Allemagne, Chemnitz, Köthen... Et aprčs ? Entre médias vert-gauche et citoyens inquiets

par toma
mercredi 12 septembre 2018

Le mainstream "gauche-vert" et les "citoyens inquiets" : un grain de folie ?

Article original paru sur rt.deutsch 11.09.2018 • 09:52 Uhr

Quelle : Reuters © Reuters
 
Entre les médias de masse et une grande partie de la population, le fossé semble grandir. (Bild montre une manifestion à Chemnitz le 7 September 2018). Commentaire du traducteur "Wir sind das Volk" traduit - nous sommes le peuple - est le slogan crié par les manifestants dans le Leipzig de 1989/1990, là où "commença" la chute du mur pour ainsi dire. Ces Manifestations du Lundi (Montagdemonstrationen), avaient lieu chaque lundi, la police est-allemande, la "Volkspolizei", police du peuple, n'a pas réagit, laissant le mouvement prendre de l'ampleur. 
 
Le mainstream gauche-vert et les citoyens inquiets sont dans un sens tous les deux dans une spirale de l'escalade. Pour éviter les comportements à la Weimar, il faut que ceux qui sont encore disponibles pour poursuivre une discussion se rendent accessibles. 
De Leo Ensel

 
Bien sûr cela me réjouit quand comme ce lundi dernier, des dizaines de milliers de citoyens se rendaient à un festival Rock à Chemnitz, dans le calme, contre le racisme, contre la haine de l'étranger (Fremdenfeindlichkeit dans le texte) et contre l'extrême droite. De plus, je reste convaincu que la majorité des gens en Allemagne et en général en Saxe, à Chemnitz (note : ville de la première histoire du germano-cubain père de famille tué par coups de couteau par un irakien et un syrien, selon la presse) et à Köthen (une semaine plus tard un jeune de 22 ans mort d'un arrêt cardiaque à l'hôpital suite un altercation musclée avec deux afghans, 3 jeunes du cru auraient essayé de protéger deux filles sur une pleine de jeux de la ville de Köthen, selon la presse) ne sont pas des racistes et encore moins de néo-nazis. 
 
Mais alors, pourquoi ai-je comme un arrière-gout en bouche ?
 
Car je n'arrive pas à me défaire de l'impression que les manifestations contre le racisme, comme "Nous sommes plus", "Debout les hommes corrects" et peu importe leur nom, sont devenues une sorte de "ritualisme" ! Même si elles sont très probablement toutes organisées en toute bonne foi. La mise au pilori du camp adverse sert aussi à donner la nausée afin de rassurer son propre camp. La fracture sociétale est par de telles actions toujours plus grande et ne se réduit pas d'un centimètre. Mais comment stopper la polarisation de la société qui - vu de manière simpliste - se concentre dans deux camps, chacun à leur tour fait monter la sauce toujours un peu plus. 
 
Les gagnants de la globalisation contre les perdants de la globalisation
 
Je pense voir une dynamique en action et pour l'esquisser rapidement : les états occidentaux en ceci les USA compris, observent des lignes de fractures de plus en plus profondes à travers leurs sociétés, ces dernières étant dues à la globalisation. 
 
Les gagnants de la globalisation sont proportionnellement bien formés, jeunes, urbains et multi-culturelles, en cas de doute plutôt "bien-gagnants" (besserverdienend, dans le texte) et habitent dans les quartiers attractifs de nos villes. Leurs valeurs tendent vers "la religion post-moderne", une mentalité éthique, antiraciste et anti-sexiste, ils soutiennent les minorités et supportent les thèses climatiques, enfin les végétariens et vegans sont surreprésentés. 
 
Et c'est exactement ce milieu qui se trouve surreprésentés aussi dans les médias, les "globaliseurs" sont en plein milieu, dit benoîtement, de l'opinion de la Republik (d'Allemagne ici) - même dans les derniers contre-forts du classique-conservatisme (l'auteur sous-entend ici la CDU). Même dans le paysage des partis politiques, on se limite à la "culture de la globalisation" et pas seulement la LINKE (FI en France) ou GRÜNE (EELV en France). Bien plus en souterrain, cela va même jusqu'aux partis du peuple (en allemand "Volkspartei" sous-entend les partis de la majorité après-guerre, SPD et CDU-CSU donc) et donc, elle s'étend. En dernier ressort, nous avons un porte-étendard de cette caractéristique avec la Chancelière.
 
A ce milieu se trouve opposé les perdants de la globalisation : plus précisément la partie de la population, qui de par cette globalisation ne voit/reçoit pas les avantages matériels ou, plus souvent encore devenu important : l'avantage culturel de cette dernière. Ce sont ceux qui gagnent moins et sont moins bien formés, ils habitent souvent "ensemble" avec ceux qui gagnent aussi moins bien - les migrants - dans les parties moins attractives de nos villes, aux bordures des villes et dans les villes industrielles et aussi dans les campagnes. 
 
De part la disparition, due à la globalisation, des valeurs traditionnelles et du vivre-ensemble, désorientés, ils s'attachent d'autant plus aux traditions, même quand ils ne les connaissent plus vraiment. L'exemple légendaire est celui de la manifestation Pedgida de Noël, ceci date d'il y a 3 ans à Dresde, où feuillets en main, les manifestants ont entonnés des chants de Noël, même si des chrétiens actifs, il ne devait pas en avoir beaucoup ce jour-là. Cette partie là de la population, et ceci est déterminant, se perçoit comme la "majorité silencieuse". 
 
La mécanique d'auto-radicalisation
 
La dynamique fatale d'auto-radicalisation du discours publique : c'est justement le non-dialogue entre les journalistes des mass-médias, flanqués de leur politiciens proches dudit milieu d'un côté et de l'autre ceux qui estiment être la "majorité silencieuse" du pays, ce qui peut à tout moment prendre l'apparence d'un malheureux grain de folie, ou folie à deux. (Folie à deux, en francais dans le texte allemand). 
 
Les journalistes des mass-médias gauche-vert accompagnés de leurs politiciens rependent, ceci d'une position somme toute confortable, leur esprit éthique fort en direction (et de manière souvent sous-entendue) des perdants afin de les éduquer correctement à leurs idées. L'abus d'utilisation des mots "racisme", "sexisme", "discrimination" et les mots jolis mais abstraits comme "culture d'accueil", "société multiculturelle" ou "avoir-droit" associés aux rappels à l'ordre sur les pires moments de l'Histoire allemande sont comme des coups de canons verbaux. 
 
Contre la machine à opinion quasi rouleau-compresseur des mass-médias se trouve une partie grandissante de la population - éprouvant une chute sociétale ou une marginalisation culturelle ou dont le ressenti va dans ce sens - qui se trouve menacée, marginalisée et méprisée. L'éloquence des "globaliseurs" qui possèdent l'hégémonie sur les mass-médias n'a que peu évoluée envers les "citoyens inquiets". Le barrage de feu moralisateur des mass-médias qui semble venir d'un autre monde semble ici faire ricochet. Pour faire court, les "citoyens inquiets" sont recevables aux arguments des positions adoptées par l'AfD, Pegida ou d'autres groupuscules de droite ou plus à droite encore dont les arguments sur le refus de discours est bien perçu. 
 
Ceci apporte alors de l'eau au moulin des médias éthiques qui, de manière souvent suffisante, se limitent à décrire les arguments du peuple comme bêtes et bornés et donc inutiles à reprendre, ni à argumenter - alors que ces arguments sont souvent vrais - en disant que ceux-ci n'ont pas de socle objectif et ne présentent donc aucune raison de paniquer, ni de réagir. 
 
En ceci appartient p.ex. le remontrance classique que dans le Land de Saxe où Pegida est actif, peu de migrants sont procentuellement accueillis. Hélas il est souvent oublié que les personnes tendant vers AfD et Pegida ne sont pas accessibles par cet argumentaire, car leur décision est principalement d'ordre émotionnelle et que donc ce journalisme éthique ne compte pas pour eux. Ces gens ne gardent comme réaction que des phrases d'opposition comme "Presse menteuse, ferme ta gueule", qui rime mieux en allemand "Lügenpresse, halt die Fresse" ou encore, "Wir sind das Pack", nous sommes le gros du paquet. (sous-entendu la majorité). 
 
Ce qui fait réagir la presse d'autant plus, et vous l'aurez compris, ceci ad infinitum !
 
La vengeance du "citoyen inquiet" arrive au pire et au plus tard dans l'urne de vote. Vu que celle-ci vu de la perspective des mass-médias, a lieu dans le noir - ce qui reprend l'idée de Brecht sur les "Die im Dunklen" (Ceux dans l'ombre), ce qu'on ne voit pas peut parfois finir en une spectaculaire erreur d'appréciation, ici pour les mass-médias qui n'avait vu ni le Brexit, ni Trump ou les succès des partis conservateurs en Europe. (Note du traducteur : Danemark, Suède, Autriche, Hongrie, Rep. Tchèque, Pologne, Italie, Bulgarie, Slovaquie, Belgique ont des gouvernants nationalistes ou bien une majorité construite autour d'un parti de ce genre, en France et Pays-Bas ce parti est en 2e position aux dernières élections) 
 
Cette dynamique doit-elle être poursuivie, a-t-on tout oublié de la République de Weimar ?
 
Que faire ?
 
Au départ doit se trouver la reconnaissance que le slogan "Aucun Homme n'est illégal" (kein Mensch ist illegal) et aussi stupide et politiquement inapplicable que de dire "Les étrangers dehors !" (Ausländer raus !).
 
Déjà ne serait-ce que parce que les mass-médias disposent d'un capital culturel important, le premier pas devrait venir d'eux afin de pouvoir prendre le direction de la désescalade. En d'autre mot, je ne vois un arrêt de la spirale d'escalade venir que de la part des mass-médias éthiques, il faut pour cela que ceux-ci fassent une auto-critique afin d'enfin prendre part à la dynamique et arrêter avec leurs airs moralisateurs pour descendre dans l'arène discuter avec ces "citoyens inquiets".

Avoir cet état de fait à l'esprit n'est pas neuf, des essais ont déjà eu lieu. Toutefois, il appartient à la logique décrite ci-dessus, que tous ceux qui essaient d'ouvrir le dialogue se retrouvent lapidés par les hardliners de leur propre camp, ceci peut être aussi bien : le premier secrétaire du SPD Sigmar Gabriel en janvier 2015 lors d'une discussion avec le représentant de Pegida à Dresde ou le chef-bourgmestre vert de Tübingen Boris Palmer.

Toutefois, il nous reste à espérer que ces pionniers sur des terres encore inexplorées voient un jour une descendance suivre leur chemin avec plus de réussite.

Idéalisme pragmatique ou rigoureux

Peut-être le camp des mass-médias devraient commencer à réfléchir que cet optique rigoureuse pourrait justement finir par leur être contraproductive. En effet, à quoi servirait de prendre la défense d'une politique migratoire qui verrait l'arrivée de partis populistes au pouvoir, ce qui mettrait d'autant plus à mal la politique d'accueil dudit pays. Peut-être même jusqu'à la suppression de toute politique d'accueil. Dans la politique d'accueil, le contraire de "bien" n'est pas "mal", mais " bien intentionné ". Au lieu d'un idéalisme hardcore, nous avons besoin de pragmatisme, en suffisance afin de pouvoir permettre la meilleure politique d'accueil possible que notre pays peut se permettre de mener. Toutefois suffisamment idéaliste sans que ce pragmatisme ne se transforme en cynisme ou en résignation.

L'ancien directeur du département Europe et Eurasie" d'Amnesty International", John Dalhuisen qui quitta son poste après 10 ans de service car selon lui, l'idéalisme sans compromis de ces anciens - et toujours considérer de son point de vue comme très honorables - collègues, l'amena à cette phrase : il n'a pas été amené à travailler dans les droits de l'homme pour poursuivre un idéal, mais pour que possiblement un maximum de ces droits soient mis en place et respectés.

Avec ceci, je ne vois pas que dire de plus.
 

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