Plutôt que d’acabler l’auteur et les autres contributeurs de gauche de différents qualificatifs peu mènent pour leur intention de voter Bayrou, ne serait-il pas plus judicieux d’essayer de comprendre ce vote ?
Ce n’est certes pas en carricaturant Bayrou, en ressortant ses actions ou propos d’il y a quinze ans ou en l’affublant de diverses tarres comme celle d’être un horrible catholique intégriste défendeur du grand capital que le débat avancera. Comme la saillie récente de Mme Veil, ce type d’argument est contre-productif.
Pourquoi un électeur de gauche voterait-il plutôt Bayrou que Royal ? Il y a trois raisons principales :
- comme une grande majorité de français, l’électeur de gauche en a assez du clivage artificiel droite-gauche et reconnait qu’il est stérile ; il a pu constater maintes fois qu’un parti seul est incapable de réformer en profondeur et s’occupe en général de son clan plutôt que de l’intérêt général ; Le projet de Bayrou est donc à ce titre séduisant et plus constructif que le vote extrême, et il est conforté par des expériences similaires de colaitions à l’étranger.
- il exprime d’autre part des doutes quant aux capacités de Mme Royal ; celle-ci ne peut s’en prendre qu’à elle-même : en utilisant un langage démagogique et en jouant principalement sur son image, elle s’est aliénée une partie de l’électorat de gauche modérée. De plus, son aspect novateur s’est vu contredit par l’appel aux éléphants du PS. En contraste, François Bayrou tient le même discours depuis un an, ce qui assure une certaine crédibilité à ses propos, et a une attitude beaucoup plus naturelle et d’écoute, dont témoignent les nombreuses personnes rencontrées lors de ses déplacements en province.
- Enfin, l’électeur de gauche craint avant tout l’élection de Nicolas Sarkozy ; Or, celui-ci bat systématiquement Mme Royal dans tous les sondages de second tour ; Il est difficile de reprocher aux socialistes de ne pas tenir compte de sondages, puisque c’est jusement sur ces sondages qu’ils ont élus Mme Royal comme candidate àla présidentielle ; Sans doute certains s’en mordent-ils les doigts et reconnaissent que DSK eût été un meilleurs candidat, mais il est un peu tard pour revenir en arrière ; Comme le vote Bayrou semble assurer la défaite de Sarkozy au second tour et qu’en plus Bayrou est prêt à gouverner avec des socialistes modérés, il y a donc une certaine logique à ce vote. Il faut ajouter qu’en cas de duel Bayrou-Sarkozy, Bayrou serait obligé de s’appuye sur le vote socialiste, ce qui assurerait le choix d’un premier ministre socialiste, de nombreux ministres de ce parti, et de nombreux députés, et donc un politique de centre-gauche. Entre ce moindre mal et une déroute face à Sarkozy qui ébranlerait durablement le parti, il y a un choix assez logique.
Pour autant, ce choix n’est pas figé. Mais pour qu’il change, il faudrait sans doute que la campagne socialiste prenne de l’épaisseur et se concentre sur un projet de société. Pour le moment, la concentration de ses efforts à tacler Bayrou démontre combien socialistes et UMP agissent de la même façon, archaïque et politicienne.
Enfin, si tout le monde demande à Bayrou comment il pourrait former un gouvernement d’union, alors que la question pour lui ne peut se poser avant le premier tour, il est curieux que personne ne demande comment et avec qui le PS ou l’UMP gouvernerait... Le PS a quasi éliminé les verts et le PC, tout comme l’UMP ne pourrait gouverner avec l’UDF actuelle. On en reviendrait donc un un gouvernement hégémonique d’un parti, que les français rejettent. Faute de répondre aussi à cette question, le vote Bayrou demeurera le plus attractif.
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