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Yves Guéchi 2 juillet 2025 17:48
Yves Guéchi

@joletaxi

Merci pour votre commentaire, qui illustre bien un sentiment de lassitude face à des politiques environnementales souvent perçues comme inefficaces ou coûteuses, et face à un discours climatique jugé excessif. Mais il est important de revenir aux faits, car l’ironie et la caricature ne remplacent ni l’analyse ni la réalité scientifique.

D’abord, les Accords de Paris n’ont jamais été la garantie d’un monde sauvé, mais une tentative — certes imparfaite — de coordination internationale face à une urgence climatique désormais observable partout. Ces accords fixaient un objectif de limitation du réchauffement à +1,5°C ou +2°C par rapport à l’ère préindustrielle. Or, en 2024, nous avons déjà franchi provisoirement le seuil de 1,5°C. Cela ne signifie pas la fin du monde, mais le début d’un basculement aux conséquences multiples : canicules, sécheresses, incendies, montée des eaux, crises agricoles, migrations climatiques.

Que la France se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale n’est pas une opinion de « Mme Papiermaché », c’est une donnée scientifique. L’effet de continentalité, la disparition des forêts, la pollution atmosphérique urbaine, le retrait des glaciers alpins, tout cela joue sur nos températures. Et ces phénomènes ne relèvent pas d’un caprice de la nature, mais bien de l’impact humain sur les équilibres climatiques.

Vous évoquez les éoliennes et les panneaux solaires comme une « ruine paysagère ». C’est un point de vue partagé par une partie de la population, en particulier dans les zones rurales. Mais si la transition énergétique était aussi simple que de ne rien changer, nous n’en serions pas là. L’enjeu n’est pas d’aimer ou non les énergies renouvelables, mais de sortir des énergies fossiles responsables d’une grande partie des émissions de gaz à effet de serre. Ce n’est pas une idéologie, c’est un impératif physique. Le charbon, le pétrole, le gaz naturel sont à l’origine d’un emballement climatique désormais visible, même pour les plus sceptiques.

Interdire la recherche et l’exploitation des hydrocarbures en France n’a pas été fait par dogmatisme, mais parce que ces ressources sont marginales et leur exploitation locale aurait eu un impact environnemental disproportionné. La France importe, en effet, la quasi-totalité de ses hydrocarbures. Miser sur une transition énergétique structurée, indépendante, renouvelable, c’est aussi un enjeu stratégique pour l’avenir.

Quant à la taxe carbone, elle a été imposée maladroitement, c’est vrai. Elle a touché injustement les plus précaires, les territoires déjà marginalisés, les professions dépendantes de la mobilité. Ce fut une erreur politique et sociale, qui a déclenché une révolte légitime. Mais l’idée d’intégrer le coût climatique dans les prix n’est pas absurde en soi : elle est appliquée dans de nombreux pays, avec des compensations sociales efficaces. Ce n’est pas la fiscalité écologique qui est le problème, c’est la manière dont elle est pensée et appliquée.

Sur les 300 milliards d’euros que vous évoquez, personne ne veut « voler » ces sommes. Il s’agit d’estimations de ce qu’il faudrait investir d’ici à 2030 pour adapter notre économie, rénover nos bâtiments, transformer nos transports, repenser notre agriculture. Ce sont des investissements, pas des dépenses jetées par la fenêtre. Et leur alternative, c’est de payer plus tard pour des catastrophes, des inondations, des incendies, des pertes économiques massives, des conflits sociaux, des ruptures d’approvisionnement. Ce n’est pas une lubie verte, c’est une anticipation des coûts futurs.

Enfin, la dernière partie de votre commentaire évoque l’arrivée de populations habituées à des climats chauds, comme si cela constituait une « compensation ». Ce raccourci est aussi inexact qu’inquiétant. Le changement climatique est un facteur de déstabilisation globale. Il accentue les inégalités entre pays, pousse des millions de personnes à fuir des zones inhabitables, renforce les tensions géopolitiques. Il ne s’agit pas d’un échange entre un réchauffement ici et une adaptation importée d’ailleurs. Il s’agit d’un bouleversement planétaire, dont les effets se feront sentir partout, même dans les pays historiquement tempérés.

Et si, par miracle ou par perturbation du cycle solaire, les températures revenaient à celles du « petit âge glaciaire », cela n’aurait rien de salvateur : des millions de morts par famine, des épidémies, une Europe en crise agricole permanente, des hivers invivables. Le climat stable et tempéré que nous avons connu au XXe siècle n’est pas la norme de l’histoire de la planète, mais une parenthèse précieuse — que nous sommes en train de refermer à toute vitesse.

En somme, ce n’est pas la nature qui est ingrate. C’est notre rapport à elle qui est devenu imprudent. Ce que nous vivons aujourd’hui est le fruit de décennies d’inaction, de demi-mesures, d’aveuglement volontaire. Rire de tout cela, ou s’en moquer, est un réflexe humain face à l’angoisse. Mais l’heure n’est plus au sarcasme. Elle est à la responsabilité. Et à l’action.



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