Le terme « mozarabe désignait des personnes qui, n’étant pas
Arabes à l’origine, cherchaient à le devenir ou se donnaient l’apparence de
l’être. En al-Andalus, la partie de l’Espagne et de l’Occitanie dont la ville
de Montpellier) sous domination islamique, l’usage du terme « mozarabe » pour
désigner les chrétiens n’est pas attesté par les sources, qui préfèrent
employer les termes dhimmi (se
référant à leur statut juridique de «
protégés »), nasâra (chrétiens), ou ‘agâm (non-arabes). Par contre, dans
l’Espagne du nord, de culture latine, « mozarabe » désignait des chrétiens
imprégnés de culture arabe.
L’histoire des Mozarabes a été liée aux reconstructions de
l’identité hispanique par les historiens, dans un affrontement idéologique où
se jouaient la relation de l’Espagne chrétienne avec l’islam, la question de la
continuité de l’identité espagnole et chrétienne ou de la rupture instaurée par
la conquête musulmane, rupture entre l’Espagne des Wisigoths et les royaumes
chrétiens qui sont nés de la Reconquête.
Le mythe de la résistance continue des chrétiens « mozarabes
» à l’islam s’est élaboré au 16e siècle,
alors que le cardinal Cisneros, archevêque de Tolède, restaurait la liturgie
mozarabe : les Mozarabes incarnaient cette Espagne qui pouvait se targuer de sa
« pureté de sang », n’ayant pas été mélangée aux musulmans ni aux juifs. On
redécouvrait l’histoire des martyrs de Cordoue, ces chrétiens mis à mort dans
les années 850 par les émirs omeyyades. Dans cette optique toujours vivante, la
domination islamique est perçue comme une parenthèse douloureuse dans
l’histoire de l’Espagne chrétienne, une période d’occupation qui s’est achevée
avec la Reconquête et l’expulsion des musulmans d’Espagne en 1502-1526.
À l’inverse, les philosophes du 18ème siècle qui dénonçaient
le fanatisme de l’Église catholique, préféraient voir dans la domination
islamique une période de tolérance : les martyrs de Cordoue furent alors
considérés comme des fanatiques qui avaient refusé d’accepter la civilisation
arabe, pourtant supérieure.
Au tournant du 19e
siècle, par un nouveau retournement de l’interprétation historique,
l’orientaliste Francisco Javier Simonet, dans son Historia de los Mozarabes en
España (1897-1903) a vu dans les Mozarabes une communauté héroïque qui, sous la
domination musulmane, avait farouchement conservé la religion et l’identité
latine et wisigothique. Les martyrs de Cordoue apparaissaient à nouveau comme
les héros de la lutte contre l’islam, des résistants de l’intérieur, de « vrais
Espagnols, fidèles à leur religion et à leur patrie ».
Par la suite, les travaux et les débats des historiens ont
porté sur la survie de la culture latine et d’une langue souterraine «
espagnole », le caractère superficiel de l’arabisation de la péninsule Ibérique
ou encore le rôle des mozarabes dans la transmission de la culture arabe à
l’Espagne du nord.
L’histoire est trop souvent utilisée comme une arme sur un
ring politicien, et les combattants ne reculent pas devant le recours aux
falsifications.