Votre discours est extrêmement flottant.
Je conçois que mon discours déplaise à ceux qui croient, comme Descartes, que les idées certaines sont claires et distinctes. Pascal a bien rappelé que les idées certaines sont obscures, et que trop de clarté aveugle. Dans le domaine de la pensée, dès qu’on prend un peu d’altitude, on ne peut plus s’attendre à une lumière uniforme de photomaton. Celui qui s’élève voit du clair-obscur, ce qui est clair éclairant ce qui est obscur et ce qui est obscur obscurcissant ce qui est clair. Evidemment, il faut le sentir, car si l’on veut le démontrer analytiquement, on perd la hauteur. Mais si on le sent, on ne peut pas faire comme si cela n’était pas.
Vous posez que Dieu serait extérieur à l’ensemble des phénomènes
C’est bien la définition d’un Dieu transcendant
inconnaissable, et que par conséquent on ne pourrait pas se prononcer sur la question de sa perfection, mais vous en parlez quand même.
Effectivement, vous avez raison : je parle trop de Dieu. Dans une démarche de théologie mystique on devrait parler de moins en moins de Dieu à mesure qu’on s’en approche, car, comme l’enseignait Maître Eckhart, attribuer des qualité à Dieu c’est déjà ternir sa perfection. Il est évident que ce chemin ne peut se faire que seul et ne peut pas se communiquer. On ne peut amener l’autre qu’au point où le discours n’a plus de puissance et où il faut passer à la contemplation, comme le faisait Socrate ou les maîtres zen avec leurs koans, mais on ne peut aider personne à franchir cette étape. Mais bon, quand on parle avec des athées, il faut bien utiliser des termes triviaux.
Vous refusez le dieu de la philosophie rationnelle et vous préférez vous appuyer sur le dogme de la Sainte-Eglise touchant à la question de la déchéance du monde et des créatures, mais sans vous prononcer sur la pertinence de ces dogmes.
J’affirme que le dogme de la Chute est entièrement, en tout point, intégralement et parfaitement conforme à la raison, et je crois à son entière vérité. J’espère que c’est clair comme cela.
Vous pouvez toujours vous imaginer, si cela vous amuse, qu’on écrive un chiffre par centimètre sur une bande de papier d’une longueur de quinze milliards d’années-lumière et que le nombre entier ainsi obtenu soit élevé à une puissance définie par ce même nombre ; dans l’ensemble des entiers, il existe assurément un tel nombre, mais cette petite approche un peu vertigineuse de la notion d’infini est d’un intérêt tout à fait limité, voire nul.
Effectivement, l’intérêt est nul. Descartes disait que la notion d’infini se trouvait en nous et que seule une chose infinie avait pu l’y mettre. Mais il avait, encore une fois, tort dans la manière de le dire. Effectivement, si nous considérons la suite des nombres entiers, on se rend compte que l’on peut toujours imaginer un nombre plus grand que celui qu’on a sous les yeux, et par conséquent nous imaginons l’infini. Or cela n’est pas l’infini, mais l’indéfini. Nous ne percevons pas l’infini en imaginant un espace s’agrandissant sans jamais, potentiellement, s’arrêter, mais nous sentons vaguemenr que rien ne peut nous arrêter de faire grandir cet espace. Mais nous ne le concevons pas infini, nous remplissons juste un trou dans notre imagination avec un mot. L’infini c’est autre chose. Comme le disait Nicolas de Cues, l’Infini est d’une nature différente du fini, et il n’y a pas de passage continu entre le fini et l’infini. Si nous ne percevons pas l’infini en imaginant l’indéfini, en revanche nous sommes capables de ressentir cette nature alternative de l’Infini, ce rapport surnaturel entre le fini et l’infini. C’est ce que nous appelons la Raison, et cela il faudrait quand même que les gens du XXIème le sachent !
A partir du moment où vous voyez que la question de l’être de Dieu ressemble à ça, que Dieu soit ou ne soit pas, c’est totalement indifférent et il vaut mieux se taire, effectivement, plutôt que parler pour ne rien dire, ou si peu.
Mais il faut quand même pratiquer un culte, ne serait-ce que pour s’humilier un peu et s’abêtir. Et le culte catholique est parfait pour ça. L’idéal, même si ce n’est pas très orthodoxe, ce serait d’être pratiquant non croyant.
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