A la recherche de l’illustre Orbandale
par Emile Mourey
lundi 28 novembre 2011
Le premier nom duquel fut honoré notre Ville fut celui d'Orbandale : car bien que les titres et que les auteurs qui le témoignent ne soient pas des plus anciens, il ne faut pas tenir pour cela leurs autorités suspectes. Le sieur de Saint-Julien, qui fut autrefois doyen et chanoine dans l'illustre Chapitre de Saint Vincent de Chalon, parle avec éloge de cette Orbandale. Il dit que ni la furie du tyran Attila, ni la fureur des Hongres et des roturiers n'ont pu effacer les monuments et les caractères de cette fameuse Orbandale tant prisée par l'ancienne poésie et que les premières histoires de nos Français ont élevée au plus haut degré de la gloire... Les trois cercles de briques dorées desquels les murailles étaient bandées se montraient encore dans les murs que le vulgaire appelle sarrazins... et afin de perpétuer honorablement ces trois cercles d'or, la Ville a encore aujourd'hui conservé ces trois cercles d'or dans ses armoiries, qui sont comme le glorieux langage de son antiquité... (Extraits de "L'illustre Orbandale ou l'histoire ancienne et moderne de la Ville et Cité de Chalon-sur-Saône" par le père Berthaut,1662).
Ces murailles ceinturées de bandeaux ne pouvaient être qu'à l'image d'autres murs gaulois tels que le mur des Sarrazins de Clermont.
En 1682, Philippe Bataille, noble d'épée, vend sa propriété seigneuriale de Taisey à Guillaume Magnien, noble de robe, conseiller du roi. Ce n'est qu'à quelques dizaine de mètres que ce dernier fait construire son nouveau château. Que sont devenues toutes ces briques ? La logique voudrait qu'elles aient été réutilisées dans les murs du nouveau bâtiment. Mais comme je ne suis pas archéologue, ce n'est pas à moi de le dire.
Essai de reconstitution.
L'erreur à ne pas faire est de placer la haute tour à l'intérieur de la haute enceinte comme s'il s'agissait d'un donjon médiéval. Absolument pas ! La haute tour - toujours existante - était la tour d'entrée principale et elle se trouvait en avant. Comme on n'y voit pas de bandeau, il faut logiquement en conclure que nos trois bandeaux ceinturaient la haute enceinte, ce qui correspond d'ailleurs à ce qu'on trouve dans d'autres murailles de villes gauloises, comme à Bourges. Voilà une première explication de ce qu'a écrit le père Berthaut. Cette explication est-elle suffisante ? Les trois cercles qui figurent sur le blason de notre ville ne seraient-ils pas disposés ainsi pour évoquer également les trois tours de la forteresse avec leurs enceintes d'eau ? Enfin, autre curiosité, nous retrouvons nos trois anneaux sur une monnaie gauloise attribuée aux Bituriges, trois anneaux qui correspondent aux trois grandes tours dont les archéologues ont retrouvé la trace à Bourges. Tout cela nous amène à revoir complètement l'image qu'on s'est faite jusque-là de la Gaule.
Plus qu'à Bibracte, c'est ici sur la hauteur de Taisey qu'il faut se placer pour comprendre les origines de notre histoire. Le centre de la cité de Cabillo nommée par Strabon, son oppidum/castrum, c'est à Taisey qu'il faut le placer. Le Cabillo de César, riche en blé, c'est ici qu'il faut se le représenter et non
Mon explication de la Gaule est à l'opposé de celles qui ont cours. C'est pour cela que je n'arrive pas à la faire connaître.
Les archéologues qui se sont exprimés à l'occasion de l'exposition de la cité des sciences sur les Gaulois ont expliqué qu'ils avaient, eux aussi, un marqueur : c'est de considérer tout ce qui est en pierre comme romain et tout ce qui est en bois comme gaulois. J'espère que ce n'est pas l'avis de l'ensemble de la profession tellement une telle idée me semble contraire au simple bon sens. Je ne mets pas en doute les techniques de fouilles, ni même certaines reconstitutions, mais je conteste formellement les interprétations qui découlent de ce marqueur absurde.
En effet, ce que ces archéologues appellent villes ne sont en réalité que des bourgs ; ce qu'ils appellent demeures aristocratiques ne sont que des fermes isolées. Ignorants le latin et la logique militaire, ils ne font pas de différence entre le mot oppidum et celui de "urbs" (ville). Ils ne tiennent pas compte de ce qu'écrit César, notamment quand il écrit au sujet des Helvètes : ils incendièrent tous leurs oppidum, au nombre de douze, leurs bourgs, au nombre de quatre cents, et toutes leurs fermes isolées. Nous avons là une image extrêmement précise de ce qu'était un paysage gaulois mais à condition de comprendre que les oppidum sont des fortifications en pierre qui se trouvent principalement sur des points hauts, et que les villes, comme Mont-Saint-Vincent et Le Crest, se trouvent soit à leurs pieds, soit à l'intérieur, pour des questions de sécurité. C'est tout un pan du paysage gaulois que ces archéologues ne veulent pas voir, et c'est pourtant le plus important.