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Étienne Chouard 17 mai 2006 09:57
Étienne Chouard

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Axion, vous dites :

"Article fort drôle.

Évidemment, l’argent, qu’il soit gagné par un salarié ou par un actionnaire sera, tôt ou tard, remis en circulation dans l’économie. La redistribution des richesses n’a qu’un rôle social, et n’a pas de rôle économique.

Le rôle économique est la création de richesses (ou de valeurs), qui est socialement assuré par l’entreprise. (Pas d’entreprise, pas de création de valeur)."

C’est tout à fait intéressant de vous lire et on comprend mieux comment nous sommes gouvernés, ce qui ne prête pas qu’à sourire, je trouve.

Il faudrait que je reprenne l’exemple des cambrioleurs qui finissent, eux aussi, si on vous suit, par réinjecter leur butin dans le circuit économique... Êtes-vous donc aveugle pour ne pas voir que les sommes ainsi volées puis dépensées par d’autres manqueront à ceux qui les méritaient pourtant, et que ce détournement crée un vrai gros problème économique ?

Je ne dis pas non plus que les actionnaires ont volé tout ce qu’ils gagnent, bien sûr, mais je dis qu’en décidant seuls la part qui leur revient, en se servant exagérément, il volent le surplus de ce qu’ils ont mérité, ça oui.

Alors comment définir « ce qu’ils ont mérité », précisément... vaste programme que ce concept moral de mérite, j’en conviens... Programme que je propose de régler par la discussion, la confrontation des arguments avancés par les parties prenantes, bref : par un processus démocratique plutôt que par un processus léonin et occulte.

Contrairement à vous, je considère la « science économique » comme l’étude de la répartition des richesses, la gestion de la rareté, mais chacun peut avoir une vision nuancée, sans doute smiley

Je trouve notamment Bernard Maris lumineux sur ce point et sur le rôle économique de la bourse : je vous recommande notamment l’excellent « Dieu que la guerre économique est jolie » (Albin Michel, 1999), « La bourse ou la vie » (Albin Michel, 2000), « Malheur aux vaincus » (Albin Michel, 2002), sans compter l’indispensable « Anti-manuel d’économie » (Bréal, 2003).

Tout ça est facile à lire et se boit comme du petit lait : on progresse plus vite avec des professeurs qui ont vraiment envie de nous faire progresser qu’avec des professeurs qui semblent ne chercher qu’à enfumer leur prochain dans un jargon cabalistique digne des moines casuistes. Enjeu de pouvoir, sans doute.

(Comportement sectaire ultra classique que de compliquer à dessein et d’utiliser un langage ésotérique pour réserver la secte aux seuls initiés. Les économistes néoclassiques, de ce point de vue, donnent souvent un spectacle troublant.)

Donc, quand vous dites « l’argent, qu’il soit gagné par un salarié ou par un actionnaire sera, tôt ou tard, remis en circulation dans l’économie. », on se demande si vous êtes un aveugle ou un cynique sophiste :

Si ces montagnes d’argent était passées par les poches de chômeurs (en les transformant au passage en salariés, en consommateurs, en contribuables, etc.), cela changerait tout, à l’évidence, par rapport au trajet détourné par les poches d’agents économiques qui ne manquent de rien, qui ont déjà du travail, et qui épargnent plutôt les derniers euros gagnés qu’ils ne les consomment, ayant déjà largement satisfait leurs besoins élémentaires.

En présentant l’affaire vue de Sirius, en ne considérant que les masses d’ensemble, sans considérer les circuits empruntés par les signes monétaires, vous faites œuvre jésuitique, ce me semble.

Bien sûr, tous les actionnaires ne sont pas, à l’évidence, les parasites conscients et léonins que je condamne ici, (j’ai parmi mes proches, comme tout le monde, des petits retraités qu’on a enfermés dans ce piège de la retraite par capitalisation et je compatis), mais si on raisonne sur les gros actionnaires, sans doute ceux qui profitent le plus du système, la non consommation des dividendes versés semble certaine, non ?

En plus de Bernard Maris, il faut lire aussi le petit livre de Frédéric Lordon, « Fonds de pension, piège à cons ? Mirage de la démocratie actionnariale. » (Raisons d’agir, 2000).

Bon, maintenant, il faut que j’arrive à comprendre le message de gem pour répondre comme il faut à ce charmant personnage smiley

Je suis un peu débordé par le nombre de réactions, je dois dire, et je voudrais consacrer plus de temps à ce passionnant débat mais j’ai beaucoup de travail par ailleurs. Pardon de traîner un peu à répondre, donc : je fais ce que je peux smiley

Amicalement.

Étienne.



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