Après le 11 septembre 2001 le monde a changé et n’a pas changé
par Bernard Dugué
samedi 10 septembre 2011
Compte tenu du tsunami commémoratif du 11 septembre et du passage au niveau 5 de l’ouragan médiatique Patty dont l’épicentre est à New-York (mettez du scotch sur les boutons d’allumage de vos écrans), je n’abuserai pas de votre temps de cerveau. Ce billet sera sobre. Le monde a changé depuis les attentats du WTC mais pas là où les officiels de la gouvernance le prévoyaient (le disaient). C’est ce qu’affirme une étude américaine qui vient de paraître, axant les changements post-WTC autour de trois mots, « accélération, intensification et opportunisme ». L’accélération renvoie aux mesures policières et à une série de lois censées lutter contre le terrorisme, surveiller les gens, contrôler les déviances. L’intensification désigne la mise en place de barricades, murs et autres systèmes de surveillance, avec un marché de la sécurité publique et privée qui n’a cessé de croître. L’opportunisme s’est manifesté avec l’intervention en Irak au prétexte des armes de destruction massive et la mise en place d’une prison spéciale puisqu’elle prive les détenus de leurs droits fondamentaux à Guantanamo. Ce rapide portrait est assez bien vu et l’on peut penser que le mur construit en Israël symbolise cette décennie de peur et de sécurité consécutive aux attentats. Néanmoins, on peut légitimement se demander si ces attentats ont causé l’évolution du monde où n’ont été qu’une contingence (une curieuse coïncidence pour d’autres) accompagnant cette tendance vers la sécurisation. Qui était déjà dans l’air.
L’étude livrée par ces observateurs met aussi l’accent sur la question du post-impérialisme, avec le constat d’une quatrième occupation britannique en moins d’un siècle, l’avant-dernière se situant en Irak et la toute dernière en Libye, avec quelques conseillers spéciaux et des bombes lancées sur Kadhafi. On ne sait pas trop les motifs de cette guerre mais il est certain qu’elle a été déclenchée à la faveur d’une opportunité, maître mot qui associé à danger, forme un idéogramme signifiant crise pour les Chinois qui viennent de voir le pétrole libyen leur passer sous le nez. Finalement, rien n’a changé et les Etats-Unis mènent leur danse impérialiste avec quelques Européens. Le monde est sécurisé. Le « terrorisme islamique » a été fort utile pour faire oublier à l’opinion un autre terroriste, pas au sens strict mais disons, collatéral, le terrorisme de la finance qui sème la terreur sur les marchés et fait paniquer les investisseurs et les ministres de la finance et du budget.
La décennie 2000, qu’on pourra placer entre le 11 septembre 2001 et le 11 mars 2011, date du tsunami japonais, a été marqué par les peurs ; terrorisme, climat, virus, finance, islam. Quel avenir pour 2012 et la décennie en cours ? La même chose sans doute, en plus intense. De quoi renforcer le business de la sécurité, mais aussi celui de la guerre et bien sûr des tas d’opportunité pour ceux qui savent se placer sur la vague, alors que ce sera le danger pour ceux qui subissent la vague. Rien de spécial à ajouter. La commémoration du 11 septembre est utile pour ceux qui veulent enfumer le monde en brouillant le sens des choses. Rien n’a changé, la crise des finances était présente en 2002 et le sera encore en 2012.