Un moment s’il vous plaît… Souvenirs en vrac d’un vieux monsieur
qui jouait du rock’n’roll et qui vous estropie ce petit billet…
J’étais la guitare rythmique d’un groupe de joyeux drilles
qui se marraient généreusement dans les années soixante…
Analepse
Alors que je remontais le boulevard de la Croix-Rousse pour
me rendre à l’école, empruntant un étroit espace entre mur et roulottes de
forains qui organisaient la vogue de la Croix-Rousse, un flash musical jaillit brutalement
d’une fenêtre ouverte de l’une d’elles : c’était Bill Halley : Round around the clock… Un peu court en délai
et m’étant arrêté le temps de la chanson j’ai pris une branlée flanquée de 100
lignes !
Le deuxième flash ? Plus tard accompagnant la maman aux
Galeries Lafayette ce fut, sortit de la sono de l’établissement, Apache des Shadows… Secousses.
Ensuite, quatre potes de classe réunis eurent vite compris
que la guitare était la voie royale du bonheur…
…et bien sûr de petits galas en petits galas ;
- de progrès en
progrès (d’échecs en échecs, pardi…) ;
- et de bagnole capricieuse (Traction Avant qui refusait de
bouger) ;
- et de guitare en guitare (la mienne ? une américaine
rouge, une Guild S200, au son boisé et chaleureux achetée en fraude à Genève) ;
- et de rencontres (Les Fantômes, Enrico à Vichy, dans un
cabaret l’après-midi entre deux strip-teases, Arthur, Vassiliu, Schmoll et ses
Chaussettes, Dicks et ses matous… ) ;
- et d’essais au Golfe Drouot ;
- et de piges au Palais d’Hiver ;
- et la permanence musicale au West Side à accompagner tous
les artistes qui arrivaient pour cachetonner nous arrivâmes à rencontrer Hallyday…
Ne m’en veuillez pas, je vais décevoir, ce qui nous a
intéressé, nous les musicoss, c’était
son orchestre diabolique … En voilà des bonshommes, des vrais costauds du
rythme… hypnotisés qu’on étaient… Une
qualité qu’il fallait lui reconnaître au Johnny, il ne choisissait que des bons…
Ce qui fait que notre idole devenue nationale m’est passée
au travers, peu vu, peu entendu… Il nous a laissés froids. Même pas ébréchés les
Provinciaux ! même si, sur scène, on apprécia sa prestation.
Nous sommes retournés vers Lonnie Donegan et son « The House of the Rising Sun », Chuk
Berry et « Sweet little Sixteen »
et Ray « I got a woman » et
tous ces English, les beaux et les laids, qui débaroulaient et, plus tard, le
Zimmermann qui a tout chamboulé…
Nous étions trop tournés vers l’outre-Atlantique et notre
culture musicale – comme lui – venait de là-bas ; nous le jaugions comme
un interprète imitateur, un peu plagiaire, même s’il avait de l’abattage… Nous avions
trop entendus, écoutés, disséqués les Elvis, les Cochran, les Holly, les Vincent…
Ensuite nous sommes passés à autre chose.
Si j’ai peiné quelque peu certains lecteurs qu’ils me pardonnent.
En tout cas je lui souhaite un bon voyage.