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Renaud Bouchard 31 décembre 2023 12:18
Renaud Bouchard

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II y a donc dans l’identité de la France ce besoin de concentration, de centralisation, contre lequel il est dangereux d’agir. Ce qui vous suggère que je ne vois pas la décentralisation d’un œil- tout à fait favorable…

L’identité de la France correspond depuis la Révolution Française et la victoire des Jacobins, au principe d’une République une et indivisible, dont l’Etat centralisé se charge de régler la distribution de biens et de services publics sur le territoire (système éducatif, administration des territoires), minimisant le pouvoir des régionalismes. La décentralisation du territoire, qui date de 1983, constitue en effet en France un processus relativement récent et une rupture dont on commence à mesurer les conséquences.Les positions fondamentales de type républicain de droite ou de gauche portaient sur la souveraineté nationale, la méritocratie le progrès social, l’égalité des chances. D’un point de vue normatif, la référence à des critères ethniques ou socio-culturels, porteuse de dérives sélectives, identitaires voire séparatistes, était inapte à fournir des critères objectifs aux politiques. De tradition républicaine, la société française semble peu perméable aux interprétations libérales ou communautariennes d’un multiculturalisme d’inspiration anglo-saxonne, qui oscille entre l’idée de tolérance mutuelle d’un côté, et de reconnaissance communautaire de l’autre.

Depuis une trentaine d’années l’approche républicaine a été  contestée puis ringardisée par le politiquement correct . 

D’un point de vue intellectuel la rupture est incarné par le philosophe Alain Renaut .Il parle de déni des différences réelles de nature ou d’appartenance culturelle des individus au sein des sociétés démocratiques. Une telle orientation assimilationniste inclurait la diversité, mais sous la forme d’une identification progressive à la culture dominante ce qui aurait historiquement limité l’autonomie éthique des individus, des groupes socio-culturels, et des institutions dans leur choix de vie et d’organisation socio-économique.

D’un  point de vue politique , pour le québécois Mathieu Bock-Côté contrairement à ce qu’on laisse souvent croire, le radicalisme des années 1960-1970 n’a pas disparu au moment du passage à la maturité de ceux qui s’étaient lancés dans une des nombreuses luttes ouvertes par le gauchisme : tout au contraire, il a profondément transformé la culture politique et la dynamique idéologique des sociétés occidentales. On pourrait reprendre l’hypothèse de Philippe Raynaud : si la gauche radicale n’est pas reconnue comme telle, c’est en bonne partie parce qu’elle est parvenue à imposer ses catégories dans la vie publique. (…) Notre monde, loin d’être sous-idéologisé, est « suridéologisé », mais nous n’en sommes plus conscients, tellement l’idéologie dominante est si écrasante qu’on ne voit plus qu’elle. « Le multiculturalisme tue toute identité commune enracinée dans une histoire …. Le multiculturalisme comme idéologie s’est développée au cœur des luttes et contestations qui ont caractérisé les radical sixties et les radical seventies et s’est alimenté de références idéologiques venant des deux côtés de l’Atlantique. Par ailleurs, de grands intellectuels français ont joué un rôle majeur dans la mise en place de cette idéologie, née du croisement d’un marxisme en décomposition et des revendications issues de la contre-culture. Michel Foucault et Alain Touraine, par exemple, ont joué un grand rôle dans la construction globale de l’idéologie multiculturaliste. En fait, je dirais que la crise du progressisme a frappé toutes les gauches occidentales. »


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