Au revoir Pius !
par
jeudi 15 juillet 2010
Patron du principal organe de presse privé, il est resté l’un des plus acerbes dénonciateurs des dérives de plus en plus liberticides et criminelles des leaders politiques tout en se détachant de ses confrères pour qui le professionnalisme est une sorte de mythe auquel ils ne croient pas.. Plus qu’une plume avertie, M. Ndjawé a été un historien de son époque, immortalisant au travers de son engagement pour la vérité les épisodes sanglants et dramatiques d’un pays qui n’a jamais su s’affranchir de sa dépendance pour l’autoritarisme.. Des balbutiements du nouvel Etat camerounais à la poudrière des « villes mortes » dans les années 90 en passant par la transition compliquée, tendue et fébrile des régimes Ahidjo et Biya, cet amoureux de la nation a été un témoin privilégié de ces moments délicats où le destin de son pays a failli prendre un autre sens, qu’il a su retranscrire avec une honnêteté à toute épreuve sans jamais plier l’échine devant le leviathan oppresseur tentaculeur des groupes d’intérêts divers..
Pius avait une idée toute simple de son métier : bien faire et rester digne.. Toute une idéologie que très peu de jeunes journalistes partagent aujourd’hui, trop soucieux d’aller à la mangeoire et de céder à la manipulation de tous bords.. Plusieurs fois emprisonné dans les geôles de la democrature camerounaise, il en est ressorti plus convaincu de la justesse de son combat, acharné et déterminé à mener cette lutte pour la justice jusqu’au bout.. Le destin avec sa faucheuse implacable l’a rejoint brutalement en Virginie, sur une route ordinaire, trop ordinaire.. Pius s’en va avec les rêves d’une presse nationale libérée de ses connivences, de ses complaisances honteuses avec le « milieu », soumis au desiderata de princes puissants protégés par une impunité sans faille.. « Le Messager » reste orphelin de son dirigeant historique, et nous autres enfants de l’engagement citoyen il y a comme un goût amer d’inachevé qui a du mal à passer..
Il est difficile d’imaginer qu’un tel homme puisse passer à la postérité dans un anonymat total, de nos jours où nos rues sont hantées par les fantômes des autres, des De Gaulle et compagnie, il serait inconcevable qu’une de nos plus belles artères ne porte le nom de cet illustre qui a tant fait pour son pays.. Ce serait un brillant hommage rendu non seulement à ce Lion indomptable d’une autre espèce, mais aussi à tous ces journalistes nationaux qui ont été assassinés par la politique liberticidaire des grands seigneurs camerounais.. Mais le pouvoir atteint depuis une éternité de surdité aiguë et d’un aveuglement homerien sera-t-il capable de ne pas manquer cette opportunité unique ? Sera-t-il assez courageux comme l’ont été ceux qu’il a lâchement mis en pièce ? Le miracle n’est pas camerounais..
L’héritage de Pius Ndjawé, nous devrions l’assumer pleinement, à l’heure où l’oligarchie de gérontocrates assise sur l’avenir de notre pays au potentiel inestimable, continue à sombrer dans une démence sénile, il est urgent que nous prenions notre part de responsabilité, que nous suivions ce sillon tracé dans le labeur et l’abnégation par ces hommes justes qui ont donné une âme à la république.. Afin que leur combat pour un Cameroun debout ne se meurt, que nous puissions chacun dans un effort individuel et collectif contribuer à le réaliser..