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Roungalashinga 11 octobre 2013 11:34
Rounga

Oui, c’est cela le problème. Et pour moi cela vient du fait que l’anthropocentrisme du paganisme antique, encore imprégné de cette conception selon laquelle les étrangers sont des barbares, a été rendu impossible par l’universalisme du christianisme. Le nouvel anthropocentrisme s’est donc dit universaliste. Le libéralisme n’a pas souhaité répondre à la question de ce qui rend une vie digne d’être vécue, et l’a laissée à l’appréciation de chacun, le droit étant là pour empêcher que la liberté des citoyens ne nuise pas à ses semblables. Alors que le christianisme avait pour centre de gravité la personne humaine, concrète, dans son individualité et sa particularité propres (le Dieu incarné, les saints), le libéralisme a pris pour hypothèse un homme abstrait, sans aucune particularité, ni de nationalité, ni d’appartenance sociale, ni d’opinion, ni de caractère. On comprend dès lors pourquoi le roi, incarnation personnelle du pouvoir, a été remplacé par la constitution et la déclaration des droits de l’Homme. Verbe incarné contre écrit figé. Ainsi, la modernité a individualisé les hommes en les coupant de leurs racines traditionnelles, territoriales, religieuses, ainsi qu’en détruisant les relations de sociabilité élémentaires nécessaires à l’épanouissement personnel. L’aboutissement du libéralisme est donc la propagation à la terre entière de milliards d’individus standards, atomisés, n’entretenant entre eux que des rapports judiciaires et commerciaux. Or ce type d’individu est la négation même de la personne humaine, complexe, paradoxale, sociale.
La même négation de la personne est faite dans les totalitarismes modernes, où l’individu n’existe que dans la mesure où il fait partie d’une collectivité. Même si les espoirs eschatologiques marxistes ont clairement une origine judéo-chrétienne, il n’en reste pas moins que Marx, en prétendant avoir trouvé dans l’économie la clef ultime de l’explication du monde, ne regarde les phénomènes humains (sociaux, artistiques) que de l’extérieur, à travers une vitrine. En expliquant une oeuvre par le contexte économique qui l’a vu naître, il ne dit cependant rien sur ce qui fait sa qualité intrinsèque. Ce point aveugle de sa théorie lui interdit de même se poser la question de la valeur de la vie (même s’il avait conscience des effets désastreux du capitalisme sur les personnes particulières). Pour lui, la seule chose qui vaille la peine qu’on se motive est l’appropriation des moyens de production par le prolétariat, but ultime de l’Histoire et de l’Humanité. Marx a ainsi fait descendre les promesses de parousie du Ciel vers la Terre. 



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