• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Signaler un abus

Agafia 11 septembre 2015 10:36
Agafia

@ddacoudre
Ce livre fait partie de ma bibliothèque et je l’ai lu et relu et rerelu... Et pas seulement celui là. Ma bibliothèque fourmille de livres témoignages comme Chalamov, Guinzbourg, Buber-Neumann, Julius Margolin, Jacques Rossi, Malsagov, etc.... Alors l’inhumanité, je l’ai « étudiée » en long en large et en travers...


Je suis tout à fait d’accord avec vous sur l’instrumentalisation des faits, c’est dégueulasse, mais avouez que cette réalité est instrumentalisée par tous les bords, et ça nuit à la crédibilité de tous. On ne sait plus qui croire, alors on cherche des éléments un peu neutres pour tenter de se faire une idée au plus juste. Et c’est une tache vraiment difficile.

Ma famille aussi a connu l’exil, et c’est la France qui l’a accueillie, ceux de la famille qui sont restés au pays ont été massacrés. Donc je suis très sensible sur ce sujet, mais chaque époque, chaque cas est particulier. Et dans le cas précis de la migration actuelle, je dis juste : prudence. C’est tout et ça ne remet pas en cause mes valeurs humanistes.

J’aurais pu faire la même chose que vous, et écrire un article en disant : rappelez-vous le million et demi de russes « blancs » fuyant les persécutions bolchéviques... 
Mais je ne le ferai pas car établir un parallèle entre deux époques me parait douteux.

Mon arrière-grand père a d’abord envoyé sa femme et ses gosses à l’abri mais lui a continué de se battre, et il se serait battu jusqu’à la mort s’il n’avait eu, justement, sa femme et ses quatorze enfants (hé oui !!) qui avait besoin de lui. Il a fallu que la situation devienne désespérée pour le convaincre de partir. Mais il n’a jamais perdu espoir (du moins au début) que la situation allait s’inverser, et qu’il pourrait retourner dans son pays. D’ailleurs, il n’a pas demandé la nationalité française, et comme les soviets ont déchu les exilés de leur nationalité, ils se sont retrouvés apatrides et sans statut légal. Puis il y a eu le passeport Nansen... 
Bref, je n’ai pas eu vent que l’accueil des français fut mauvais en général, mais pour ne pas sombrer dans la misère, il a fallu bosser très dur. Il y avait très peu d’aides et les exilés s’entraidaient mutuellement. L’époque était différente, la France sortait de la grande guerre, il y avait du travail, surement plus qu’aujourd’hui. Ils ont fait leur vie et ont compris qu’ils ne pourraient pas retourner dans la Russie soviétique à moins de prêter allégeance aux bolchéviques, et quand bien même, ils seraient repartis, ils auraient été déportés aux Solovski ou auraient été massacrés de toute façon... Et je crois que mon arrière-grand père est mort peu à peu de ce désespoir, l’exil a été comme un coup de couteau dans son âme. D’après les souvenirs de famille, il trimballait au fond de son coeur la honte de n’avoir pas été jusqu’au bout, de n’avoir pas combattu jusqu’à la mort pour sa patrie...

Toute cette longue disgression, que vous me pardonnerez, pour dire que je sais pas ce qu’il y a dans la tête de ces hommes jeunes fuyant seuls et sans famille. Etant donné la situation actuelle, la menace islamiste qui pèse, la volonté non dissimulée de l’EI d’égrener un peu partout leurs combattants, je dis : prudence...

Et les autorités qui nous gouvernent sans nous entendre, et nous manipulent allègrement seraient bien inspirés d’écouter leurs concitoyens et de ne pas attiser la haine qui couve un peu partout, et met de l’eau au moulin de l’extrême-droite, même si ils suivent certainement le bon vieil adage : diviser pour mieux régner.

Mais ça n’augure rien de bon pour l’avenir...




Palmarès