumenter.

Je n’ai jamais dit que quoi que ce soit m’empêchait d’attaquer cette thèse. En ce qui me concerne, la question soulevée ne m’intéresse absolument pas. Chercher Dieu dans les phénomènes et les causes secondes, ou au contraire y débusquer son absence, sont pour moi des impasses philosophiques et spirituelles.

Il n’y a pas quinze jours, nous avons déjà eu une discussion à propos de l’athéisme. Je me souviens d’avoir écrit pour vous répondre plusieurs pages qui étaient tout sauf des suites d’invectives. Mais finalement, c’est vous qui avez cessé de répondre.

Effectivement j’ai cessé de répondre car la conversation avait dévié de son sujet.

Je résume l’argument de Deneb : Dieu, s’il existe, est un piètre bricoleur, et le monde tel que nous le voyons nous offre surabondamment les preuves mêmes de son imperfection. J’ajouterai à cela que le premier caractères de Dieu, dans toutes les religions existantes, c’est la perfection. C’est même sur cette idée de perfection que reposait la vieille preuve ontologique de Saint-Anselme.
Je vous poserai donc cette question : peut-on dire encore aujourd’hui, avec le psalmiste, que « Les cieux et la terre chantent la gloire de Dieu » ?

Il ne faut pas être grand théologien pour savoir que, dans la religion chrétienne (car c’est bien contre celle-là que le scientisme dont participe Deneb se positionne), notre monde est déchu. La perfection n’existe pas en ce monde, qui est tombé dans le temps et la matière. Par conséquent, présenter l’imperfection comme un argument anti-théologique, c’est très mal connaître ce qu’on se propose de réfuter. Et même si l’on s’en tient à des positions déistes comme celle de Spinoza, on peut tout à fait opposer que Dieu y est conçu comme substance infinie, c’est-à-dire comme ce qui tient son être de soi-même. En rester au domaine des phénomènes particuliers pour combattre ce point de vue est donc là aussi inopérant.
En ce qui concerne la preuve ontologique, il faut bien dire que l’argument ne tient pas, comme Kant l’a démontré, si l’on considère Dieu comme une chose, c’est à dire un objet de connaissance placé dans l’univers, qui peut exister ou ne pas exister. Mais il n’en reste pas moins que cette considération a une certaine profondeur. En effet, l’Être parfait, infini, éternel, qu’on appelle Dieu représente un défi pour notre entendement et notre imagination. Par conséquent, quand nous disons « Dieu existe », ce que nous voulons désigner par cette phrase se trouve toujours au-dessus de ce que nous parvenons à nous représenter. On ne désigne donc rien. De même, si nous disons « Dieu n’existe pas », c’est que nous avons arrêté une définition de Dieu accessible à notre esprit, et par conséquent l’affirmation rate sa propre cible. On ne désigne rien non plus. Un bouddhiste dirait « on ne peut rien en dire. On ne peut pas dire qu’il est, on ne peut pas dire qu’il n’est pas, on ne peut pas dire qu’il est et qu’il n’est pas en même temps et on ne peut pas dire que ni il n’est pas, ni il est ». Il y a là un abîme pour l’esprit, et ça peut valoir le coup d’en scruter quelques temps la profondeur.
En ce qui concerne la citation du psalmiste, je vous ai déjà répondu plus haut : l’harmonie générale ne se démontre pas, car nous jugeons de l’harmonie selon les critères de notre propre entendement. Nous ne sommes donc pas objectifs dans ce jugement, qui incombe par conséquent à notre sensibilité. A noter que l’harmonie globale n’est pas opposée à l’imperfection locale, au contraire. Sur cette question, on n’a donc rien démontré, ni rien réfuté, et c’est tant mieux.



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