Présidentielle 2022 : Macron et Le Pen
largement en tête, Bertrand en embuscade, la gauche lâchée.
Dans notre enquête d’octobre, Macron
arrivait en tête dans la majorité des configurations de premier
tour ; ce n’est plus le cas aujourd’hui. Même si l’écart reste
serré, Le Pen ravit la pole position dans six scénarios sur dix,
contre un seul pour le chef de l’État, qui se situe entre 23 et 28%
(ils font jeu égal dans trois hypothèses). "C’est le reflet
d’une certaine dynamique de Le Pen autant que de relatives
difficultés de Macron dans ce contexte exceptionnel de la crise
sanitaire", décrypte Frédéric Dabi, directeur général
adjoint de l’Ifop.
Jamais l’électorat de la présidente
du RN, évalué entre 25% et 27%, n’a été si éloigné de celui du
fondateur d’En marche. "Le match Macron-Le Pen est aussi un duel
sociodémographique, diagnostique Frédéric Dabi. Il y a deux France
qui se superposent sans aucune zone de frottement."
Contrairement au passé, où l’on trouvait toujours des cadres
supérieurs pour voter à gauche ou des ouvriers à droite.
Alors que les catégories d’âge les
plus acquises à Macron restent les 18-24 ans (27%) et les plus
de 65 ans (3 %), celles qui votent le plus Le Pen sont les 25-34 ans
(35%) et les 50-65 ans (33%).
"C’est dans ces générations
charnières que Marine Le Pen atteint ses scores les plus élevés :
celle de l’insertion, touchée de plein fouet par la crise et en
recherche de stage ou de travail, mais aussi celle d’avant la
retraite, qui se fait licencier, qui épargne le moins chaque mois et
qui est confrontée à la dépendance des proches", note
Frédéric Dabi.
Plus classiquement, Le Pen demeure en
position de force chez les employés (42%) et ouvriers (45%) ainsi
que dans la population faiblement diplômée (36% chez les titulaires
d’un CAP ou d’un BEP, 34% chez les bacheliers).
Tout le contraire de Macron. À noter :
la candidate d’extrême droite, comme aux élections européennes de
2019, semble en passe de remporter la bataille du salariat (elle en
recueille 30%, soit 9 points d’avance sur le chef de l’État), et
même celle du secteur public (29%, soit 6 points d’avance).
Mais si sa dynamique semble forte, elle
s’arrête aux portes de l’Élysée : avec 46% des suffrages, elle
perdrait le second tour contre Macron (54%). Ce qui interdit toujours
à la candidate d’extrême droite, malgré ses bons scores, de
revendiquer le statut de favorite.
Second tour : Macron toujours devant
Vainqueur au second tour à 54 % : c’est un point de plus pour le
chef de l’état que dans le dernier sondage Ifop (pour Marianne) en
mars. En plein débat sur la volonté des électeurs de gauche de
faire barrage au RN, 51 % des sympathisants Insoumis et 84 % de ceux
du PS voteraient Macron. Il récupérerait 59 % de ceux qui avaient
voté Mélenchon en 2017 et 88 % de ceux qui avaient opté pour
Hamon. Le Pen serait certes battue avec 46 %, mais Frédéric Dabi le
rappelle : "Jamais, à un an du vote, un candidat frontiste n’a
obtenu un tel score."
https://www.lejdd.fr/Politique/sondage-presidentielle-2022-macron-et-le-pen-largement-en-tete-bertrand-en-embuscade-la-gauche-lachee-4037701