@njama
Superbe texte de Delphine Volange dont je vous remercie beaucoup !
La Raison des Roses, Delphine Volange (Décembre 2019)
En voici un autre, parfois mis à toute les sauces, mais restitué ici dans son originalité.
"Des gestes fous et en quelques
minutes, tout sembla confisqué : le souffle, la lumière, les vibrations
du monde. Les sirènes criaient l’urgence : il fallait faire vite pour
sauver ce qui pouvait encore l’être. Des mains s’agitaient dans tous les
sens : puisque les mots se refusaient, il ne restait que le mouvement
des corps.
Samedi 14 novembre : temps de
l’errance. Rien ne se remettait en marche, ni la lecture, ni la musique,
ni le dialogue. L’esprit disait non ; il ne supportait que le silence,
celui des ombres et du repos.
Lorsque la nuit s’annonça, l’affirmation
du prince Mychkine me revint en mémoire : « La beauté sauvera le monde »
; Dostoïevski glissait dans la bouche d’Hippolyte Terentiev, son
interlocuteur, une interrogation qui pourrait être aujourd’hui la nôtre :
« Est-il vrai, prince, que vous
avez dit un jour que la ‘beauté’ sauverait le monde ? Messieurs… le
prince prétend que la beauté sauvera le monde. Et moi je prétends que,
s’il a des idées aussi folâtres, c’est qu’il est amoureux… Ne rougissez
pas, prince ! Vous me feriez pitié. Quelle beauté sauvera le monde ? » (Dostoïevski, L’Idiot).
Oui, quelle beauté ? Celle du poème ?
« Pas un bruit
La lune seule
Dans l’éternité »
Une chose est sûre : personne ne nous empêchera d’être."
Mais il faut pousser l’explication plus avant.
En 2006, François Cheng, poète chinois qui vit en France depuis de longues
années, publiait un ouvrage intitulé : Cinq méditations sur la beauté.
D’emblée, il y posait la question radicale : qu’est-ce que la beauté, face à la
douleur et au mal qui règnent dans ce monde ? Comment peut-elle lutter contre
ce
mal ? Et il demandait :
« Une beauté qui ne serait pas fondée sur le bien est-elle encore “belle“ ? »
Sa réponse sera : non, la vraie beauté est toujours fondée sur le bien.
Cf. F. Cheng, Cinq méditations sur la beauté, Albin Michel, 2006, p. 14
« La beauté sauvera le monde » : c’est sous la plume de Dostoïevski, plus
précisément dans son roman L’Idiot, et dans la bouche de son personnage
principal, le prince Mychkine, que l’on trouve cette formule fameuse. Fameuse,
et surprenante. Le moins qu’on puisse dire est qu’elle sonne comme un paradoxe,
mais aussi comme une énigme : chacun des mots dont elle est faite, chacune des
conceptions ou des convictions qu’elle sous-
entend demande explication. Que signifie « la beauté » ? Et que signifie «
sauver le monde » ? Et de l’un à l’autre, quel rapport peut-il bien exister ? La
réponse est ici :
https://www.etienne-barilier.name/Conferences/2007/La_beaute_sauvera_le_monde.pdf
« La beauté sauvera le monde » Cf. F. Dostoïevski, L’Idiot, trad. fr. A.
Mousset, Bibl. de la Pléiade, Gallimard,
p. 464.
Bonne lecture !
Et rappelez-vous ! L’heure tourne…
Tic !Tac !
Nous sommes au moins 6 millions, rappelez-vous.
Renaud Bouchard