22 septembre 2025 : Emmanuel Macron reconnait une seconde fois l’Etat d’Israël

par foofighter
mardi 23 septembre 2025

Non, non, il n'y pas d'erreur dans le titre. Et oui, oui, moi aussi je croyais que le discours d'Emmanuel Macron était destiné à reconnaître l'Etat de Palestine. Si effectivement, la petite phrase ad hoc a été dite ("la France reconnait l'Etat de Palestine"), le reste du discours est majoritairement un plaidoyer pour l'Etat pourtant déjà reconnu de longue date : Israël. Reprenons quelques points de ce discours.

Premièrement, il faudrait donc démanteler le Hamas, y compris au niveau politique, en ne retenant que les "attaques" commises le 07 octobre 2023 par sa branche armée. Alors que, quand bien même ce serait déplaisant, si on prend la peine de replacer les choses dans leur contexte, il s'agissait plutôt une contre-attaque prévisible plutôt qu'une attaque, une réaction à des actions continues de répression. Mais ok, soit, démantelons le Hamas. Et le démantèlement du gouvernement génocidaire Israélien, c'est pour quand ? Parce que c'est quand même lui qui massacre maintenant de manière quotidienne, indiscriminée, des civils, femmes, et enfants, non ? Et au delà de Tsahal, le désarmement des colons Israéliens, qui violentent, tuent, sous la protection des autorités et de l'armée israélienne, vous y avez pensé Monsieur Macron ? Il ne devrait pourtant pas apparaître incongru de se poser ces questions, qui n'ont même pas effleuré le président français.

Ensuite, très bien, notre président reconnaît l'Etat de Palestine. Mais "démilitarisé". Première mondiale, je crois, a fortiori concernant un peuple opprimé depuis si longtemps, et massacré à grande échelle depuis deux ans. Les palestiniens ne peuvent donc pas se défendre, résister à une occupation ? Deux résolutions de l'Assemblée Générale des Nations Unies le prévoient pourtant (cf. résolutions 3314 (1974) et 37/43 (1982) de l'Assemblée générale des Nations unies). Et on ôterait maintenant ce droit aux Palestiniens, droit que tous les pays du monde possèdent ? D'habitude, d'ailleurs, ce sont plutôt les pays agresseurs, meurtriers et génocidaires à qui l'on impose une démilitarisation (comme l'Allemagne nazie ou le Japon, après la 2nde Guerre Mondiale). Car en réalité, ça n'est pas le futur Etat de Palestine qui représente le plus grand danger et qu'il faudrait démilitariser, c'est bien l'Etat d'Israël au regard des atrocités commises, de son génocide, de ses crimes de guerre et de son oppression constante depuis des décennies. On peut alors proposer qu'une force internationale juste et mesurée puisse être chargée de protéger l'Etat hébreu s'il est attaqué. Cette question de la démilitarisation d'Israël est pourtant tout à fait légitime et opportune, a fortiori si on impose la même chose à l'Etat Palestinien.

Ce qui est choquant, également, c'est le nombre de fois où Emmanuel Macron rappelle les événements du 07 octobre 2023, en des termes tragiques : cinq ou six fois. Déjà, jusque quand serons-nous obligés de compatir ou de rappeler que nous condamnons les actes du 07 octobre 2023 avant de parler du sort des Palestiniens ? Monsieur Macron a-t-il rappelé de manière aussi appuyée les crimes horribles et quotidiens commis par l'armée d'attaque d'Israël sur les Palestiniens, à l'ampleur pourtant bien supérieure ? Pourtant, le président français l'a dit : une vie vaut une vie. Et bien apparemment pas. Et puis ces victimes israéliennes, Monsieur Macron les a dénombrées, et même nommées pour certaines d'entre elles. Les victimes palestiniennes, elles, n'ont (une fois de plus) pas de nombre, pas de nom, pas de visage, pas d'âge. Elles sont invisibles.

On retrouve le même déséquilibre quand il est question des otages israéliens, qui sont cités plusieurs fois. Ils sont 48. Et les otages palestiniens, civils détenus arbitrairement pour certains depuis des années, Monsieur Macron, vous demandez quand leur libération ? Vous avez les mêmes pensées émues envers eux ? Ils étaient pourtant plus de 10 000 en mai 2025, dans des conditions de torture rappelant les faits commis par le "soutien indéfectible" d'Israël à Abou Ghraib. Ce chiffre a connu une forte croissance depuis, surtout en Cisjordanie colonisée de manière exponentielle jour après jour, et qui, rappelons-le, n'a pourtant aucun rapport avec la contre-attaque du 07 octobre 2023. Notre président n'aura quasiment pas un mot pour toute cette région de plus de trois millions d'habitants. Si on demande la libération de 48 otages israéliens détenus par le Hamas depuis deux ans, il apparaitrait fort juste qu'on exige la même chose d'Israël, c'est à dire qu'il libère tous les otages palestiniens immédiatement.

Autre point particulièrement indécent : il faudrait le "consentement" des autorités israéliennes pour le déploiement d'une force civile onusienne à Gaza. Mais en fait, depuis quand Israël est-il en droit d'obtenir quoi que ce soit en terme de consentement sur des territoires qui ne lui appartiennent pas, et qu'il a rasés en grande partie ? Monsieur Macron, vous vivez dans quelle réalité ? Comment expliquez-vous un tel favoritisme assumé envers Israël, a fortiori le jour où vous venez pour reconnaître l'Etat de Palestine ? C'est particulièrement révoltant.

Et d'ailleurs, pour terminer, puisqu'on parle de territoire, notre président évoque à plusieurs reprises la solution à deux états. Bien, on y vient. Mais dans le détail ? On les fait où, ces "deux états", maintenant qu'Israël a tout détruit ? La restitution des terres volées et occupées depuis des décennies, est-ce envisagé ? Rappelons qu'avant le 7 octobre 2023, les Palestiniens étaient déjà cantonnés à environ 10% du territoire de la Palestine mandataire, et encore en Cisjordanie Tsahal patrouillait librement sur une bonne partie du territoire. Ces 10% sont à comparer aux 42% du territoire qui avaient été alloués pour la construction du futur "état Arabe" par le Plan de Partition de 1947. Aujourd'hui, avec la colonisation galopante en Cisjordanie, et la destruction de Gaza conjuguée au déplacement forcé de tous ses habitants, quel pourcentage va-t-il rester pour cet état Palestinien ? Sur ce point fondamental, Emmanuel Macron ne dira pas un mot.

Bref, le discours d'Emmanuel Macron devant l'ONU ce 22 septembre 2025 est vraiment très, très décevant pour l'avenir des Palestiniens. Je n'en attendais pas grand chose, mais au moins une vision un peu plus objective de la situation, et non pas un plaidoyer pour Israël qui est, faut-il encore le rappeler, l'agresseur, l'occupant et celui qui déploie la violence depuis des décennies à l'encontre de l'Etat palestinien. Nommons le ainsi, il existait déjà de fait, il vient d'être "reconnu". Oui, Emmanuel Macron a reconnu un Etat de Palestine, le temps est venu dit-il. Mais un état sans droits, sans terres, sans habitants.


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