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phan 18 février 2017 00:30
Pierre Joxe : « Quand l’histoire coloniale pèse tellement sur le présent, il vaut mieux la connaître »

Ancien ministre de l’Intérieur, Pierre Joxe travaille aujourd’hui comme avocat des mineurs. Pour le Bondy Blog, il met son expertise au service d’un décryptage exceptionnel. Expliciter l’héritage colonial de la France, pour mieux comprendre l’état d’urgence et les dissensions qui, parfois, troublent les consciences dans notre pays.
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Or, oui, la délinquance est un phénomène aussi vieux que la pauvreté. Qui se vérifiait dans les banlieues parisiennes dans la zone des « fortifications » il y a un siècle. Alors qu’à l’époque, les immigrés de l’intérieur, c’étaient des petits Bretons, des petits Auvergnats, des petits Savoyards, des petits pauvres, quoi. Et c’est un phénomène d’une grande ancienneté puisque les migrations intérieures d’origine coloniale ont à peine commencé avant la Seconde guerre mondiale, mais se sont intensifiées après.
Elles sont d’ailleurs à l’origine directe de ce qu’on a appelé le « miracle économique » ou les « Trente Glorieuses ». C’était une main-d’œuvre bon marché (des travailleurs isolés, des hommes jeunes et sans coûts liés à la famille), relativement francophone, docile, encore coloniale jusqu’à la fin de la guerre d’Algérie. Qui a vécu dans des conditions épouvantables, les « bidonvilles », puis dans des logements construits à la hâte… Docile, jusqu’à ce qu’elle se révolte.
Ne pas se souvenir de ce cruel passé colonialiste et raciste, c’est s’interdire de préparer un avenir de liberté et d’égalité. Je n’oublie pas la Fraternité : mais beaucoup ignorent que ce troisième mot « Fraternité » n’a été ajouté que très tardivement à la devise révolutionnaire : en février 1848. Pourquoi donc ? Peu connue, l’explication est pourtant simple : la Déclaration des droits de l’homme n’avait pas aboli l’esclavage. Elle l’avait maintenu, cette Déclaration.
Il faut enseigner ce point d’histoire à nos enfants…
Propos recueillis par Louis Gohin



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