Des éléments d’information très intéressants, dans cet article de Jean Yves Le Gall, CNES
https://www.liberation.fr/debats/2019/05/21/pour-les-europeennes-prenons-de-l-altitude_1728561
Dont par exemple : "Le spatial, c’est d’abord l’Europe des réalisations concrètes au service
du citoyen. Alors que le premier âge spatial était marqué par des
considérations stratégiques et de prestige, on pense évidemment au choc
Spoutnik et à la course à la Lune entre les Etats-Unis et l’Union
soviétique, l’Europe a très tôt été la pionnière de l’espace utile. Les
deux programmes phares de l’Union Européenne, Galileo pour la navigation
par satellites et Copernicus pour l’observation de la Terre, permettent
la fourniture de services quotidiens pour des centaines de millions
d’utilisateurs européens.
- Trouver son chemin dans les dédales des rues
de Rome,
- anticiper les conséquences d’une crue du Danube,
- détecter une
marée noire en mer Egée
- ou permettre une sylviculture durable en
Finlande,
autant d’activités qui seraient impossibles sans les
satellites européens.
..
C’est en Europe qu’est né le concept du spatial commercial dans les
années 80, en créant un marché des services de lancement de satellites
avec Arianespace et un marché de l’imagerie satellitaire avec Spot Image
...
Ces réalisations tangibles ... ont nécessité une ambition politique commune et un cadre
institutionnel adapté pour voir le jour. De prime abord, le paysage
institutionnel du spatial européen paraît aussi déstructuré que la face
cachée de la Lune. Comment associer dans un même projet politique des
Etats européens aux ambitions et aux stratégies spatiales très
différentes, une organisation intergouvernementale, l’Agence spatiale
européenne et l’Union Européenne dans toute sa complexité
institutionnelle ?
...On touche là au cœur de ce qui constitue l’identité européenne : la
construction patiente, minutieuse, parfois conflictuelle, d’un
consensus. Ce processus, loin de conduire à une dilution des ambitions,
est au contraire le garant de la solidité des engagements européens,
puisqu’il prend en compte tous les intérêts exprimés. C’est exactement
de cette façon que s’est construite l’Europe spatiale, jusqu’à en faire
aujourd’hui la seconde puissance spatiale au monde derrière les
Etats-Unis.
Il a d’abord fallu trouver un cadre politique permettant à l’Union
européenne et à l’Agence spatiale européenne, deux institutions très
différentes dans leurs règles de fonctionnement, leurs objectifs et
leurs compositions, de travailler main dans la main. De la signature
d’un accord-cadre en 2004 à l’adoption d’une stratégie spatiale
européenne en 2016, en passant par la mise en place d’une compétence
partagée entre l’Union et ses Etats membres dans le traité de Lisbonne,
le chemin a été long et tortueux....
La réussite des programmes Galileo et Copernicus n’était pas acquise
il y a dix ans, tant les controverses politiques étaient vives quant à
la nécessité même de doter l’Union d’un programme spatial. L’idée a
pourtant fait son chemin, pas à pas, et l’Union propose aujourd’hui un
programme spatial de 16 milliards d’euros pour la période 2021-2027, en
augmentation de près de 50% par rapport à la période précédente, afin de
pérenniser les efforts initiaux.
Loin d’être un processus bureaucratique stérile, cette approche a
progressivement permis de dessiner les contours d’une identité politique
européenne dans le spatial. Ses piliers en sont
- l’autonomie
stratégique, qui permet d’accéder à l’espace et d’en tirer les bénéfices
sociaux et économiques ;
- l’engagement pour l’environnement et le
climat, notamment au travers du programme Copernicus qui est unique au
monde ;
- la volonté permanente d’innover, grâce à un effort important de
recherche et développement.
Tous ces thèmes font largement écho aux
défis politiques plus larges auxquels doit faire face l’Europe."