@olivier cabanel
Pour davantage de précisions, pour ceux qui en souhaitent.
L’article
5 de la Constitution française (garant du respect des traités) n’est pas une simple recommandation
ou une option politique : c’est la définition
même de la charge présidentielle.
Un
candidat qui annonce à l’avance qu’il ne respectera pas les traités
européens annonce, par définition, qu’il
n’exercera pas la fonction présidentielle telle que la Constitution
de 1958 l’exige.
Si
un président en exercice décidait de signer des décrets ou
d’ordonner à son gouvernement de violer délibérément et
durablement le droit européen, il s’exposerait au seul
contre-pouvoir direct prévu contre le chef de l’État :
l’article
68 de la Constitution.
Cet
article permet au Parlement (constitué en Haute Cour) de destituer
le président de la République
en cas de « manquement à ses devoirs manifestement incompatible
avec l’exercice de son mandat ».
Le fait pour le «
garant du respect des traités » de saboter activement et
unilatéralement les traités de l’UE pourrait être juridiquement
qualifié par les parlementaires de manquement caractérisé, ouvrant
la voie à une destitution.
On ne peut pas «
faire sans faire » : la France ne peut pas cesser d’appliquer
les traités (TUE/TFUE) tout en prétendant rester membre d’une Union
qui n’existe que par et à travers ces mêmes traités !
Présenter le projet
de la LFI comme une « insoumission » ou une « refondation
» permet de capter la colère sociale contre les règles de
Bruxelles, sans assumer le coût électoral d’un saut dans le vide
économique.
Ainsi, plutôt que
de demander formellement le « Frexit » (via l’article
50), la stratégie consiste à violer les traités pour forcer
les partenaires européens à prendre la responsabilité de la
rupture.
En refusant
d’admettre qu’une désobéissance unilatérale et définitive
équivaut à une rupture, le programme de Jean-Luc Mélenchon
entretient une ambiguïté
sémantique.
Sur le strict plan
des faits, un président qui applique ce programme place la France
sur des rails qui mènent à une seule et unique destination : la
sortie de l’Union européenne, faisant de la «
désobéissance » l’antichambre masquée du Frexit.