A quoi sert le PS ?

par Sébastien Ticavet
lundi 2 juillet 2007

A quoi sert le Parti socialiste ? Voilà une question à laquelle il est devenu bien difficile de répondre...

Face à un pouvoir sûr de lui et dans la parfaite lignée des gouvernements libéraux qui se succèdent en France depuis des années, pourquoi le PS n’a-t-il rien à dire et rien à proposer ? Peut-être tout simplement parce qu’il n’a plus le fond idéologique nécessaire pour pouvoir s’opposer à l’UMP. En privé, les responsables et députés socialistes ne cachent pas en effet leur admiration pour le gouvernement sarkozyste et tombent en pamoison devant la stratégie d’"ouverture" du président de la République. Sur le fond, la plupart des responsables socialistes n’ont pas grand-chose à redire au programme qu’entend développer le gouvernement. D’ailleurs, les ralliements successifs d’anciennes personnalités socialistes (Kouchner, Jouyet, Hirsch, Besson, Allègre, Védrine qui se verra bientôt confier une mission, et Lang qui fait tout pour obtenir les faveurs de l’Elysée) montrent clairement que rien de fondamental n’oppose plus aujourd’hui PS et UMP. La plupart des dirigeants socialistes pourraient suivre le même chemin, sans que ce ne soit finalement très surprenant. Un Strauss-Kahn, un Hollande, une Guigou ou un Jean-Marc Ayrault pourraient sans problème participer à un gouvernement à dominante UMP. La campagne de Ségolène Royal avait déjà mis en lumière le flou abyssal du logiciel idéologique du PS.

Dès lors, puisque le PS n’a pas les ressources nécessaires pour pouvoir s’opposer sincèrement au gouvernement, il n’a plus grande utilité. Pourra-t-on en effet compter sur lui pour batailler contre le traité modificatif, cette Constitution Giscard sans le nom, que nous concoctent Sarkozy et ses amis européens ? Non, en aucune façon. Lang a déjà annoncé la couleur : "Nous n’aurions pas fait mieux", et la position du PS lors du référendum en 2005, favorable au Oui, ne nous laisse aucun espoir.

Le PS dénonce-t-il l’effroyable suppression de 10 000 postes dans l’Education nationale en 2008, qui va à l’encontre de la nécessaire promotion d’une société de la connaissance ? Non, ou très mollement, parce que dans le fond, il est assez admiratif... De conférence en conférence, un de ses plus éminents dirigeants, DSK, ne cesse de clamer la nécessité de faire des "gains de productivité" dans la fonction publique, ce qui passe par "une nécessaire réduction des effectifs". Il le dit moins nettement devant les caméras de télévision, mais il n’en pense pas moins...

Peut-on compter sur le PS pour proposer une alternative à l’injuste et inefficace TVA sociale ? Non, parce que là encore son logiciel idéologique lui interdit d’imaginer certaines pistes audacieuses. Le PS utilisera la TVA sociale comme argument électoral, oubliant que plusieurs de ses dirigeants l’avait proposée il y a quelques mois. Il sera en revanche incapable de défendre une alternative pour lutter contre les délocalisations, qui passerait par une refonte de la politique commerciale européenne, dans le sens d’une plus grande protection de nos intérêts. Il faudrait pour cela toucher au veau d’or européen, et cela le Parti socialiste en est incapable.

Le PS n’a donc pas les moyens d’incarner l’opposition. Il ne sert plus à rien, si ce n’est à nourrir quelques hiérarques locaux. Son délittement, auquel nous assistons chaque jour un peu plus, est une très bonne nouvelle pour le débat d’idées. La majorité de ses dirigeants actuels, partisans du Oui à la Constitution en 2005 et en privé admiratifs du gouvernement, devraient dans un monde idéal rejoindre les rangs de l’UMP et cesser de tromper les Français en feignant l’opposition. La minorité, sincèrement favorable à une politique alternative et désireuse de remettre en cause l’Europe actuelle, a vocation à aider à la formation d’une gauche antilibérale forte et structurée.

Mais ce scénario ne vaut justement que dans un monde idéal. En réalité, on voit bien qu’Hollande et ses amis s’efforcent comme toujours de refermer le couvercle, tablant sur une prochaine victoire dans les urnes pour faire oublier la nécessité de poser les vraies questions. Espérons que la situation soit aujourd’hui trop grave pour que le couvercle ne puisse plus rien contenir !


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