A Nicolas Sarkozy
par Ariane Walter
vendredi 15 octobre 2010
Monsieur,
Vous êtes président de la France.
Certains disent que la France n’est plus rien. Qu’elle n’a aucun poids dans le concert des grandes puissances.
Dire qu’elle n’a aucun poids face au chaos du banditisme mercantile et financier serait plus exact.
Employons les mots justes.
Mais ne pas paraître à la table des voleurs n’est pas un déshonneur.
Ne pas leur demander des comptes en est un.
Vous avez souhaité interroger les Français sur leur identité nationale.
Pâle expression, « identité nationale », trop liée à ces cartes sur lesquelles, désormais, il est interdit de sourire.
Je préfère parler de l’esprit de la France.
Notre pays est celui de la Raison, de la clarté de la pensée, de la volonté de justice.
Les plus grands noms, les plus grands esprits ont illustré son destin.
Quiconque le dirige est l’héritier d’une histoire qu’il ne peut aborder qu’humblement, le cœur battant, tant la charge est lourde d’être digne des hommes et des combats de son histoire.
Vous pensiez souvent à cette charge disiez-vous. En vous rasant.
Je crois qu’un homme sensé qui pense à diriger la France en se rasant doit finir le visage en sang tant sa main tremble.
Désir du pouvoir.
Vous avez sans doute oublié, ou vous ignorez, dans « Les Lettres Persanes » de Montesquieu, l’histoire de vieux Troglodyte.
Quand ses concitoyens vinrent le chercher pour lui demander d’être leur premier chef, il pleura.
-J’ai donc vécu trop vieux, leur dit-il, puisque je vois ce jour où mes amis souhaitent un autre maître que leur propre vertu !
Montesquieu …La justesse d’une pensée dont l’élégance est le style.
La culture, dit-on, est ce qui reste quand on a tout oublié. Pourquoi voulez-vous que nous pensions, en ce qui vous concerne, que la culture est ce qui reste quand on n’a rien appris ?
Vous êtes Français.
Vous n’êtes pas Américain.
Je ne sais qui vous a conseillé, à l’aube de votre mandat, de prendre le peuple Français pour ces Américains si sensibles à la réussite.
Je ne sais qui vous glissé à l’oreille que le Peuple Français serait fier d’un chef, ami des puissants, se rendant à pied leur faire allégeance, affichant les signes d’une réussite ostentatoire, épousant une femme au visage public, rêvant la réussite d’un Kennedy, cet homme mis au pouvoir par la Mafia, tué par la Mafia.
Les mauvaises pensées ne donnent pas de bons conseils.
Ce qui est de bon aloi dans ce pays est chez nous de mauvais goût.
Vous souhaitez que les immigrants adoptent les mœurs du pays qui les reçoit.
Faites-le vous-même.
Je suis moins choquée par une femme qui cache son visage que par un homme qui masque le visage de ses concitoyens par la peur et le désarroi.
Vous portez la réforme des retraites.
Dans le chaos de notre monde, il vous paraît impératif de régler ce problème.
Les arguments que répètent vos medias pour expliquer la situation sont les suivants :
« La génération de 68 a joui des richesses du pays et l’a appauvri. Elle laisse une dette colossale à ses enfants qui devront la payer. »
C’est une politique de dire aux fils : « Vos pères vous ont trahi. » De dire aux pères « Vos fils sont des fainéants qui traînent dans les rues ! ». Quand on tire les ficelles de ce désordre.
Pauvres hommes de 68 qui ont trop joui ! En achetant, quelle orgie !, une voiture, un écran, une machine à laver ! En devenant ce que souhaitait ce mondialisme mortel non pas de la chair à canon mais de la chair à caddie !
Leurs enfants descendent dans la rue.
Ils rejoignent les manifestants.
Ils sont manipulés.
Toute religion, toute éducation, toute science, toute Nature est une manipulation.
Il y a simplement les bonnes et les mauvaises.
Qu’ils restent à étudier !
Etudier quoi ?
Les différentes formes d’esclavagisme de l’Histoire ? Les peuples sacrifiés sur les autels du pouvoir ? Les indiens massacrés pour de l’or ? Les Africains noyés dans des océans de sang ? Les Chinois drogués à l’opium ? Les Vietnamiens pulvérisés de napalm ?
Et s’ils souhaitaient ne pas faire partie de la liste, les jeunes manipulés par leur connaissance de l’Histoire ?
S’ils souhaitaient, dans un monde maquillé, magouillé, exsangue, pétrifié et vitrifié, se présenter à visage nu pour tenter les voies du respect. De l’harmonie. De la charité.
Il leur faut rembourser la dette !
Bel avenir. Excitant. Qui stimule.
La dette, la fameuse dette dont les banques, il faut qu’elles se fassent à cette idée, ne verront jamais l’ombre d’un sou.
Jamais idée n’a été aussi absurde, aberrante, insultant la justice et la raison !
Tout le monde sait que les Etats, depuis qu’ils ne battent plus monnaie, sont la proie de banques auxquels ils sont obligés d’emprunter.
Tout le monde sait que les gouvernements laissent d’autant plus facilement glisser leur patrie dans les dettes que ces dettes enrichissent les banques et leurs casinos.
Et nous serions volés deux fois !
Imaginez que quelqu’un vous dérobe tout et qu’ensuite, sur le prix du butin, il vous réclame légalement des intérêts !
Mais quel fou souscrirait !
La réforme des retraites…
Croyez-vous qu’un seul Français dise « non » à cette réforme s’il était évident qu’elle permette un meilleur avenir ?
Mais travailler deux ans de plus va-t-il empêcher que le loyer d’un studio soit celui d’un château , que les fruits valent des bijoux, que le banditisme soit loi, qu’aucune morale ne prime, que les peuples soient volés par leurs dirigeants même , que la loi du marché soit celle, non pas de la jungle, car la jungle est un monde doux où l’on meurt vite, mais la loi des puissances tacites, des dominations cruelles, des amoralismes assassins ?
L’indignation qui envahit les cœurs, vous avez tenté de l’annihiler par la honte.
La honte. Comme les puissants connaissent ce mécanisme. Comme ils aiment maintenir les peuples dans la peur. Le désarroi. Le chômage. La culpabilité.
Un homme toute sa vie a été au chômage.
Personne ne voulait l’employer.
Cet homme s’appelle Confucius.
Que ce nom soit à présent le premier nom de Chine, qu’il ait balayé tous les généraux, tous les empereurs, tous les conquérants et que ce pauvre baladin qui a passé sa vie sur les routes en grattant sa guitare, parce que personne n’en voulait, lui qui parlait le langage de la vertu et de l’honneur, soit à présent au sommet de tous les panthéons, voilà qui doit donner de la fierté à ceux qui , comme lui, débordant de talent, ne font pas partie des hommes qui travaillent pour le bien commun. Inutiles. Comme Confucius.
Il disait :
« Ne te soucie pas d’être remarqué. Ne te soucie que d’être remarquable. »
Il est vrai qu’avec une morale pareille on ne risque pas de plaire à nos amis américains et traders.
La réforme des retraites, sans intérêt, est désespérante.
Ne désespérez pas. N’atteignez pas les limites du désespoir.
Les conditions d’une révolution sont dressées sur votre route.
Le pouvoir est celui d’une caste. Les privilèges sont exorbitants. La justice n’est pas la même pour tous. L’avenir n’appartient qu’à des milliers qui veulent museler des milliards.
Réfléchissez à ces chiffres, messieurs, qui savez si bien compter…
Quant à vous, Monsieur, si vous voulez être Français, digne de l’esprit Français et de l’Histoire de France, vous n’avez que ceci à dire :
« Je renonce à la réforme des retraites.
Je prie mes amis des assurances de m’excuser mais je ne leur ouvrirai par ce marché.
Je ne veux pas vendre les hommes qui m’ont élu.
Je ne peux leur rendre la trahison pour la confiance.
D’autres mesures me paraissent plus urgentes. Redonner aux Etats leur puissance. Rendre aux monnaies nationales leur indépendance. Recréer les commerces locaux. Arracher l’Europe aux impérialismes. Interdire les jeux boursiers. Respecter la nature et l’équité.
Le sens de l’histoire, qui est propre à la Nation que je représente, me donne le courage de donner aux autres pays d’Europe et du monde, le premier exemple d’un combat qui sera rude.
Mais d’autres combats, bien plus rudes, notre pays, la France, les a gagnés, entraînant d’autres hommes et d’autres pays dans la voie de plus de liberté, d’égalité, de fraternité, d’espoir. »
Dites-le, Monsieur.
Nous l’attendons.
Nous vous écoutons.
Maintenant.
Le présent est notre avenir.