A ceux qui douteraient encore que nous sommes en monarchie

par Imhotep
lundi 9 juin 2008

Ce sont deux faits récents qui m’ont poussé à écrire ces lignes et les suivantes car ils m’ont instantanément choqué. Le premier a été auditif. J’étais en voiture et j’écoutais France Info. A la suite du conseil des ministres, Yves Jégo déclare que Sarkozy a pris la défense de SA ministre de la Justice. Propos repris ici dans Libération : « Le président a fait part de sa satisfaction face au travail de sa garde des Sceaux et je crois que c’est un sujet qui est d’ailleurs régulier ». Le second est visuel. Vous avez en vignette cette photo prise lors de la messe donnée au défunt Yves Saint-Laurent.

Avant de développer devant vous ces deux indicateurs de monarchie, il faut revenir un instant sur la définition du mot même. Voici à votre disposition ici, la longue réponse (intégrale) de Sarkoroitelet à Laurent Joffrin à la question de ce dernier supposant que notre chef des chefs avait le pouvoir personnel le plus important des démocraties actuelles. Cette vidéo est édifiante à plus d’un titre. D’abord elle démontre l’inculture crasse de notre Nicholas the first. Il mélange monarchie et hérédité. Il dit même si c’est une monarchie c’est donc héréditaire. Du reste, on se demande si c’est sa rouerie indigeste ou son inculture qui l’emporte. Quoi qu’il en soit, il mélange à loisir deux concepts qui ne sont en aucun cas les mêmes, même si les deux mots "monarchie" et "héréditaire" peuvent s’accoler, ce qui entre parenthèses si nous ne faisons pas de redondance prouverait de soi-même qu’ils sont différents. La seconde remarque est sa technique de noyer le poisson, de dévier, alors que tout ce qu’il dit prouve qu’il détient vraiment le pouvoir, de nier. Il remplace pouvoir par responsabilité, ce qui dans cette assertion est un synonyme. Il joue de la connotation des mots : pouvoir paraît brutal et négatif dans ce contexte, responsabilité paraît juste et courageux. Le troisième point est l’invraisemblable mépris et l’arrogance détestable de notre aimé guide à l’encontre de Joffrin. C’est ce qu’il aime faire ce bougre de monarque : humilier les gens en public, rire d’eux pour obtenir un succès facile. La conclusion rejoint directement le sujet : la monarchie, car une monarchie a une cour. Tous les journalistes présents, et évidement tout le gouvernement riaient de cette attaque en règle. Même lorsqu’au début il trébuche, fait durer sa réponse afin de trouver des arguments et qu’il dit cette énormité citée plus haut : monarchie = hérédité. La définition donc de monarchie n’est en rien un pouvoir héréditaire, mais un pouvoir d’un seul. Je ne vais pas faire un cours savant d’étymologie car tout monde sait que mono veut dire un et archie pouvoir. Ni m’étendre sur des faits historiques comme par exemple le parlement de Paris qui avait plus de pouvoir que Louis XI. De fait, avec son fils Jean, Sarkozy lui a inventé, en fait a répété, ce que l’on peut appeler la démocratie héréditaire.

S’il y a des cours aussi en démocratie, car la courtisanerie est inscrite dans les gènes - vous voyez je suis un adepte des théories sarkozyaques - des politiques qui veulent réussir à tout prix, ou plutôt à n’importe quel prix, celle des monarchies est beaucoup plus marquée et flamboyante. Ainsi en a-t-il été de cette mascarade des vœux aux journalistes en janvier dernier à l’Elysée. Le jour même ce n’étaient plus des journalistes, mais une cour. Le lendemain aussi. Ni ceux-ci n’ont pris la défense de Joffrin lors de cette conférence ni après. Ils n’ont pas plus relevé l’aberration de ses déclarations génétiques sur la monarchie. Il y a donc une sorte de monarchie à deux faces. Celle de la face du pouvoir solitaire et démesuré de Massimo. Il y a l’autre face celle de la cour dont la pire, car elle abandonne son rôle, est la presse en général.


Il est encore des personnes pour nier le pouvoir personnel de Sarkochef. Et pour faire écho au slogan UMPiste de la rupture, je vais vous donner un petit florilège de ce qu’aucun autre président n’a fait avant lui, même si le discours répété tant par les sarkozyaques, que les ministres, que les godillots et les malheureusement journalistes est de dire qu’avant tout le monde faisait pareil, mais que maintenant c’est transparent (or ce n’est ni transparent car il y a beaucoup de cachotteries et ce n’a jamais été pareil, c’est un énorme mensonge).

La seconde face de la monarchie : la cour. Il ne s’agit pas ici de parler des contorsions de Rachida Dati pour rester une espèce de favorite - ce qui est assez tragique du reste et sans doute même sincèrement émouvant par cette frénésie qu’a cette femme à chercher les faveurs du roitelet, de la presse, de rechercher le strass, les paillettes et les projecteurs, d’imiter le chef - ni des coups tordus entre ministres, ni des lèche-bottes de toute nature, mais de voir l’effet de cette monarchie sur le fonctionnement du pouvoir.

Si Sarkozy se permet de passer au-dessus des ministres (de l’Education, de l’Armée, du Budget, de la Culture, etc.), c’est parce qu’ils se laissent faire et vont même plus loin ils obéissent à tous les caprices. Les exemples sont innombrables. Sarkozy décide qu’on lira la lettre de Guy Môquet : on fera lire la lettre. Sarkozy décide de supprimer la publicité à la télévision : on supprimera la publicité. Il dit, ils obéissent. Il suggère, ils obéissent. Il revient en arrière : ils courbent l’échine et font marche arrière. Et pourquoi tout cela peut-il se faire si facilement ? Parce que la presse est d’une complicité effarante. Elle crée un contexte fort favorable. Il y a eu trois périodes : celle qui a précédé l’élection où la presse favorisait à outrance une bipolarisation après avoir favorisé indécemment Sarkozy ministre de l’Intérieur puis candidat comme l’effarante émission de maâme Chabot qui a duré trois heures au lieu des deux prévues et juste la veille du décompte du temps de parole. La seconde période où il y a eu un déchaînement invraisemblable de veulerie et de carpettage contrôlé avec une faramineuse couverture médiatique qui encensait le moindre pet de Sarkozy. La troisième qui n’a été que transitoire a été une courte période d’un mois ou deux où il y a eu quelques articles assassins dans le sens du poil des sondages. Nous en sommes revenus à un aveuglement coupable sous une nouvelle avalanche de déclarations et de prises de positions. Par exemple, la semaine dernière en un jour il y a eu 100 dépêches pour le compte de Matignon et de l’Elysée. Dans un monde de près de 200 pays, de 5 continents, de 6 milliards d’habitants, de coupe d’Europe, de séismes, de guerre, de Jeux olympiques, eh bien, il y a 100 dépêches nombrilistes pour le chef de l’Etat et sa clique. C’est tout simplement insupportable. Villepin a extrêmement bien résumé la situation de la presse qui ne fait plus que servir de haut-parleur à Sarkozy. En effet, lors d’une conférence le 6 mai à l’université Paris Dauphine (cela tombe bien pour une monarchie, mais héréditaire celle-là) il rappelle que la presse a pour rôle de comparer, de mettre dans le contexte, de faire l’historique, d’apporter un éclairage aux faits et gestes. Or, elle ne fait que reprendre les déclarations sans y apporter le nécessaire éclairage, le comparatif qui permet de juger non dans l’absolu, mais la relativité. Par exemple 0,6 % de croissance pour un trimestre ce serait bien peut-être pris isolément, mais si on sait que l’Allemagne fait 1,5 % dans le même temps on voit la limite des cocoricos français. On s’aperçoit également que les attaques du fait du niveau bas de Sarkozy dans les sondages a fait long feu. La presse s’est vite lassée. Elle est revenue par la bande. D’abord par Carla Bruni, comme ce gentil FOG qui avait juré ses grands dieux que jamais il ne consacrerait-là une à l’épouse chanteuse. Promesse de trois mois. L’Express joue au choc des photos et au poids des mots. Ce qui réapparaît c’est à nouveau le flot assourdissant de nouvelles, de déclarations élyséennes. Dans ce tumulte, peu à peu, le bruit de fond contre Sarkozy s’amenuise. On retrouve la période pré-présidentielle, et peu à peu on retrouvera peut-être l’avalanche de flatteries.

Je terminerai donc par les exemples qui m’ont fait commencer cet article. Cette presse reprend sans sourciller la déclaration d’Yves Jego qui cite Rachida Dati comme sa [en parlant de Sarkozy qui prenait sa défense] garde des Sceaux. Personne ne bronche. Sa ? Drôle de conception et conception monarchique. C’est terriblement choquant. Un ministre est le ministre d’un gouvernement qui peut à la rigueur être considéré comme celui du Premier ministre - ce qui est une dénomination factuelle, celui-là plutôt qu’un autre et non possessif - et en tout cas comme celui de la France. Je ne crois jamais avoir entendu ou lu aucun autre président de la République parler ainsi d’un ministre. Je crois bien que tous employaient le terme de : le(a) ministre. Dans le texte du Figaro à propos de ce soutien à Rachida Dati, notre lumière étincelante parle des ministres également comme de sa possession : Nicolas Sarkozy a profité de cette fronde anti-Dati pour « remercier ses ministres de la façon dont ils défendent les réformes du gouvernement ». Pour certains, ce ne sont que des détails. Les mots ont un sens et c’est loin d’être négligeable. La pensée suit les mots dans ce cas et l’on dit bien que le diable se cache dans les détails. En d’autres mots pour tout le monde et journalistes compris les ministres sont les ministres de Sarkozy. Et ça c’est de la monarchie. Le second fait est celui des obsèques d’Yves Saint-Laurent. Les photos rapportées par Le Figaro dont j’en ai extrait une et qui est ici en vignette, on remarquera trois choses importantes : 1- dans un lieu de recueillement et d’égalité devant la mort, Sarkozy et Clara Bruni sont assis dans des fauteuils alors que tout le monde a des chaises. De plus, ils sont juste en face du cercueil. 2- Yves Saint-Laurent n’est pas un chef d’Etat, ni un ministre mort en plein exercice, il a donc une famille qui devrait compter plus que le chef d’Etat. Il s’était même pacsé avec Pierre Bergé son compagnon de 40 ans. La décence et le respect aurait voulu qu’il y ait eu un rang d’officiel, mais que derrière le cercueil ce fût la famille et les amis les plus proches. Plus loin les officiels et les people. 3- les journalistes au lieu de prendre une vue qui englobait Pierre Bergé assis de l’autre côté de la travée mais lui sur une chaise, le cercueil et Sarkozy avec sa femme, ont choisi - car il s’agit bien d’un choix - de ne prendre que le côté sarkozyaque de la travée. Sont de fait exclus de cette photo journalistique les proches, pour ne laisser que l’apparat. Il est évident que là je suis sur la face de cette monarchie qui touche la cour et non Sarkozy lui-même. Je ne dis pas que c’est lui qui a fait la demande des fauteuils ni de la prise de ces photos sous cet angle-là, car je n’en sais rien. En revanche, cela montre l’esprit de cour.

Ces deux éléments récents auquel je vais ajouter un dernier qui me paraît s’associer assez bien à ce qu’en dit Villepin, démontrent la perte totale de recul et de critique de la presse. Elle nous sert la soupe sarkozyaque comme des larbins, hormis quelques rares oppositions et clairvoyances salutaires d’une minorité d’entre elle. Le dernier exemple qui va clore ce propos est cette fameuse émission C’ dans l’air dont le maître de ballet Yves Calvi ne paraît pas être le premier à servir justement cette soupe, sauf à cela près que ses invités sont plus souvent pro-Sarkozy, et en majorité que contre. Il y avait à cette émission Régnier, le plus neutre, l’ami boursouflé de son importance de Carla, Barbier, Carcassone le flatté juriste embarqué dans le navire constitutionnel de Sarkozy et Cayrolle sondeur déférent à la sphère du pouvoir. Il était évidemment question de Sarkozy et notamment de son intervention radiophonique à RTL. Et voici une des remarques ahurissantes des experts présents - ce qui conforte exactement la thèse de Villepin - à propos du partage du pouvoir entre Sarkozy et Fillon. Sarkozy avait clamé dans le poste qu’il y avait une répartition des tâches, et qu’il n’y avait plus de chasse gardée élyséenne (sous-entendue la politique étrangère) car Fillon était allé au Pérou. Tous ces bons experts de répéter cette phrase d’Evangile et qu’effectivement Fillon allait à l’étranger et par voie de conséquence et de saine logique il n’y avait plus de secteur réservé et partagé. C’est bien évidemment un gros mensonge et une absurdité totale. Sarkozy n’avait pas envie et pas pu aller au Pérou (un pays mineur faut-il le rappeler, ce qui n’a rien de dégradant à dire, mais c’est une réalité politico-économique, donc un voyage de quatrième zone). Pour un tout petit voyage négligeable au milieu de tous les voyages passés, présents et à venir de Sarkozy à l’étranger, voici donc que ce petit exemple isolé et ridicule renversait toutes les vérités et tous les constats. Bien évidemment Sarkozy garde la haute main sur la politique étrangère, bien entendu il n’y a aucun partage du pouvoir si ce n’est le pâté d’alouette. Eh bien, ces journalistes embrumés par cette monarchie de cour ont été incapables de démentir et de contrer cette argumentation fausse et absurde. Non seulement ils ne l’ont pas contrée, mais en plus ils lui ont donné du crédit.

Nous avons du souci à nous faire pour l’avenir.

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