Affaire Julia Simon : honte à la Fédération française de ski

par Fergus
jeudi 27 novembre 2025

Le 6 novembre, la Commission de discipline de la FFS s’est réunie pour statuer sur le cas de Julia Simon, condamnée le 24 octobre par le tribunal correctionnel d’Albertville pour « vol et usage frauduleux de carte bancaire ». La biathlète a écopé d’une sanction sportive dérisoire en regard des faits commis. Une étonnante mansuétude qui a choqué le monde des éducateurs et suscité des réactions en France et hors de nos frontières...

Rappelons les faits : ont donné lieu à la condamnation de Julia Simon des vols (commis en Suède en novembre 2021, puis en France et en Norvège en août et septembre 2022), suivis de l’usage délictueux des cartes bleues de deux de ses victimes (sa coéquipière Justine Braisaz-Bouchet et une kinésithérapeute de l’équipe de France) à des fins d’achat de différents matériel high-tech et autres produits sur des sites du web.

Dans un communiqué de presse daté du 18 novembre*, il est écrit ceci : « La Fédération Française de ski place l’intégrité, l’équité et le respect mutuel au premier rang de ses valeurs, indispensables au bon fonctionnement et à la cohésion de groupe. » En lisant ces mots, l’on se pince pour y croire tant les beaux sentiments évoqués sont à des années-lumière de la gravité des évènements qui ont mis en cause Julia Simon.

Où Julia Simon a-t-elle fait preuve d’« intégrité » depuis l’automne 2021 ? Comme le précise le dictionnaire Robert, ce mot désigne l’honnêteté », la probité absolue qui anime une personne. La biathlète a-t-elle montré ces qualités ? NON, au mépris des valeurs du sport, elle s’est conduite comme une vulgaire délinquante, et a fort justement été condamnée pour ses vols à 6 mois de prison avec sursis et 15 000 euros d’amende !

Julia Simon a-t-elle montré de l’« équité » ? Là encore, référons-nous au Robert qui considère qu’il s’agit d’une vertu qui consiste à régler sa conduite sur le sentiment naturel du juste et de l'injuste. La biathlète s’est-elle montrée juste ? NON, en volant Justine Braisaz-Bouchet et en laissant délibérément celle-ci subir des calomnies** durant plus de deux ans, Julia Simon a, sans le moindre problème de conscience, violé cette valeur de justice !

Quant au « respect mutuel » que l’on pouvait attendre à l’égard des coéquipières, où s’est-il manifesté ? Julia Simon a été convaincue de vol sur Justine Braisaz-Bouchet et probablement plusieurs autres victimes***, qui plus est dans les locaux affectés à l’équipe de France. La biathlète a-t-elle respecté ses coéquipières ? NON, en niant ses méfaits, elle a violé la camaraderie inhérente à ces rassemblements et bafoué le respect de ses coéquipières.

Quant à la « cohésion de groupe », où peut-elle se trouver dans la cohabitation – durant plusieurs mois de compétition en tournée européenne et nord-américaine – entre une voleuse condamnée par la justice pour ses actes délictueux et ses victimes, toutes logées dans les mêmes hébergements et en compétition sur les mêmes sites ? Imagine-t-on, dans un tel contexte, des collègues travailler dans les mêmes locaux sur des tâches communes ?

De nombreux biathlètes étrangers – l’omerta est de mise en France – jugent la sanction prise par la FFS dérisoire. Parmi eux, et faisant implicitement office de porte-parole, l’immense champion norvégien Ole Einar Bjørndalen (8 fois champion olympique, 20 fois champion du monde) n’a pas mâché ses mots : « Maintenant qu’elle a été reconnue coupable de plusieurs chefs d’accusation, c’est (...) incompréhensible. Il est très surprenant de voir que la punition soit si clémente ! ».

Même son de cloche du côté de l’ancien champion Brahim Asloum, consultant de la chaîne L’Équipe : « Je trouve [que les dirigeants de la fédération] sont très cléments. (...) Franchement, ce n’est pas très beau, ce n’est pas joli. On parle de vol, on parle d’escroquerie, en plus dans une équipe de France, dans un cadre national. Là où l’on doit porter le drapeau français, valoriser la nation à travers sa discipline, on doit être exemplaire !  »

Une clémence dont il ne faut pas être dupes. Comme le souligne Brahim Asloum, « les choses sont faites pour qu’au moment opportun [comprendre dans la perspective des Jeux Olympiques d’hiver de Milan-Cortina en février 2026], Julia Simon puisse revenir comme si de rien n’était. Non ! Non ! On a vu dans d’autres sports (…), pour moins que ça, des joueurs mis sur le bas-côté, et on n’en a plus entendu parler. »

Brahim Asloum parle d’or en pointant du doigt la duplicité des membres de la Commission de discipline. Car il est évident que le contexte particulier de cette saison olympique a joué un rôle décisif dans cette clémence qui a surpris et choqué tant de monde dans le milieu du biathlon, en France comme à l’étranger. Tout particulièrement dans les rangs des éducateurs, attachés à inculquer le sens de l’éthique aux athlètes dont ils ont la charge.

Pour nombre d’entre eux, et pour beaucoup de biathlètes, Julia Simon aurait dû être au minimum suspendue une saison, voire radiée à vie de l’équipe de France de biathlon. Avec un mois ferme de suspension, dont les trois-quarts effectués avant le début des compétitions, la FFS a montré qu’elle privilégiait les intérêts de ses dirigeants au détriment des valeurs sportives dont elle se prévaut et qu’elle foule aux pieds sans vergogne. C’est pitoyable !

Honte à la Fédération française de ski pour ses misérables calculs de boutiquier ! Et honte à Julia Simon qui, si elle avait eu une once de respect pour ses coéquipières et un minimum d’honneur, aurait dû se retirer d’elle-même !

Ce communiqué n’a pas été rédigé dans le cadre de l’« affaire Simon » mais dans celui d’un lamentable incident qui a concerné Jeanne Richard, suspectée d’avoir, la saison dernière, modifié les réglages de la carabine d’Océane Michelon dans le but de remporter le titre symbolique de « meilleure jeune ». Le texte de la FFS n’en est pas moins représentatif des valeurs qu’elle prétend défendre. 

** Suspectée de dénonciation calomnieuse par les admirateurs de Julia Simon du fait du déni péremptoire de celle-ci, Justine Braisaz-Bouchet a été confrontée à des violentes insultes et à des propos haineux sur les réseaux sociaux ainsi qu’en bord de piste.

*** Anaïs Chevalier, Chloé Chevalier, Caroline Colombo et Lou Jeanmonnot.

Important : L’Unité d’Intégrité du Biathlon, instance internationale présidée par l’Irlandais Greg McKenna, s'est saisie le mercredi 26 novembre du dossier Simon. Alourdira-t-elle – ou pas, pour ménager la FFS –, les sanctions déjà prises ? Réponse en fin de semaine.


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