Apocalypse : L’honneur de la télévision publique
par Julien Gautier
vendredi 25 septembre 2009
Le succès d’audience de l’excellent film-documentaire sur la Seconde guerre mondiale diffusée sur France 2 devrait mettre en alerte les chaînes privées qui cherchent à améliorer leur audimat en proposant des programmes toujours plus médiocres et consternants. Apocalypse ou l’honneur et l’avenir de la télévision publique...
Nous étions 7,5 millions de téléspectateurs à regarder mardi soir les deux derniers volets de la série Apocalypse sur France 2 réalisée par Daniel Costelle et Isabelle Clarke, soit 28,9% de part d’audience et mieux que Les Experts sur TF1. 650 heures d’archives sur la Seconde guerre mondiale et quatre ans de travail ont été nécessaires pour accoucher de ce formidable film au ton très pédagogique. Excellente nouvelle en effet de savoir qu’un documentaire historique puisse réunir autant de monde, et autant de jeunes téléspectateurs. Un succès populaire, déjà vendu à l’exportation et largement amorti financièrement, qui vient battre en brèche l’idée que la télévision ne serait finalement tout juste bonne qu’à “vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola” selon Patrick Le Lay, l’ancien dirigeant de TF1, et qu’il faudrait pour cela ne proposer que des programmes débilitants pour retenir l’attention du plus grand nombre de téléspectateurs. Car c’est bien de l’essence et de l’avenir de la télévision publique dont il s’agit. Si la réforme annoncée brutalement par Sarkozy a suscité bien des inquiétudes légitimes (le financement de France Télévisions n’était pas sécurisé), il faudrait être vraiment malhonnête pour remettre en cause la qualité des programmes proposés par l’équipe de Patrick de Carolis et regretter la disparition de la publicité sur les antennes du groupe audiovisuel public.
Plus que jamais, la différence avec les télévisions privées saute aux yeux et légitime le maintien d’un service public de la télévision. Je paye volontiers ma redevance pour voir ce genre de programmes, pas pour que France Télévisions diffuse les mêmes séries américaines que TF1 ou rémunère à prix d’or des animateurs bébêtes qui vont et viennent d’une chaîne privée ou publique à l’autre. J’en viendrais même à penser, dans un accès d’optimisme peut-être exagéré, que les télévisions privées qui voudraient vendre plus de publicité (et cette intention est tout à fait légitime vu qu’il s’agit de leur seule ressource) devraient consacrer une part croissante de leur budget à produire des documentaires et des téléfilms historiques plutôt qu’à nous resservir ad nauseam des jeux, des émissions de télé réalité pathétiques ou des séries à l’eau de rose affligeantes de nullité. Une piste à creuser…
Quelques mots encore sur Apocalypse. Ce film n’arrive toutefois pas, selon moi, au niveau du légendaire De Nuremberg à Nuremberg du regretté Frédéric Rossif. Le choix des images et le montage, le texte magistralement écrit et lu par Philippe Meyer d’un ton monocorde, la musique glaçante de Vangelis donnaient à ce documentaire de la fin des années 1980 une place à part, inégalable dans le genre. Mais Apocalypse tombe à pic pour faire découvrir l’histoire de ce conflit fatidique à des jeunes générations qui n’ont pas forcément les repères historiques, le background comme on dit en bon français, pour appréhender cette période. Rossif visait un autre public, une autre époque. Profitons en pour rendre aussi hommage à Patrick Rotman, auteur en 2004 d’un somptueux Eté 44 sur la libération de la France. Quant à la colorisation des images d’archives, n’en déplaise à certains, elle n’est pas inutile mais rend plus vivants les acteurs de l’époque. Même si le noir et blanc avait aussi son charme… En tout cas, au vu du succès populaire de cette série, les auteurs auraient l’intention de se remettre au travail en vue de réaliser des documentaires sur les conflits de l’après-guerre. Si c’est le cas, ce serait assurément une bonne nouvelle pour la télévision…