Attentat de Karachi suite : analyse des faits
par Imhotep
samedi 20 juin 2009
Il me paraît important de revenir su les faits de cette histoire désastreuse. Cette histoire est en fait la composition nauséabonde de différents faits et il faut parler de chacun d’eux et voir quels en sont les rapports intimes.
Quels sont les faits ? :
1- vente de sous-marins sous le gouvernement Balladaur au Pakistan. Cette vente se fait sous l’égide du ministre de la défense François Léotard avec le nécessaire aval du ministre du budget Nicolas Sarkozy et la participation de Nicolas Bazire. Le contrat vaut 825 millions d’euros. Selon rue89 : Nicolas Bazire, le directeur de cabinet du Premier ministre, qui a autorisé à DNC International la création d’une société offshore au Luxembourg en 1994. « Heine SAA » a pour but de « gérer des contrats d’ingiénierie commerciale ». Comme l’a révélé Bakchich, un document saisi par les enquêteurs de la DNIF mentionne…
« … l’aval du directeur de cabinet du Premier ministre et celui du ministre du Budget, et laisse supposer des relations ambiguës avec les autorités politiques en faisant référence au financement de la campagne électorale de M. Balladur pour l’élection présidentielle de 1995 »
Nicolas Sarkozy est alors ministre du Budget. A ce titre, il autorise ou refuse les commissions déclarées auprès de l’administration des douanes pour y être défiscalisées, des bordereaux où figurent le montant du pot-de-vin, le nom du bénéficiaire et le marché concerné.
2- il y a versement de commissions : 6%, soit 49,5 millions d’euros, pour Ali Asif Zardari, mari de feu Benazir Bhutto et son réseau, composé d’officiels pakistanais
4% soit 33 millions d’euros, pour le Syrien Abdul Rahman El-Assir, présenté comme l’un des financiers occultes du clan Bhutto, associé au Libanais Ziad Takkieddine
3- Chirac stoppe le versement de ces commissions (Bakchich.info) : Un brin plus avérées en revanche sont les manoeuvres que Jacques Chirac, tout juste arrivé à l’Elysée, a mis en oeuvre pour récupérer les dites commissions des mains des intermédiaires balladuriens. Et cela n’a rien d’une « fable grotesque », comme l’affirme ce vendredi 19 juin Nicolas Sarkozy au sujet des liens éventuels avec les attentats de Karachi. Une société est même mandatée pour cela : Sitôt Chirac arrivé à l’Elysée, l’ami Ziad->article748, l’homme d’affaires libanais mandaté par la DCNI, fera aussi l’objet d’un tout autre contrat. La DCNI, toujours elle, mandate Control Risk Management, une société de sécurité privée pour le secouer.
Il faut, en effet, l’empêcher de toucher le reste de la commission sur les sous-marins pakistanais.
Control Risk Management, alors dirigée par un certain Frédéric Bauer, facturera (voire notre document ci-dessous) 120 600 francs, soit 18 400 euros.
La facture adressée par Control Risk Management à DCNI pour avoir gentiment impressionné les intermédiaires. Objectif de la Chiraquie, faire en sorte de « rapatrier » les commissions.
L’objectif est d’exiger – gentiment, bien sûr – que Takieddine accepte de signer immédiatement un avenant, l’engageant à renoncer, à partir de la fin août 1996, à son contrat de consultant. On le vire, mais il aura finalement perçu 88% des 33 millions d’euros dus, ce qui fait quand même un joli pactole… A peu près 28 millions d’euros
4- en mai 2002 un attentat fait 14 morts dont 11 Français de la DCN, 3 Pakistanais et 12 blessés. Cet attentat est commis par Islamistes.
L’affaire considérée comme d’Etat vient de la déclaration de deux juges antiterroristes, Marc Trévidic et Yves Jannier, aux familles des victimes, rapportée par leur avocat Me Olivier Morice (dont il faut dire qu’il est aussi l’avocat pugnace de l’affaire Borel ce qui peut le crédébiliser puisqu’il a permis la révélation d’une autre affaire d’Etat, celle du juge Borel dans la mort duquel le pouvoir de Djibouti serait impliqué contredisant la version du suicide pourtant appuyée par le gouvernement français). Ces révélations, ce qui explique le délai entre leur publication et l’origine des faits, sont essentiellement dues à une enquête pour corruption à la DCN et la découverte seulement en 2008 de nouveaux documents plus le double témoignage identique de Claude Thévenet et Gérard-Philippe Menayas (Le Figaro) : Dans les faits, c’est un rapport découvert en 2008 au siège de la Direction des constructions navales qui est à l’origine de ce rebondissement. Saisi dans le cadre d’une autre enquête, ce document, baptisé rapport « Nautiles » et rédigé par un ancien agent de la Direction de la surveillance du territoire (DST), Claude Thévenet, évoque l’achat de sous-marins français par le Pakistan en 1994. Pour obtenir le marché, la France aurait promis, par contrat légal, de verser des commissions financières au Pakistan. Un système de rétrocommissions devait à son tour alimenter les Français. Mais, selon le rapport de cet enquêteur privé, Jacques Chirac aurait décidé de stopper les versements dès l’année suivante afin d’assécher les réseaux de financement politiques d’Édouard Balladur. C’est en représailles que des militaires pakistanais auraient commandité l’attentat antifrançais de Karachi.[…] Un autre document, rédigé par Gérard-Philippe Menayas, ancien directeur financier de la DCNI, alors filiale commerciale de la Direction des chantiers navals, donne la même version. Le nom de Claude Thévenet, révélé hier par Mediapart, n’est pas inconnu dans les services de renseignements, pas plus que celui de Gérard-Philippe Menayas. Selon nos informations, les deux hommes ont été entendus par les juges antiterroristes les 14 et 16 mai derniers. L’ancien cadre de la DCNI aurait expliqué qu’il avait mandaté Claude Thévenet pour cette enquête privée après l’attentat. Le premier rapport lui serait parvenu dès septembre 2002 et serait donc resté confidentiel jusqu’à ce jour. Les deux hommes, en revanche, auraient continué à travailler ensemble. Et au mois de juin dernier, ils ont été mis en examen pour corruption dans un dossier d’espionnage industriel : Thévenet est soupçonné d’avoir mené pour le compte de Menayas des enquêtes privées sur des affaires sensibles alors en cours, dont le dossier des frégates de Taïwan, conçues par la DCN.
Il est bon de noter dans Le Figaro la volonté de discréditer les deux témoins en parlant de leur mis en examen pour corruption. Or il faut noter également que cette mise en examen l’est parce qu’ils recherchent des informations sur l’affaire des Frégates de Taiwan, affaire que les gouvernement successifs ont rendu impénétrable en refusant de lever le secret défense, secret défense qui a été renforcé.
On dispose donc de quatre faits semble-t-il avéré (vente de sous-marins, commissions, arrêt des commissions et attentat) auxquels pour les relier entre eux il faut en ajouter deux potentiels :
a- le versement de rétrocommisions pour financer la campagne de Balladur
b- la possible manipulation des réseaux islamistes pour se venger de l’arrêt du versement des commissions.
On ne peut pas ignorer l’horreur des attentats, et que les Islamistes aient été manipulés ou non, ils sont les responsables physiques et directs des morts et des blessés. Rien ne peut les en excuser. Il n’y aurait eu alors, en cas où cette affirmation de manipulation serait avérée, qu’une convergence d’intérêt. En revanche il est en train de se faire un drôle de mélange où disparaissent dans la brume certains éléments essentiels. Ce mélange est le suivant : se servir de l’hypothétique extravagance de la liaison entre l’attentat et le non versement des commissions pour éliminer le volet important des rétrocommissions en 1994 et 1995 qui auraient financé la campagne de Balladur.
Dans mon article précédent je reprenais les faits que toute la presse ont déversés, y compris la voix de son maître le Figaro. J’exposais donc les faits. Et de ces faits et de ces témoignages ressortaient une nouvelle hypothèse. Je n’ai donc rien écrit d’autre. Aujourd’hui je veux aller plus loin dans cette analyse. Cet attentat comme tout attentat est une horreur. ET comme je l’ai écrit s’il s’avère que c’est à cause de la non continuité de versement de commissions c’est un degré de plus dans l’horreur. Cependant je voudrais développer l’autre aspect de cette affaire. Elle a aussi permis de mettre à jour, ce qui avait déjà fait l’objet de sorties journalistiques, mais moins relevées à l’époque, de cette affaire de corruption à la DCN. Or ce point-là est aussi important. Il est avéré que le ministère du budget a donné son accord pour la création d’une société luxembourgeoise pour le versement des commissions. Il est avéré que Bazire y a participé. Il est avéré que Sarkozy, ministre du budget a été aussi le premier artisan de la campagne de Balladur. Cette affaire révèle donc pour la seconde fois le possible financement de la campagne de Balladur par de l’argent qui vient du Pakistan en voie indirecte (c’est avec l’argent qui a payé les sous-marins que les commissions ont été versées). Et c’est là le second cœur du scandale. Un candidat français financerait sa campagne avec de l’argent lié à de la corruption et venant d’un pays étranger ayant la bombe atomique, ayant des liens occultes avec des terroristes. Cela a des implications incommensurables. Deux questions parmi mille : le candidat Balladur, élu Président de la République, comment se serait-il comporté vis-à-vis du gouvernement pakistanais ou des franges de ce gouvernement dont il serait redevable financièrement ? Nicolas Sarkozy, Président actuel de notre République, comment se comporte-t-il avec ce pays si une frange de ce pays, avec son aval, a versé des rétrocommissions pour financer la campagne de Balladur ? Que ce soit ou non l’arrêt des versements des commissions qui ait entraîné cet attentat ne change rien à ces éléments fondamentaux et dévastateurs. Un brouillard épais est en train de s’élever de la Sarkozye. Une méthode simple et habituelle qui a prouvé son efficacité : faire l’amalgame entre le lien supposé de l’attentat avec ces mêmes rétrocommissions afin de discréditer toute thèse qui démontrerait qu’elles ont bien existé. Tout cela serait-il grotesque ?
Et pour cela il est intéressant de tirer une analyse de la défense de Sarkozy que je remets ici en entier dans sa transcription :
Réponse de Nicolas Sarkozy, après un léger rire : « C’était pas la peine de vous mettre à ma droite pour parler de ça, franchement. Enfin écoutez c’est ridicule. Franchement, monsieur, franchement c’est ridicule. Pas vous, hein, je me permettrais pas, je vous respecte mais enfin écoutez. Soit il y a des éléments, donnez-les nous. (Balbutiements). C’est grotesque, voilà, c’est ma réponse. Alors qu’est-ce que vous voulez que je vous dise. Raisonnement : Pour son financement Monsieur Balladur aurait accepté des commissions qui n’auraient pas été payées ensuite et ça a donné Karachi… Mais enfin, respectons la douleur des victimes. S’il vous plaît mais qui peut croire à une fable pareille. Qui peut croire à une fable pareille. Et puis si vous avez des éléments donnez-les à la justice et demandez à la justice qu’ils enquêtent. Mais enfin franchement qu’est-ce que vous voulez que je réponde là-dessus. Mais, honnêtement, qu’est-ce que vous voulez que je réponde là-dessus. Y a 14 ans, de surcroît. On est dans un monde où tout se sait, où la notion de secret d’Etat n’existe plus. 14 ans après vous venez me poser la question : ’est-ce que vous êtes au courant de rétrocommissions qui auraient pas été versées à des Pakistanais dans le cadre de la campagne de Monsieur Balladur’. Et vous, vous étiez pas au courant non plus, non ? Vous, vous, vous étiez peut-être journaliste à cette époque, peut-être à ce moment là je vous aurais… non, mais je ne vous en veux pas mais enfin écoutez franchement. (Soupir). Enfin, si y a un braquage à Bruxelles aujourd’hui, j’y étais… (rires dans le public) c’est incontestable. »
Nicolas Sarkozy se met alors à rire avant de reprendre : « Non pardon, hein, je ris pas du tout parce que Karachi c’est la douleur de familles et de trucs comme ça… mais… qu’est-ce que vous voulez que j’aille répondre là-dessus. »
Comme à son habitude il attaque par ce qui n’a rien à voir avec le sujet. Que vient donc faire là cette affirmation stupéfiante : C’était pas la peine de vous mettre à ma droite pour parler de ça, franchement. . Qui peut nous expliquer ce que cela à voir que le journaliste fût à sa droite, de plus il le dit car Sarkozy ne le voit pas, ce n’est qu’une précision de direction. Stupéfiant sa réflexion. Ensuite toujours le même jeu : Soit il y a des éléments, donnez-les nous.. Et bien les informations nouvelles elles sont là puisque les juges les ont données. Elles sont nouvelles puisqu’elle datent de 2008 et donc sont postérieures à 1994. Belle technique de faire une affirlmation pour étouffer les faits. Bien sûr noyer le poisson, déformer la vérité : .Raisonnement : Pour son financement Monsieur Balladur aurait accepté des commissions qui n’auraient pas été payées ensuite et ça a donné Karachi… En fait les commissions ont été versées. Ironie facile et mensongères. Ce qui n’a pas été versé c’est le solde. Différence, grosse différence. E même alors que le secret défense vient d’être renforcer une affirmation générale et péremptoire que pourtant tout dément : Et enfin cette désinvolture et cette ironie à propos d’un braquage. Il rit, tellement content de lui. Mais cette désinvolture n’est pas nouvelle, on avait eu droit à une photo en Afghanistan qui avait choqué plus d’un militaire.
La réponse de Sarkozy, par le fond et la forme, par la négation du travail de la justice puisqu’il dit en fait que ce ne sont que des ragots de journalistes alors que ce sont des investigations judiciaires qui en sont à l’origine, jette plus de doute qu’elle ne dédouane notre premier magistrat qui va s’empresser de supprimer les juges d’instruction.