Entrons dans
l’hypothèse audacieuse qui verrait Marine Le Pen accéder à la
présidence.
Jouons donc le jeu des invraisemblances, après tout Michel
Houellebecq a bien fait son beurre dans son dernier livre avec une
extravagance d’une tout autre nature, un roman de fiction politique
qui a provoqué l’effroi simulé ou réel ( ce qui relève d’une
pathologie plus grave ) de quelques esprits inquiets.
En premier lieu,
posons-nous la question de l’environnement intellectuel de la
candidate ( au-delà de ses propres capacités à elle qui ne sont
pas patentes sinon dans la logorrhée répétitive ) ?
Gouverner, oui
mais avec qui ?
Un hâbleur comme Maître Collard à la justice
ou aux affaires étrangères, Philippot, premier Ministre, on voit
d’ici le topo ! Marion Maréchal à la Culture ou plutôt à
l’Inculture , un Louis Alliot à l’Intérieur transformé en
usine à tartarinades ?
Oh ! Certes on
peut s’attendre à des ralliements de troisièmes couteaux pressés
de tâter du maroquin au moins une fois dans leur vie : on a
connu ça chez les Verts avec des Placé et Emmanuelle Cosse qui ont
choisi de rejoindre les poubelles de l’histoire en passant par la
case utilités ministérielles.
Bref je crois que,
connaissant ses limites, Marine Le Pen est suffisamment intelligente
ou du moins politicienne pour ne pas souhaiter en son for intérieur
un échec qui pourrait lui permettre de se construire un avenir en
réorientant une ligne politique qui la conduit de toute évidence
dans le mur.
Le patriarche cultivait son quant-à-soi
idéologique, il n’en démordait pas et savait, le cas échéant,
évacuer les importuns par quelques phrases bien senties.
Marine Le Pen est
assise entre deux chaises, elle cultive la xénophobie qui la bloque
et l’opportunisme de gauche qui la déconsidère aux yeux d’une
partie de son canal électoral historique : moins par plus donne moins.
Son avènement
miraculeux signifierait dans les conditions actuelles la chienlit non
pas tellement du fait de la rue mais à cause d’un pouvoir en peine
de s’imposer.
Elle serait rapidement obligée par l’hostilité du vrai
suzerain, la finance, et de ses proconsuls, les autres chefs d’état
qui la contraindraient à la plus humiliante des acrobaties :
faire croire que tout a changé mais se porter garante de l’inchangé.