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danny 3 juillet 2006 19:44

Daniel Pipes : Le penseur de l’islamophobie

Daniel Pipes est l’inventeur de plusieurs concepts qui ont été imposés dans le débat public. Il est en premier lieu l’inventeur du « Nouvel antisémitisme » [16]. Cette expression désigne initialement l’opposition des groupes de pression musulmans états-uniens contre les groupes de pression juifs états-uniens à propos de la Palestine. Elle introduit un amalgame entre anti-sionisme et antisémitisme qui a fait florès. Il est aussi l’inventeur des « Militants de l’islam » [17]. L’expression désigne des musulmans qui ne se contentent pas de leurs prières domestiques, mais adhérent à des organisations communautaires et défendent les droits des Palestiniens au détriment des israéliens soutenus par les États-Unis. Elle introduit un nouvel amalgame entre identité musulmane, lutte contre l’État d’Israël, et contestation de la politique de Washington. Il s’ensuit que les États-uniens de religion musulmane sont par essence des traîtres. Enfin, il a inventé « la théorie moyen-orientale du complot ». Les Arabes, qui refusent d’admettre qu’ils sont incapables de résoudre leurs problèmes, s’imaginent qu’ils sont victimes de complots occidentaux [18].

En 2002, Daniel Pipes fut de toutes les radios et télévisions pour mener campagne contre L’Effroyable imposture, un ouvrage sur les attentats du 11 septembre et le changement de régime qui s’en est suivi aux États-Unis [19]. N’ayant aucun argument à opposer à la thèse et pensant à tort que son auteur était arabe, il s’efforça d’y voir une illustration du conspirationnisme des intellectuels arabes installés en France. Ce jugement de valeur fut relayé en France par Guillaume Dasquié et Jean Guisnel [20], puis par Daniel Lecomte [21]. Invité, en 2003, à participer à la plus grande émission politique arabe, L’Opinion contraire (Al-Jazeera) pour débattre avec Thierry Meyssan, il dû décliner l’offre car il était en attente de confirmation par le Congrès de sa nomination à l’USIP. Il dépêcha pour le remplacer son fidèle lieutenant Jonathan Schanzer [22] qui n’apporta pas plus de réfutation à l’ouvrage débattu.

Pipes peut également compter en France sur son traducteur, Guy Millière, pour diffuser sa pensée. Celui-ci a notamment publié Ce que veut Bush, un ouvrage apologétique réalisé à partir d’entretien avec Daniel Pipes, Paul Wolfowitz, etc. [23]

L’islamophobie est l’obsession de Daniel Pipes. En 1999, il publie un article dans The Forward dans lequel il écrit « les Musulmans qui détestent l’Amérique, et notamment les Juifs qui y vivent, sont de plus en plus nombreux et de plus en plus puissants, grâce à la protection offerte par l’État de droit et l’indulgence d’une société pluraliste et charitable ». Les attentats du 11 septembre vont conforter l’analyste dans ses convictions, en même temps qu’ils lui permettent d’obtenir une plus large audience. Selon lui, c’est cela qui lui a permis de publier en 2002 Militant Islam Reaches America en 2002, un livre « impubliable » jusque là et qui met en garde contre le fait que les populations musulmanes américaines abritent « un nombre important » de gens qui « soutiennent les objectifs des détourneurs d’avion », et qui « détestent les États-Unis et souhaitent, en fin de compte, le transformer en pays musulman ». Jim Lobe, de l’Inter-Press Service, dit avoir obtenu un projet de demande de subvention dans lequel Daniel Pipes propose de lancer un « Institut de l’Islam Progressiste » qui « pourrait élaborer un point de vie modéré, moderne et pro-américain » au nom de la communauté musulmane. Selon lui, les fondamentalistes musulmans sont des « Nazis », des « tueurs potentiels » qui représentent « de vrais dangers » pour les Juifs, les Chrétiens, les femmes et les homosexuels.

La guerre d’Irak a été la consécration des théories de Daniel Pipes, puisqu’il y a vu « une chance unique de remplacer le régime le plus excité du monde ». Depuis la chute du régime de Saddam Hussein, il est un peu revenu sur cette position : en effet, il a décrété que l’Irak avait désormais besoin d’un « homme fort à l’esprit démocratique » puisque les Irakiens « vivent dans un univers mental de théorie du complot » et ne sont pas tout à fait prêt à s’auto-gouverner comme les occidentaux. Aujourd’hui même, dans le New York Sun, il donne le nom de celui qu’il voudrait voir remplir ce rôle. Il s’agit sans surprise d’un militaire, l’ex-Major Général Jassim Mohammed Saleh al-Dulaimi, qui a l’avantage de ne pas avoir participé aux atrocités du régime de Saddam Hussein, de ne pas avoir de convictions idéologiques radicales tout en bénéficiant d’une position sociale reconnue [24].



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