40 nouvelles citations pour piéger les pédants
par Fergus
jeudi 14 novembre 2013
Comme annoncé, c’est avec un grand plaisir que je soumets à la critique des habitués d’AgoraVox ce 2e volet de citations, tout aussi fausses que les 40 premières, cela va de soi...
Dans le 1er volet, j’avais mentionné une courte citation que j’avais utilisée dans un « plan de formation » tout à fait officiel. D’autres « plans » ont eu droit au même traitement, l’un d’eux ayant même hérité en page de garde d’un texte nettement plus ambitieux ; or, cette fois encore, il s’était trouvé deux personnes pour prétendre avoir déjà lu des textes de l’auteure, une certaine Mahadevi Chandra Singh, pourtant tout droit sortie de mon imagination. Ce fut pour moi un grand moment d’amusement. Voici cette citation :
« ... Un triangle d’oies cendrées surgit au-dessus du bois de bambous, survola la rizière d’un vol majestueux, puis s’éloigna en direction des collines de Rajahpuram. Durant quelques instants, Gopal suivit les oiseaux des yeux.
– Désormais, j’en sais suffisamment ! affirma-t-il en rompant le silence. Qu’en pensez-vous, Maître ?
Le brahmane rajusta ses lunettes d’un geste machinal et dit, de sa voix douce et tranquille :
– Sur un grand rocher du mont Narasingha vivaient deux frères, deux magnifiques macaques ; tous les deux étaient vifs et malins, mais seul l’un d’eux avait suivi avec assiduité l’enseignement de ses aînés. Dans la forêt alentour vivaient deux autres frères, deux superbes tigres ; tous les deux étaient puissants et rusés, mais seul l’un d’eux avait été attentif à l’enseignement des anciens. Or il advint que, par suite d’un cataclysme, le grand rocher et la forêt furent isolés durant deux lunes. Tous les autres animaux étaient morts. Dès lors, les deux tigres chassèrent les deux singes. Lorsque Vishnu, dans son infinie bonté, libéra le grand rocher, un seul macaque avait survécu, celui qui « savait ». Lorsque Vishnu libéra la forêt, un seul tigre avait survécu, celui qui « avait appris ». L’autre macaque avait été dévoré par le tigre survivant. L’autre tigre était mort de faim, faute de pouvoir capturer le singe survivant.
Le brahmane se tut et contempla les éléphants de pierre du temple de Balishangar. Gopal, les yeux baissés, réfléchissait. Lorsqu’il leva son regard vers le vieillard, il dit simplement :
– Vous avez raison, Maître, je ne suis qu’un ignorant... » Mahadevi Chandra Singh (Les sept vies de Gopal)
À toutes fins utiles, vous trouverez dans ce 2e volet 40 nouvelles fausses citations sur des thèmes variés. 40 autres suivront et termineront cette série si celles-ci continuent de rencontrer un écho favorable.
41) « L’électeur n’est pas sensible à la vérité, mais à la conviction du candidat. Racontez n’importe quoi, mais affirmez-le avec force, mon cher David, et vous serez élu. » Rosanna Meyer-Lynch (Le vacarme des locustes)
42) « La mini-jupe a une double fonction thermique : elle rafraîchit les filles et échauffe les garçons. » André-Paul Roussilhe (À l’ombre des platanes)
43) « La différence entre le riche et le pauvre, c’est le porte-monnaie : seul le pauvre en possède un ; le riche n’en a pas besoin car il dispose en toute circonstance d’un crédit illimité. » Donatello Padovani (Il mio padrone)
44) « Le sport professionnel est désormais totalement dépendant de la finance pour son organisation et de la chimie pour les performances ; les qualités athlétiques intrinsèques n’y sont plus qu’une composante secondaire. » Sean Callaghan (Le sport est mort, vive le business !)
45) « Donner une pièce à un mendiant, c’est acheter à peu de frais l’estime de soi. » Akira Kobayashi (Le songe de Kyoko)
46) « On ne cesse de me répéter que les échecs sont porteurs d’expérience. N’ayant connu que ces derniers jusque-là, je suis donc un chômeur très expérimenté ! » Rijkaard van Heist (Les brumes d’Ostende)
47) « Faute de génie individuel, fédérons nos énergies pour faire jaillir une étincelle de talent. » Zbigniew Przybyszewsky (Lettres à Tadeusz Mazurkiewicz)
48) « Il est plus facile de caresser un lion qu’une puce » Boubacar Coulibaly (Contes du pays Mandingue)
49) « La pureté n’existe que dans le regard des très jeunes enfants. » Edwin G.Shoemaker (Peek-a-boo)
50) « Désormais, la considération se niche dans les mots. Mais, n’en déplaise aux verbeux, mieux vaut un usager bien traité qu’un client malmené. » Sylvain René-Bauchard (Du bon usage des média)
51) « Il est plus facile d’observer la lune sur une plage de Pampelonne que l’œil rivé à un téléscope. » Évariste Gaulois (Les senteurs de la garrigue)
52) « - Elle est morte assassinée, Monsieur l'Inspecteur. L'Inspecteur Donovan posa son regard sur le cadavre de Mrs Hutchinson. La défunte ne portait pas la moindre trace de violence. - Et selon vous, Miss Polley, quelle a été l'arme du crime ? - La rumeur, Monsieur, la rumeur. » Angus Williamson (L’insupportable Jerry Moorcroft)
53) « La dissimulation, la manipulation et la trahison sont les principaux outils de l’accession au pouvoir. » Karl-Heinz Hoffmeister (Réussir en politique)
54) « Je sais qu’il est honteux de médire, mais c’est tellement agréable ! » Hazel Inglewood (Prendrez-vous une tasse de thé ?)
55) « Rien n’est plus excitant pour un cuisinier qu’une femme à poêle. » Joël Boruchon (Amour et aïoli)
56) « Elle aimait l'argent, les belles robes et les réceptions. Il va sans dire qu'elle détestait les Nègres. » Kimberly Forsythe (Adieu ma Virginie)
57) « On me demande souvent : "Comment, avec un physique aussi ingrat, avez-vous fait pour séduire une aussi belle femme ?" La réponse est élémentaire : sa beauté de madone paralysait tous les garçons qui l’approchaient, et la laissait plus solitaire que le dernier des laiderons. Je ne risquais qu’une rebuffade de plus ; j’ai simplement tenté ma chance. » Jesus Lozano (La Mariquita)
58) « La calomnie est une arme d’autant plus redoutable qu’elle s’enraye rarement. » Evgueni Tarassov (Plaidoyer pour Irina)
59) « Grâcier ce tribun en faisait un héros. L’éliminer en faisait un martyr. Le roi le libéra après lui avoir fait couper la langue. » Moussa Coulibaly (Sur la route de Gao)
60) « Riche à Milan, j’avais beaucoup d’amis. Pauvre à Bari, je n’en ai plus aucun. La faute au climat, sans doute. » Gianluca di Montemaggiore (Les colonnes de porphyre)
61) « En me laissant aller à mes penchants, il me restait deux ans à vivre. En suivant scrupuleusement les prescriptions des médecins, dix années s’offraient à moi. J’ai naturellement choisi la première option. Ma caisse de retraite et mes héritiers en ont été ravis. » Kingsley Atkinson (Les poneys de Dartmoor)
62) « Mon père était un salaud. Ma mère était une pute. Ne cherchez pas ailleurs l’origine de mes talents pour la politique. » Andrew Cunningham (Hurricane Jimmy)
63) « Il est aisé de croire en Dieu, son existence est invérifiable. Croire en l'homme est autrement plus méritoire. » Stavros Kazolias (Des seringats au pays d’Épicure)
64) « Méfiez-vous des jugements abrupts, ma chère Milena, le mensonge peut servir la dignité comme la vérité peut conduire à la déchéance. » Sandor Mihaly (Les reflets de la lune)
65) « Les hommes politiques sont les geishas du capitalisme. » Tadeo Katayama (Le vélo rebelle de Shinjuku)
66) « La différence entre le sénateur et le citoyen lambda, c’est le temps de sommeil : le premier bénéficie des séances parlementaires pour compléter ses nuits. » Hippolyte Bouchardon (Du socialisme au social-libéralisme)
67) « Il y a le Paradis, le Purgatoire et l’Angleterre. » Ewan McNamara (Bloody Sunday)
68) « Un génocide l'a porté au pouvoir. Les massacres d'opposants l'y ont maintenu. En chef d'état respectable, il était normal qu'on lui déroulât le tapis rouge. » Olivier Sigrist (Le pouvoir au bout de la machette)
69) « Croire en l'homme est le comble de la naïveté. Ou le sommet de la foi. » Istvan Farkas (Le clerc obscur)
70) « Le comble d’un abruti est d’être affligé d’une tumeur maligne. » Malcolm Cavendish (Le disquaire de Whitechapel)
71) « Louis avait passé la cinquantaine. Il était pédant, laid et affligé de tics faciaux. Isabelle avait vingt ans. Elle était jeune, jolie, désirable et ambitieuse. Il était fortuné. Elle n’avait pas le sou. Ce fut un beau mariage, monsieur le juge. » Philippine Lucas-Delvaux (Le rugissement de la biche)
72) « L’ultra-libéralisme fait chaque année plus de victimes que les conflits armés. » Ingemar Halstatt (L’ouvrière d’Uppsala)
73) « La galanterie a été inventée par les hommes pour leur permettre de contempler les jambes des femmes. » Romaric Chapuisat (Les tavaillons de Villard-Lauzet)
74) « L’important n’est pas de savoir, mais de faire croire qu’on sait. C’est le b-a-ba de la politique. » Miguel-Angel de Guadalupe (Las Cortes para los nulos)
75) « Depuis des générations, mes ascendants se sont tués à la tâche. Mon oisiveté apporte à notre lignée un repos bien mérité. » Étienne Sauvageot (La matelote d’anguilles)
76) « Une campagne désespérante de monotonie, une capitale écrasée de modernité glaciale, pas la moindre perspective de conflit... Où voulez-vous que nos jeunes trouvent un sens à leur vie ? » Paavo Kirvesniemi (Le cauchemar de Mikka)
77) « Les mystères de la vie prennent du relief à la lueur des réverbères. » Bedrich Kozeluh (Le bossu de Mala Strana)
78) « L’arriviste est comme le poisson volant : il n’hésite pas à se projeter hors de son élément. Comme le poisson, il arrive qu’il vienne agoniser sur le pont du chalutier. » Akihiro Fujimatsu (Hiroshima mon désamour)
79) « Tout compte fait, je préfère être riche et méprisé que pauvre et estimé. » Thorvald Apeland (Les sirènes d’Hovedoya)
80) « Il était aux rapports sexuels ce qu’était Stakhanov à la production industrielle. » Ann Saint-Clair (The Trybeca’s sex maniac)
Piéger les pédants, faites comme moi, ne vous privez pas de ce plaisir...
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