Armure, retraites et retraite
par Fred Salmon
mercredi 28 avril 2010
Armure. S’il a parfaitement rempli son rôle de protecteur auprès des heureux redevables de l’ISF, le fameux bouclier fiscal n’aura pas trop protégé Nicolas Sarkozy. Cette mesure phare de la présidence fait l’objet d’attaques soutenues de la part de l’opposition, mais aussi de nombreux députés de la majorité, ce qui n’est pas si surprenant à 2 ans des législatives. On n’est jamais mieux trahi que par les siens. Les députés UMP redoutent une baffe aussi douloureuse que la claque des régionales et tiennent à leur réélection comme à la prunelle de leurs yeux ; à mesure qu’approchent les échéances, la politique du bifteck tend à prendre le pas sur la fidélité aux hommes, aux idéaux et aux grands principes. C’est humain à défaut d’être éthique. Si encore la controversée armure avait atteint ses objectifs… Au lieu de cela, Bercy nous apprend que les exilés fiscaux étaient en 2008 une bonne centaine de plus qu’en 2007 à préférer des cieux plus cléments pour le portefeuille. Les voyages forment la jeunesse. Et le patrimoine.
Retraites. Le gouvernement et les syndicats vont s’écharper jusqu’au mois de juin sur l’épineux dossier des retraites, puis en septembre, les députés et sénateurs se taperont dessus lors de l’examen du projet de loi. Entre-temps, la rue s’en sera peut-être mêlée, de la République à la Nation comme il se doit. On doute qu’elle aille jusqu’à déverser le sang de ses manifestants sous les fenêtres du très riant Eric Woerth, mais ça nous promet quand même un belle bagarre de village gaulois. Quoi, elle est pas fraîche ma réforme ?
Retraite. Moins sujette à conflit, l’annonce de sa retraite politique par Le Pen himself (81 ans tout de même, le bougre) aura mis du baume au cœur à tous ceux dont le cœur, justement, se soulevait à chacune de ses apparitions. L’inoubliable inventeur des plus fins calembours du music hall politique passe enfin la main, salut l’artiste ! Le Front National étant un business familial, Marine va succéder à Papa, et ceux qui vivront encore quelques années auront le plaisir de voir la petite Marion marcher dans les traces de tata Marine… Un cauchemar sans réveil.
Le rétablissement de la peine de mort, le Menhir de la Trinité-sur-Mer en aura rêvé toutes les nuits. Robert Badinter, lui, a mis en scène le crime et son châtiment suprême dans une exposition d’œuvres d’art exceptionnelles. C’est non seulement la qualité intrinsèque des pièces qui aura guidé son choix, mais aussi leur pertinence par rapport au sujet. De la Révolution française aux temps modernes, un parcours jalonné d’objets effrayants ou insolites, une guillotine, des portes de cellule, des portraits d’identité judiciaire ; des toiles de maître, de Delacroix à la Big Electric Chair de Warhol, suintants de terreur ou d’angoisse. L’engagement politique de l’ancien garde des Sceaux transpire de cette exposition, puisqu’on ne peut en sortir qu’ébranlé par ce qu’on y a vu, et convaincu de la justesse de l’abolition. Un tel face à face avec la violence du crime et celle de son châtiment, même un Le Pen n’en sortirait pas indemne. Quoique… on n’en mettrait pas sa tête à couper.