Nous vivons dans un état laïc. C’est-à-dire un état qui a essentiellement pour fonction de s’occuper des citoyens vivants et n’est pas du tout fondé à s’interroger sur ce qu’il pourrait advenir de ceux qui viennent de quitter ce monde. Ca, c’est une question qui a toujours relevé du religieux. Il n’empêche qu’il reste difficile, après deux millénaires de christianisme, de faire l’économie du sacré. Les cérémonies républicaines, surtout lorsqu’il s’agit d’évoquer ceux qui ont trouvé la mort dans des circonstances tragiques, quelque effort qu’elles puissent révéler pour tenter de s’extraire des anciens rites religieux, paradoxalement, sont toujours menacées par le ridicule. Une messe catholique d’enterrement, c’est sans surprise : on sait très exactement d’instant en instant, à quoi il faut s’attendre. Même si on est athée, on reconnaîtra que cet effort un peu pathétique pour donner du sens à ce qui n’en peut avoir n’est pas absolument méprisable. On a l’habitude, c’est banal comme la mort elle-même, et chacun peut se livrer dans son coin à sa propre méditation sans être par trop dérangé. Au reste, beaucoup de familles qui ont dès longtemps rompu avec la religion s’efforcent d’inventer des sortes de cérémonies porteuses d’un sacré de remplacement, loin des conventions et des rites ordinaires, lesquelles viseraient à faire ressurgir, après l’instant fatal, ce qu’on qu’on avait pourtant congédié durant toute son existence. Or, la recherche d’originalité dans un tel contexte, paradoxalement, devient très vite parfaitement pénible, voire grotesque.
Lors de la fête politico-religieuse de la Fédération, le 14 juillet 1790, Talleyrand doit célébrer sur le champ de Mars une espèce de messe pas très catholique. A Lafayette qui est près de lui, il dit : « Je vous en prie, ne me faites pas rire ! « . Je ne pense pas que les gens qui étaient aux Invalides auraient dit la même chose, le contexte était trop atroce ; mais enfin, il est vrai que cela ressemblait à une espèce de divertissement triste, à la mise en scène originale d’un spectacle de variété qu’on aurait spécialement conçu pour une clientèle un peu particulière d’amateurs de larmes et de mélancolie.
J’ai regardé la chose à la télévision et je dois avouer que lorsque j’ai entendu les chansonnettes, cela m’a fait un drôle d’effet. C’était très incongru, très dérangeant. Le mauvais goût et la vulgarité socialistes dans ce qu’elles peuvent avoir de plus insane. Cela m’a rappelé tout de suite l’homme à la francisque déambulant avec sa petite fleur dans les ténèbres du Panthéon et du même coup, mais par contraste, le discours de Malraux lorsqu’on y fit entrer les cendres de Jean Moulin. Quand j’ai entendu : « vous êtes le visage de la France », cette citation en forme d’hommage à un prédécesseur assurément plus talentueux m’a paru aussi fort déplacée. Si on n’est pas habité par la même espèce de délire baroque et convulsif, si on est un petit bonhomme humain et trop humain qui ne sait pas très bien construire ses phrases, mieux vaut le rester jusqu’au bout et ne pas vouloir chausser, pour finir plus bellement, des bottes qui ne sont pas à sa pointure.
Cela dit, tout cela m’a profondément attristé. Je n’ai aucune espèce de sympathie pour les idées et les actions des socialistes, mais je ne les accablerai pas à cause de cette cérémonie. Ils ont fait ce qu’ils ont pu. C’était sans grandeur, triste, insignifiant et compassé comme peuvent l’être les discours ordinaires du ministre de l’Intérieur.
Le plus grave est ailleurs. Le plus grave, c’est que sans ces massacres, Hollande aurait reçu en grande pompe à l’Elysée, quelques jours plus tard, un certain Rohani, président de l’état le plus immonde qu’on puisse connaître actuellement sur la planète. L’iran, c’est l’Etat coranique PLUS la bombe atomique. Quand on en aura fini avec les sunnites et qu’il faudra affronter ces héritiers de l’idéologie du IIIe Reich, ce sera une tout autre affaire. Bossuet à qui je pense toujours lorsque j’entends des efforts d’éloquence n’aurait pas manqué de voir là comme un effet de la providence. Cette forfaiture et ce déshonneur nous auront donc été épargnés, mais à quel prix.
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