Magdalena,
A propos de la « folie » de Nietzsche,
Je connais le monde de l’étrange, pour
l’avoir étudié, mais aussi pour le vivre
dans ma chair,
subjectivement, familialement. Le monde de l’étrange
se fragmente et
s’épuise, épuise aussi. Le monde de l’étrange croit
qu’il perd
tout, ce qu’il ignore trop souvent, c’est qu’il perd tout,sauf,
la raison. Certes,
le trouble de l’humeur est difficile à soutenir pour
un proche. Mais
ce que le système nerveux manifeste de
bouleversement
n’entrave pas la beauté et la vérité qui anime l’étranger d’un moment.
Je puis te dire que j’ai la profonde
intuition que Nietzsche était dans
l’environnement du divin. Simplement, comme la phalène, un jour,
il disparut de l’autre côté de la flamme. Pendant 10 ans il demeura
aphasique prostré dans son
enveloppe humaine. Visionnaire qu’il était,
il avait probablement
perçu le monde à venir et ne pouvait le soutenir.
Auparavant, de passage à Turin ou il
séjournait, un jour qu’il sortait
de chez lui il vit une scène de
la rue qui le bouleversa. Un charretier
s’en prenait à son cheval en
le fouettant violemment. Il se précipita
au cou du cheval,
l’embrassa sur les naseaux en lui murmurant
« mon ami, mon
frère » puis il s’effondra terrassé dans sa plus
belle
évocation philosophique « l’empathie » et se tut à
jamais.
C’était un enfant de Dieu, peut être que par humilité, il
l’ignorait.