« Racontée par la petite-fille de cette femme dont l’histoire commence pendant la deuxième guerre mondiale, l’histoire est d’abord trompeuse. On ne sait pas exactement pourquoi les hommes ne donnent jamais suite à leur première visite, pourquoi cette jeune personne ne se marie pas. Est-ce en raison du »mal de pierres« , ces calculs rénaux qui la tordent de douleur ? On devine qu’il doit s’agir d’autre chose. Et puis on ur en sache rien. A cause, aussi, d’un style sobre et poétique, concentré, sans ornement, semblable aux murs de granit des maisons sardes. A cause enfin d’une narration en spirale, qui ne dévoile que progressivement et presque fortuitement le motif central du roman. Comme si le récit rechignait d’abord à dire la vérité sur la femme dont il est question, cette jeune Sarde aux cheveux sombres, semblables à un »nuage noir et luisant« quand elle ôte ses épingles. Une presque vieille fille, pas encore mariée à 30 ans, jolie pourtant mais dont tous les prétendants se détournent les uns après les autres.finit par comprendre, au détour d’une phrase, d’une remarque. La vérité surgit par petits morceaux, comme des cailloux lâchés sur un sentier. Elle est »dérangée« , dit-on. Saisie de »lubies« , d’un grain qui »éloigne l’amour« . Toute la force du texte vient de cette façon singulière de présenter la folie comme un élément purement extérieur, au moins dans sa désignation. La narratrice le consigne, mais de manière informative et presque anecdotique.
COULEURS SPECTRALES
Bien sûr, cette femme a tenté de se tuer. Bien sûr, elle s’est mutilée - on le découvre petit à petit. Mais le plus important n’est pas là. Ce que la narration met en évidence, c’est le désir forcené d’une autre biographie, d’une existence où l’amour, la passion seraient au centre de tout. »La chose principale« , commente la narratrice, qui a retrouvé le cahier de notes de sa grand-mère. Car la »macca« , la folle, écrit. Au jour le jour, elle s’invente un autre destin, où l’amour serait roi. Une trajectoire parallèle, à l’écart de sa vie avec l’homme qu’elle a finalement épousé sans en être amoureuse. Habilement, la romancière donne les différentes versions de cette existence, celle qu’a rêvée, puis écrite son personnage et celle de l’extérieur, du monde concret. »
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