2010 sera jazz ou ne sera... que terne
par Bernard Dugué
samedi 2 janvier 2010
Drôle de jeu... que cette expérience... qui vous vous en doutiez, prend la forme d’un essai philosophique. Peu à peu, je suis rentré dans le rythme. Voici un billet de philosophie jazz écrit sur une place publique virtuelle où chacun observe, lit, tout en ajoutant une intervention qui entre en consonance ou en dissonance avec l’ensemble, bref, de la philosophie live, jouée derrière un écran pour des spectateurs que l’on ne connaît pas, excepté au travers des détails qu’ils livrent sur cette agora virtuelle. Certains applaudiront, d’autres siffleront, et même critiqueront au nom de ce bon vieux formalisme qui fit chuter nombre d’auteurs, notamment dans le genre musical, Debussy et Stravinsky. Et je continuerai à décliner les thèses de pataphysique, à improviser, à décider de chaque thème en fonction de l’humeur de mes neurones. Serez-vous les spectateurs d’une expérience inédite, le tournant jazz n’ roll en philosophie. La philosophie écrite comme une pièce de jazz, avec des thèses qui forment les thèmes, et chacun y va de son thème à lui. Ca y est, eurêka ! J’ai trouvé, ce forum, c’est un big band de jazz. On y trouve de tout, des thèmes lyriques, d’autres tristes, avec Droopy dans le rôle de la guitare blues, une teinte délicieusement désespérée, et une improvisation digne de ce nom, pour aider les âmes à fuir ce monde de grisaille, partir dans le décors par le côté, comme dans un dessin animé de Tex Avery et revenez sur l’avant cène, buvez mes frères, ceci est ma folie... Vous voyez, créature d’un monde sous prosak, la cohérence dialectique n’est plus de mise. Ici, on décline les thèmes, et l’ensemble n’est pas si mal, le résultat dissone bien. Pour peu, on croirait que les Résidents nous ont aidé pour la partition.
Et donc, une idée force en philosophie, celle du tournant Jazz, après le tournant théologique de la phénoménologie et le tournant qui ne mène nulle part de Heidegger. Et puis tant qu’on y est, on continue, sur la lancée. Miles Davis disait que si dans un concert surgissent une phrase, un rythme jamais joué, ce concert est sauvé, pour l’éternité. Soyons éternels alors, partout et surtout sur ces forums. Les idées jamais jouées, il y en a ici, pas mal. Ce même Miles disait aussi qu’on devrait écouter ce qui se passe autour de nous et de jouer au-dessus de ce que l’on sait. Voilà ! On y arrive, la Révolution jazz, au-dessus de nos moyens, pour rivaliser avec ceux qui nous gouvernent avec leur intelligence rationnelle, soyons réalistes, osons plus qu’on ne peut espérer ! Ne soyons pas zen, soyons jazz, le mot d’ordre de la révolution globale. Les gens sérieux n’aiment pas le jazz. A l’université, le jazz philosophique est dénigré. L’autre soir, j’ai tout d’un coup compris, en me souvenant d’un concert à la Halle aux grains à Toulouse il y a plus de vingt ans. Il y avait Ivry Gitlis et Didier Lockwood. Pour la première partie, classique, Ivry exécuta un numéro de virtuose, puis vint Didier qui s’en tira correctement, exécutant une sonate de Bach. Puis arriva la partie jazz, et là, notre violoniste classique fut complètement largué. Un musicien classique ne peut pas comprendre le jazz, alors qu’un musicien de jazz peut jouer du classique, correctement. Il existe une philosophie jazz, que les philosophes professionnels ne peuvent comprendre, alors qu’un philosophe jazz peut parfaitement comprendre la Critique de la raison pure. Il y-a-il une économie jazz. C’est possible mais si tel était le cas, les économistes classiques ne sauraient la comprendre.
Le monde est jazz, la Révolution est jazz, envoyons valser les ringards de la politique. Quel slogan, putain ! Peuvent aller se rhabiller les Sarkozy, Borloo, Royal et Fillon, avec leur France pour tous, leur France nouvelle en rupture et participative, leur France humaine du pouvoir d’achat et de la verte carbonisation, leur bouge ta France identitaire.
Au fait, la question des poète, c’était bien : pour quelle mondialisation du verbe êtes vous ? Ouf ! Au bout de vingt neurones pétés, je répondrai à cette question car je ne réponds plus de rien. Je suis pour une mondialisation jazz. Pour une mondialisation de l’amour, de la joie, du rythme, de l’énergie, sans oublier les coups de blues, bref, de ces choses-là qui nous sont essentielles, qui ne sont pas strictement classiques, ni rationnelles, mais belles comme le mystère de l’existence, ces choses-là que ceux qui nous dirigent ne peuvent comprendre, alors que nous, même enivrés de jazz, nous comprenons le monde avec ses impératifs économiques, ses lois, son minimum d’ordre public. Les politiques n’entendent rien à l’existence jazz pour la plupart, ils n’ont comme projet que la puissance et se moquent des gens qui dansent, se méfient des gens qui manifestent, pestent contre les raveurs comme ils ont condamné le jazz dans les années 1930, et le rock dans les années 1960. Il est temps de passer la main, Messieurs de la politique, car ça commence à bien faire, vous qui donnez le tempo de la croissance alors que nous n’entendez rien au jazz de l’existence, vous qui calculez et paradez alors que vous n’entendez rien de l’harmonie des êtres, valsez, valsez vous dis-je, faites les valser dis-je aux citoyens ! Qu’ils fassent leurs vals-lises !
Pourquoi une philosophe jazz ? Parce ce la situation que l’on vit présente des traits communs avec les années 1920 et 1930. Et donc, le jazz, c’est une possibilité pour utiliser le monde technique. Dans ces années là, la radio diffusait les cours de la bourse, puis plus tard, les discours de Hitler. Deux symboles, l’avidité matérielle conduisant à la crise de 1929, le délire du pouvoir nazi, d’un côté, l’économie qui swingue et tangue pour couler et de l’autre, l’Etat qui pour éviter que l’économie coule, impose un système totalitaire censé mettre l’individu au pas devant les impératifs fixés par le régime qui s’arroge tous les contrôles, y compris la conscience. Enfin, le jazz, symbole de liberté, d’ouverture, le swing qui ne nous entraîne jamais au fond et donne des ailes à la pensée. Et maintenant, la bourse, elle tangue, et l’Etat, s’il n’est pas totalitaire, il conserve ses prérogatives pour réguler l’économie, et le jazz, toujours plus fort, et toujours plus différencié, avec le rock et ses multiples ramifications. La philosophie devient alors rock. Dylan est revenu avec un bel album. Soyons de la partie ! Philosophons rock, la partie commence, nous aurons bientôt un cerveau pour comprendre l’économie et un esprit pour projeter la vie, car l’envie ne fait que perturber nos désirs et que le système n’attend que cela, que nous soyons perturbés pour mieux nous vendre le produit qui nous fera revenir à l’état stable, l’état sevré, car le système ne nous considère pas mieux que cela, comme des bêtes de somme que nous sommes et qu’il faut amener au travail pour ensuite les sevrer d’objets artificiels. La traite de l’homme de somme a commencé depuis longtemps, et le Système constitue le terme paroxystique de cet asservissement de l’homme productif par l’homme dominateur. Ce n’est pas le lait mais l’intelligence algorithmique que l’on extrait, telle la semence produite après quelques années d’élevage dans les écoles. Puis, comme pour les vaches, il faut leur offrir de quoi regarder depuis l’enclos privé du domicile. Et comme il n’y a pas de train, alors les producteurs du Système ont inventé ce jeu stupide qui s’appelle je crois, Loft story.
Soyons jazz, nous vous devons l’impossible ! Tel serait le slogan rédempteur d’une génération 68 qui a préféré l’autre slogan : Prend l’oseille et tire-toi ! Soyons jazz et globalisons le jazz, voilà un projet de mondialisation bien tempéré, du tempo, de la gaieté, du gai savoir, et plus si affinité
Bonjour chez vous et bonne année