Affaire DSK : deux énigmes de plus en juillet !

par Paul Villach
jeudi 4 août 2011

Le jugement porté par le procureur Cyrus Vance jr. sur Mme Diallo, qui a accusé M. Strauss-Kahn de viol, le 14 mai 2011, avait paru orienter la procédure vers un non-lieu imminent. Car, contrairement à ce que prétend, le 26 juillet, le journal Le Monde par ignorance ou malveillance, « (la) crédibilité (de la plaignante n’a pas) été mise en cause par la défense  » (1) mais par le responsable de l’Accusation lui-même qui, dans sa lettre du 30 juin à la Défense, l’a qualifiée de personne « untruthful » - qui ne dit pas ma vérité (2). Le procureur pouvait-il espérer alors poursuivre la procédure jusqu’à la tenue d’un procès pour y convaincre des jurés de la fiabilité d’une information dont la source, la victime supposée, n’était même pas crédible à ses yeux ?

Or, depuis un mois, deux énigmes ont contredit ce pronostic, sans pour autant permettre encore de choisir entre les deux hypothèses susceptibles de résoudre cette affaire. (5)
 
Première énigme : deux reports successifs de l’audience décisive
 
La première est le report à deux reprises de l’audience décisive fixée d’abord au 18 juillet, dont dépend la suite de la procédure. Renvoyée une première fois au 1er août, elle a été une seconde fois reportée au 23 août. Est-ce à dire que l’hypothèse du non-lieu et donc d’une possible machination contre DSK qui prévalait après le jugement porté par le procureur sur Mme Diallo, est écartée au profit de l’accusation d’agression sexuelle supposée ? Une fois de plus, on ne peut trancher, faute d’informations précises.
 
1- Une enquête inachevée ?
 
Ces reports successifs signifient sans doute que le procureur estime que l’enquête n’est pas allée jusqu’à son terme, que des indices peuvent encore être découverts ou exploités et qu’un temps supplémentaire est nécessaire pour mener ces investigations.
 
2- Un baroud d’honneur du procureur ?
 
Mais ces reports peuvent tout aussi bien indiquer que les indices décisifs pour la tenue d’un procès avec des chances de condamnation du prévenu ne sont toujours pas réunis après deux mois d’enquête, alors qu’ils paraissaient l’être sans conteste dès l’ouverture de la procédure au point de justifier l’application envers DSK des mesures conservatoires les plus rigoureuses, avant de devoir être levées, le 1er juillet dernier.
 
- On peut voir aussi dans ces prolongations un baroud d’honneur du procureur qui, après avoir été convaincu de la culpabilité de DSK puis avoir mis en doute la fiabilité de la victime supposée, entend montrer qu’il met tout en œuvre pour tenter d’établir ou d’écarter les faits incriminés.
 
Dans les deux cas, le procureur ménage l’avenir : ou des indices nouveaux apparaissent et il prouvera la légitimité de l’action rigoureuse engagée contre DSK dès le 14 mai. Ou il n’en est rien et nul ne pourra lui reprocher de n’avoir pas pris le temps d’enquêter : il arrive qu’une victime supposée soit « untruthful ». Si, dans un premier temps, il l’a crue, il montrera qu’il a été capable, dans un second temps, de reconnaître son erreur. N’est-ce pas ce qu’on attend d’un procureur, qu’il ne s’entête pas sur une fausse piste ?
 
Seconde énigme : « le tête-à-queue » opéré par la stratégie de la plaignante
 
La seconde énigme est, si on ose dire, « le tête-à-queue » opéré par la stratégie de la plaignante, Mme Diallo.
 
1- Dans un premier temps, la dissimulation
 
Dans un premier temps, elle a choisi la dissimulation et tenu à garder l’anonymat. Aucun média ne pouvait l’approcher. Elle a quitté son appartement pour habiter dans un lieu tenu secret et protégé par la police, a-t-on dit. Aucune photo d’elle n’a été diffusée pendant deux mois et elle ne s’est confiée à aucun média, laissant à ses avocats successifs le soin de parler pour elle. On l’a vue entrer au tribunal soigneusement dissimulée sous une couverture. Bien différent a été le sort réservé à DSK offert entre deux policiers au voyeurisme d’une foule de médias ameutés à la sortie du commissariat de police new-yorkais, ou encore conspué à son entrée au tribunal par un groupe de femmes de ménage acheminées sur place, a-t-on dit, par un syndicat hôtelier new-yorkais.
 
Les raisons avancées de cette dissimulation étaient compréhensibles : la victime supposée entendait préserver sa sécurité. Elle ne souhaitait pas être identifiable par pudeur et souci légitime de tranquillité. Son malheur supposé l’exposait à être la proie de médias dont le leurre d’appel humanitaire et les réflexes qu’il déclenche, est l’ arme principale dans leur chasse à l’audience. Cette dissimulation pouvait viser aussi à protéger l’intéressée de toute tentative de pressions ou de représailles susceptibles d’être exercées à son encontre.
 
2- Dans un second temps, l’exhibition
 
Or, dans un second temps, le 25 juillet 2011, une semaine avant le 1er août, date du premier report de l’audience, la plaignante a choisi l’exhibition en accordant un entretien au magazine Newsweek (3) et à la chaîne ABC News (4). Il est vrai que la crainte de pressions ou de représailles n’avait plus lieu d’être, puisque l’attaque contre elle n’est pas venue de DSK mais du procureur lui-même, chargé de l’accusation, qui l’a jugée « untruthful ». Ce retournement de stratégie livre plusieurs informations possibles.
 
- La stimulation des réflexes favorables à la plaignante
 
À l’évidence, il s’est agi d’offrir au public un visage susceptible de déclencher les réflexes attendus que ne peut provoquer un être sans apparence physique. Toute victime suscite à la fois un réflexe d’indentification partielle couplé au réflexe de compassion et d’assistance à personne en danger. Car, à vrai dire, le récit par Mme Diallo de son agression supposée n’apprend rien de nouveau que l’on ne sache déjà. Mais il offre au public un stimulus efficace, une description mimée du viol allégué et surtout les larmes de la femme qui se dit avoir été agressée par DSK. Comment rester indifférent à cette exhibition du malheur d’autrui ? Les larmes sont, en effet, l’expression involontaire en général d’une douleur violente. Elles ont donc toutes les apparences de l’information extorquée et de sa fiabilité puisqu’elles échappent apparemment à l’autocensure de l’intéressé.
 
- Ou le leurre de l’information donnée déguisée en information extorquée ?
 
Nombre de cas, toutefois, montrent qu’elles peuvent être tout aussi bien provoquées volontairement ou artificiellement : ne parle-t-on pas de larmes de crocodile ? Les Romains misogynes disaient déjà que « la larme de la femme est le condiment de la malice  » - « Mulieris lacrima malitiae condimentum est  ». N’est-on donc pas en présence du leurre de l’information donnée - qui n’est pas fiable - déguisée en information extorquée - qui est plus fiable - ? Cette ultime exhibition publique peut apparaître comme la dernière cartouche de la plaignante en vue de tenter d’infléchir le cours de l’enquête qui n’a toujours pas livré des indices probants pour la tenue d’un procès avec des chances suffisantes de succès. Sensible à l’opinion publique puisqu’il songe à sa réélection, le procureur peut devoir tenir compte des réflexes qui auront pu être stimulés chez ses électeurs par la mise en scène d’une supposée victime en pleurs, et envisager d’aller jusqu’au procès.
 
- Ou fuir l’obscurité, propice à l’exécution du crime ?
 
On ne peut écarter non plus une autre raison qui aurait justifié cette exhibition. Dans le cadre d’une machination supposée, comme le montrent nombre d’exemples, l’agent obscur qui a été utilisé par les instigateurs, tapis dans l’ombre, court souvent le risque d’être éliminé pour qu’il ne parle pas. Après exécution de la besogne attendue de lui, l’anonymat et l’obscurité facilitent sa propre exécution. En revanche, il devient plus difficile de supprimer un agent qui est connu du public et qui a pu susciter la compassion.
 
C'est la stratégie qu'a adoptée par exemple Amnesty International pour défendre les prisonniers d'opinion : les faire connaître au monde entier complique la tâche des dictatures ; celles-ci préfèrent l'ombre et le silence pour s'en débarrasser à la façon de Tartuffe pour qui "le scandale du monde est ce qui fait l'offense" et qui prétend que "ce n'est pas pécher que pécher en silence". N’est-ce pas aussi la raison qui a conduit Mme Diallo à sortir de l’anonymat et de l’obscurité ?
 
C’est elle-même qui incite à se poser la question. Curieusement, elle impute à DSK et à de supposés sbires à son service l’intention de la tuer pour expliquer la clandestinité qu’elle a, dans un premier temps, recherchée. À la journaliste d’ABC News qui lui demande si elle connaissait DSK avant l’incident, elle répond que non ; ce n’est qu’après l’agression alléguée qu’elle aurait découvert qui il était : « Je regardais les infos, dit-elle, et ils ont dit qu'il allait être le prochain président de France et je me suis dit « Oh mon Dieu ! » et je pleurais.  » Et à la journaliste qui s’étonne de sa réaction, elle explique : « Parce que je sais que si c'était dans mon pays, il est un homme puissant, ils vont me tuer avant que quelqu'un sache ce qui m'est arrivé. » De même que sa dissimulation pouvait être justifiée par la crainte de DSK, son exhibition ne l’est-elle pas désormais par celle de ses éventuels commanditaires ?
 
Ainsi les prolongations de l’enquête demandée par le procureur comme le changement de stratégie de la plaignante livrent-ils une fois de plus des informations ambiguës qui peuvent étayer aussi bien l’une ou l’autre solution hypothétique de l’énigme, l’agression sexuelle ou la machination, comme on l’a montré dans un livre (5). La date de l’audience décisive fixée au 23 août sera-t-elle maintenue ? Si elle ne l’était pas, il faudrait pour cela qu’apparaissent des indices probants à exploiter sous peine que la procédure finisse par ressembler à de l’acharnement judiciaire. Paul Villach
 
(1) Ch. Châtelot, « Affaire DSK : Nafissatou Diallo contre attaque avec sa version des faits – La victime présumée de Dominique Strauss-Kahn s’exprime dans « Newsweek  » et sur ABC », Le Monde, 26 juillet 2011, p.7.
 
(2) Paul Villach, « Affaire DSK : avis de débâcle en vue pour la Justice et les médias officiels  », AgoraVox, 4 juillet 2011.
Lettre du 30 juin 2011 adressée par le procureur Cyrus Vance jr à la Défense (DSK)« The complainant, écrit-il, was untruthful with assistant district attorneys about a variety of additional topics concerning her history, background, present circumstances and personal relationships.  »
 
(3) C. Dickey, J. Salomon, « The Maid's Tale  », Newsweek, 25 juillet 2011.
http://www.thedailybeast.com/newsweek/2011/07/24/dsk-maid-tells-of-her-alleged-rape-by-strauss-kahn-exclusive.html
 
(4) « Breaking her silence  », ABC News, 25 juillet 2011
http://www.youtube.com/watch?v=Mf-vlVzppwk
« Affaire DSK : La version de Nafissatou Diallo point par point en vidéo  », 20 minutes, 27 juillet 2011
http://www.20minutes.fr/article/763122/affaire-dsk-version-nafissatou-diallo-point-point-video
 
(5) Pierre-Yves Chereul, « L’affaire DSK : deux hypothèses pour une énigme  », Éditions Golias, juin 2011.

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