Je voudrais éclairer la réflexion et donner mon point de vue sans esprit de polémique. Je précise d’abord que je travaille à Khartoum depuis plus de 10 ans, avec des ONG au service des réfugiés du Sud Soudan qui sont encore environ deux millions autour de Khartoum et qui commencent à retourner chez eux.
Voici un extrait de la résolution 1679 adoptée par le Conseil de sécurité le 16 mai 2006 : "Le Conseil de sécurité, Se félicitant du succès des pourparlers intersoudanais tenus sous l’égide de l’Union africaine à ABUJA (Nigéria), (et aussi des USA et des L’Union Européenne) Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, 1. Demande aux parties à l’Accord de paix au Darfour de respecter les engagements qu’elles ont pris et de mettre l’Accord en application sans retard, invite instamment les parties qui ne l’ont pas fait à signer l’Accord sans attendre et à ne rien faire qui pourrait en empêcher l’application, et entend envisager de prendre, notamment en réponse à une demande de l’Union africaine, des mesures énergiques et efficaces, telles que l’interdiction de voyager et le gel d’avoirs, à l’encontre de toute personne ou tout groupe qui contreviendrait à l’Accord de paix au Darfour ou tenterait d’en empêcher la mise en œuvre."
Mr Abdul Wahid Al-Nur, qui a participé aux négociations d’Abuja mais qui s’est dissocié des signataires, apparemment suite à des rivalités personnelles, rentre donc dans cette catégorie. Je doute donc qu’il soit utile de lui dérouler le tapis rouge... Le pousser lui aussi à revenir à une table de négociation serait certainement plus utile.
Pourquoi par exemple refuse-t-il de rencontrer le 1er vice-président du Soudan (Salva Kiir, ancien leader des rebelles du Sud) qui offre sa médiation pour la reprise de négociations, qui est allé exprès à Ndjaména pour cela, puis Al Fasher, puis a suggéré une rencontre dans la capitale du Sud Soudan, en vain... Mr Al-Nour aurait sans doute été plus utile dans ces rencontres que dans les hôtels parisiens... On pourrait d’ailleurs se demander pourquoi les rebelles du Sud Soudan (une guerre qui a fait 2 millions de morts) n’ont jamais réussi à convaincre les tribus du Darfour de se joindre à eux pendant les 20 ans qu’a duré leur guerre...
Je ne prends pas ici la défense du régime islamique de Khartoum avec lequel j’ai eu souvent des rapports très conflictuels - présent depuis 10 ans à Khartoum avec des ONG au service des réfugiés du Sud Soudan - mais il faut tout de même reconnaître que ce même régime partage maintenant le pouvoir fédéral et les richesses avec les rebelles sudistes qu’il a combattus suite aux accords de Naivasha de janvier 2005, Le Vice président du gouvernement fédéral et plusieurs ministres importants(dont les Aff Etr), 16 ambassadeurs, etc... sont d’anciens rebelles, le Sud jouit d’un gouvernement LAÏC largement autonome, les revenus du pétrole sont partagés entre le Nord et le Sud selon des critères minutieusement établis, les deux armées (Nord et Sud) coexistent, parfois dans des unités communes, le SPLA s’est reconverti en parti politique et espère bien, avec d’autres partis d’opposition nordistes, remporter les élections, il y a à Khartoum des journaux d’opposition et RFI et la BBC y ont leurs émetteurs, etc... Certes, la confiance ne règne pas, tout n’est pas parfait et des difficultés subsistent, en particulier dans le Sud Soudan avec les anciennes milices et pour certains champs de prétrole encore contestés, mais c’est quand même mieux que la guerre.
Des accords ont également été signés l’an passé à Asmara avec les rebelles du front de l’EST, principalement les BEJA. Ceux-ci ont été intégrés dans l’armée régulière.
Je pense donc que c’est cela qu’il faut encourager. Beaucoup d’instances internationales reconnaissent qu’il ne peut y avoir de solution au Darfour par les armes. Que pourrait même une force de 20000 ou 50000 hommes avec ou sans casques bleus dans un territoire grand comme la France ? A moins que quelqu’un ait intérêt à créer un 2ème Irak... Qui sait ? Qu’y gagneraient les populations sans défense ? Le seul moyen de les protéger - avec l’action humanitaire - est de pousser leurs leaders à la re-négociation des accords d’Abuja avec TOUTES LES AUTRES PARTIES, et non de leur faire miroiter la venue de l’occident sauveur ou une quelconque victoire militaire. Ne pas négocier sous prétexte qu’on n’a pas confiance, comme le dit Mr Al Nour, est un faux-fuyant, pas une excuse, et il serait bon à mon sens qu’il se l’entende dire. M B
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