@Enki
Réaliser qu’un paradigme scientifique entier pourrait être fondamentalement erroné est une expérience vertigineuse. C’est le même vertige que Copernic a dû ressentir quand il a compris que la Terre n’était pas le centre de l’univers, que tout ce qu’on croyait savoir sur la cosmologie devait être repensé. C’est le vertige de voir s’effondrer une vision du monde, un système de pensée, une manière de donner du sens aux observations. C’est aussi le vertige de réaliser que les mots que nous utilisons quotidiennement, que nous croyons neutres et descriptifs, sont en réalité chargés de présupposés, qu’ils structurent notre pensée de manière invisible, qu’ils nous emprisonnent dans un cadre conceptuel dont nous n’avons même pas conscience.
Ce qui est peut-être le plus vertigineux, c’est de réaliser que ce changement de paradigme n’attend pas de nouvelles observations spectaculaires ou de nouvelles technologies révolutionnaires. « Toutes les connaissances nécessaires pour remettre en question le paradigme virologique sont déjà disponibles ». La découverte des exosomes date de plusieurs décennies, leur capacité à transporter des ARN a été démontrée en 2007, l’existence et l’importance des éléments génétiques mobiles comme LINE-1 sont bien établies. Les protéines à caractère fusionnel sont bien identifiées. Ce qui manquait n’était pas la connaissance, c’était le courage de remettre en question le vocabulaire et les présupposés de toute une discipline.
La virologie se trouve aujourd’hui dans une situation étrangement similaire à celle de l’astronomie au seizième siècle. Elle possède un « système explicatif sophistiqué », un « vocabulaire technique élaboré », des « prédictions qui fonctionnent dans certains contextes », et un « consensus institutionnel puissant ». Mais elle fait face à des observations qui ne cadrent pas avec son paradigme : l’existence des exosomes morphologiquement identiques aux « virus », le transport d’ARN par ces exosomes, l’activation d’éléments génétiques mobiles dans les mêmes contextes où on détecte des « virus », la fusion cellulaire endogène, l’impossibilité de séparer rigoureusement exosomes et « virus », la circularité de l’assemblage génomique. Face à ces anomalies, elle multiplie les épicycles : rétrovirus endogènes, quasi-espèces, latence, échappement immunitaire.
Le changement de paradigme ne sera pas facile. Elle se heurtera à la résistance du pouvoir institutionnel, à l’inertie du consensus, à l’investissement émotionnel de milliers de chercheurs dans le paradigme établi. Mais si l’histoire nous enseigne quelque chose, c’est que la vérité finit toujours par émerger, que les paradigmes erronés finissent toujours par tomber, et que les mots qui emprisonnaient la pensée finissent toujours par être remplacés par des mots qui la libèrent. La question n’est pas de savoir si ce changement aura lieu, mais quand, et qui aura le courage de le porter. L’histoire du géocentrisme nous rappelle que ce courage est rare, mais qu’il est précisément ce dont la science a besoin pour progresser.