A20 : la mort d’un prématuré devient une affaire d’Etat
par hommelibre
mardi 23 octobre 2012
Bientôt on fera une loi pour interdire de mourir. Est-ce vraiment la peine de surgir au bout de milliards d’années d’évolution, d’être conscients et fiers de l’être, pour voir nos corps s’en aller comme des feuilles d’automne dans les ruisseaux du monde fini ?
Ainsi il y a trois jours une femme enceinte a accouché sur l’autoroute A20 dans le sud-ouest de la France. Le bébé, un prématuré de sept mois, n’a pas survécu. C’est forcément douloureux pour des parents. Perdre un nouveau-né c’est le deuil d’une attente, d’une préparation, d’un amour déjà installé dans le coeur. Mais c’est aussi une réalité. La médecine moderne a permis de faite chuter les cas de décès de nouveaux-nés, grâce à des soins adéquats et à la proximité des établissement hospitaliers. Ici la parturiente n’avait pas de maternité très proche, du moins une maternité préparée aux naissances à risque.
Alors la mort de ce prématuré offusque le pays, au point où le président Hollande lui-même demande une enquête. Il promet même de prendre des mesures.
« Le drame (...) nous appelle une nouvelle fois, encore, à ne rien accepter en matière de désert médical, a déclaré le chef de l'Etat à Nice. Et en même temps je prends l'engagement, celui que j'avais déjà énoncé avant l'élection présidentielle, et que je rappelle ici comme chef de l'Etat : aucun Français ne doit se trouver à plus de 30 minutes de soins d'urgence. »
Cela devient une cause nationale. On se dirait sous Sarkozy où chaque fait divers devenait un enjeu politique.
Revenons à ce décès. La mère avait une santé fragile et avait dû rester alitée pendant un
Dans l’urgence il est difficile de le savoir. Dans cette région très peu peuplée les maternités sont dispersées. L’ancienne et la plus proche, celle de Figeac, a fermé en 2009. Le coût d’entretien était trop élevé pour le peu d’accouchements. Les plus proches sont entre 50 et 80 kilomètres. Toutefois il reste à Figeac un service hospitalier avec un centre périnatal, et un service d’urgence avec des médecins urgentistes capables de répondre aux situations exceptionnelles.
Le problème est-il vraiment le manque de moyens locaux ? N’est-il pas une sous-évaluation de l’état de santé de cette femme enceinte, connue pour ses problèmes obstétriques antérieurs ? Faut-il garder un établissement hospitalier pour le faible nombre de personnes à risques ? N’y a-t-il plus de sage-femmes pour assurer les accouchements ? Ne fallait-il pas organiser un transport adéquat, voire hospitaliser cette personne pour les derniers mois de grossesse ? Avec tous les éléments connus pourquoi n'a-t-on pas anticipé ? C’est toujours si simple de poser les questions après-coup.
Mais ne faut-il pas aussi accepter la mort ? Celle-ci est sans doute plus logique et acceptable lorsqu’il s’agit d’une personne âgée et que les soins n’ont pas fait défaut. Elle est plus douloureuse quand il s’agit d’un enfant, même nouveau-né. Mais quelle que soit notre organisation de santé et notre exigence de vie dans une société développée, on n’éradique pas la mort ni le risque quel qu’il soit. Même pas dans un pays attaché à un Etat-Providence qui doit être partout et répondre à tous les besoins, qui devrait anticiper toutes les situations délicates. Un Etat où l’exigence de sécurité s’échange contre une incapacité grandissante à s’adapter, à évaluer et accepter le risque.
On ne peut tout prévoir. On ne peut tout contrôler. Mais on ne peut prendre tout un pays à témoin pour chaque indignation ou réaction émotionnelle par une sorte d'automatisme collectif. On ne peut chercher à tout prix un coupable pour avoir un peu moins le sentiment d’impuissance dans des situations qui nous dépassent ou pour instrumentaliser politiquement un drame.
Images : 1 Figeac. 2 Autoroute A20