Attaque Charlie Hebdo : A qui profite le crime ?
par MUSAVULI
jeudi 8 janvier 2015
Après l’attaque meurtrière qui a décimé l’équipe de l’hebdomadaire Charlie Hebdo, les musulmans de France vont devoir passer des jours difficiles. Voire des mois, et même des années... difficiles. Charlie Hebdo était la cible d’une certaine colère musulmane après la publication des caricatures du Prophète Mahomet dans son édition du mercredi 19 septembre 2012.
En fait, l’hebdomadaire satirique se faisait l’écho du quotidien danois Jyllands-Posten qui avait publié, dans son édition du 30 septembre 2005, des caricatures dont l’une présentait le Prophète avec un turban en forme de bombe. Des réactions avaient fusé et des manifestations avaient été organisées[1]. Deux ans après, c’est un carnage en plein Paris.
Du coup, des personnalités musulmanes de premier plan ont pris le devant, conscientes des conséquences de l’attentat sur leur communauté. Ainsi le Recteur de la grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a-t-il dénoncé « un coup porté à l'ensemble des musulmans ». Sur son compte Facebook, l’islamologue Tariq Ramadan a vivement réagi « ce n'est pas le Prophète qui a été vengé, c'est notre religion, nos valeurs et nos principes islamiques qui ont été trahis et souillés. Une condamnation absolue et une colère profonde (…) ».
L’Imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, a été plus prolixe : « Je suis très en colère. Cela n'a rien à voir avec l'islam. Ils ont perdu leur âme, vendu leur âme à l'enfer. Nous pleurons tous, toutes les familles françaises pleurent (...) J'appelle les pouvoirs publics à être fermes. Ils n'assassinent pas que la liberté, ils assassinent des vies. On n'est pas d'accord avec Charlie Hebdo ? Le dessin par le dessin, mais pas par le sang, pas par la haine ».
Toutes ces condamnations pourraient pourtant ne jamais suffire à calmer la colère des gens en France contre l’islam et les musulmans, voire au-delà de la France. En effet, durant leur épopée macabre, les assaillants criaient « Allahu Akbar ». Et, à la fin, ils ont presque sommé les gens de dire qui ils étaient : « Al-Qaida au Yémen » [2]. Ils ont donc livré leur identité. Depuis les attentats du 11 septembre, une forme de raccourci consiste à assimiler à l’islam et aux musulmans les actions d’Al-Qaida, une organisation portant reconnu pour être un « ramasse-tout ».
Les crimes revendiqués au nom d’Al-Qaida ne sont jamais dans l’intérêt des musulmans, encore moins des musulmans de France.
Puissent les enquêteurs éclaircir les mystères derrière ce carnage sans perdre de vue cette question que s’imposent les criminologues : « à qui profite le crime ? ». Sûrement pas aux musulmans de France[3].
Boniface MUSAVULI
[1] Les manifestations étaient d’autant plus virulentes qu’un film islamophobe, « l’Innocence des Musulmans », venait d’être produit par Sam Bacile (de son vrai nom Nakoula Basseley), un copte égyptien résidant aux Etats-Unis.
[2] On se demande bien quelle organisation politique/militaire serait assez « bête » pour venir perpétrer un massacre (de journalistes) en plein Paris, en revendiquant son identité.