@Luc-Laurent Salvador
Tu définis que « l’âme — yucή [psykhè] — est un souffle supposé quitter le corps par ses ouvertures, la bouche ou ses blessures, le laissant alors inanimé ; elle a ainsi toujours été vue comme ce qui anime le corps ».
Avec cette première définition, je ne vois pas ce qui distingue un humain, une personne avec un moucheron, une tique, un tournesol, une plante carnivore ou un robot, car on pourrait considérer que les tiques et les tournesols ont une âme ?
Après, la définition de l’âme est plus précise, et me convient : il s’agit de « manifester une volonté propre et paraîtra ainsi dotée d’un pouvoir de décision et d’action visant la satisfaction de ses « désirs » — pouvoir depuis toujours considéré comme celui de l’âme qui nous anime ».
Le tournesol n’a pas de pouvoir de décision : il ne va pas confronter des représentations, des souvenirs, pour opter pour une action possible plutôt qu’une autre
Il faudrait que l’artefact ait des désirs, c’est-à-dire des affects. Il me semble qu’on ne pourra programmer que des simili-désirs : par exemple que le robot fasse en sorte de se recharger en énergie, se réparer, éviter d’être détruit. On peut aussi le programmer pour qu’il se laisse détruire pour sauver des humains. La programmation pourra être subtile : qu’il tue certaines personnes, mais « préfère » « se sacrifier » pour en sauver d’autres.
En interrogeant :
« en tant qu’entité purement mécanique que l’on sait être intégralement déterministe — même si elle peut aussi être imprévisible — comment un androïde disposerait-il d’un authentique libre arbitre ? »,
tu te places dans un incompatibilisme entre déterminisme et libre-arbitre, avec lequel je suis en désaccord.
En quoi une entité vitale ne serait pas déterministe contrairement à une entité mécanique ?
Si, pour « les matérialistes invétérés », il n’y aurait qu’« une conscience épiphénoménale émergeant d’un fonctionnement purement mécanique (neuronal) » (des « zombies »), je suis en désaccord avec cet épiphénoménalisme : car cette conscience de l’environnement, de son vécu passé, de toutes ces représentations qu’on peut confronter, est une adaptation supérieure, l’intelligence permettant d’assimiler et de s’accommoder à beaucoup plus de situations, à trouver beaucoup plus de solutions de survie.
« Dans la culture vaudou, le zombie est un mort réanimé et sous le contrôle total d’un sorcier. » « Dans les œuvres de fiction moderne, la notion de zombie tend à s’élargir et à se rapprocher de celle, plus globale, de mort-vivant, désignant toute créature animée en état de mort cérébrale » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Zombie). On comprend notre différence avec cela, avec l’esprit critique que l’on peut avoir (plus ou moins développé, selon notre opposition au conformisme, notre confrontation aux contradictions).
Après, je ne vois pas trop ce qu’appuie la « conscience océanique », où la personne, « ainsi que l’ont rapporté nombre de grands artistes et sportifs parvenus au sommet de leur art », est tellement entraînée, tellement habituée, que rien ne la perturbe, car il s’agit plutôt de moment sans plus rien à décider, à confronter, mais plus proches du « zombisme », de l’automaticité, l’automatisme (la personne pouvant se sentir comme spectateur, avoir l’impression que son stylo ou son pinceau se déplacent seuls, qu’ils sont comme sous dictée, « en état de grâce »). Je ne vois dans l’« inspiration » que tu invoques non pas une « possession divine » mais une imitation et une auto-imitation des plus travaillées, élaborées, l’« art » que tu invoques étant étymologiquement la technique.
Enfin, lorsque tu assimiles l’aspiration vers le divin au bébé guidé par la « la succion vers LA source, sa Matrice », je me demande si tu ne détruis pas le théisme que tu voudrais prouver, en termes psychanalytiques en faisant de Dieu une projection du bébé vers sa mère.
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