AZF, cinq ans après : l’accident coûte que coûte
par Olivier Bonnet
jeudi 21 septembre 2006
Cinq ans se sont écoulés depuis l’explosion de l’usine AZF de Toulouse. En mai dernier, les experts judiciaires ont remis leur rapport qui conclut définitivement à la thèse de l’accident. Une imposture scientifique qui ne convainc personne. Que cache-t-elle ?
Le 11 mai 2006, les experts judiciaires rendent leur rapport définitif sur l’explosion de l’usine AZF du 21 septembre 2001, qui a fait 30 morts et 5000 blessés, endommageant en outre 27 000 logements alentour : il s’agit bien d’un accident. Ce que les autorités se tuent à nous dire depuis le début : deux heures à peine après l’explosion, la police indique déjà à l’AFP qu’elle est "probablement d’origine accidentelle", et l’après-midi même, un expert judiciaire donne une interview à La dépêche du Midi, évoquant une "auto-inflammation" des stocks de nitrate dans le hangar de l’usine. La piste terroriste est close trois jours après la catastrophe, lorsque le procureur Michel Bréard affirme : "L’attentat, certainement pas, je suis formel. Il y a 99 % de chances pour que ce soit un accident." Formel ? 99 % ? Comment peut-il s’exprimer ainsi alors que les investigations débutent à peine ?
Une mystification scientifique
Tout se passe comme si, dès le départ, il avait fallu coûte que
coûte que l’enquête valide bien la thèse autorisée de l’accident :
cherchons à expliquer comment il a pu se produire et n’allons surtout
pas trop loin dans la vérification d’autres pistes. L’édition d’hier de
Charlie Hebdo, qui revient sur le dossier en quatre pages titrées Tout a explosé sauf la vérité,
s’amuse des hypothèses successivement envisagées par les experts pour
corroborer le caractère accidentel de l’explosion. Auto-inflammation ? "Un
scoop scientifique qui laisse les spécialistes en ammonitrates
passablement pantois : ils ignoraient, jusqu’à ce que la Justice
française les en informe, que des sacs d’engrais agricole pouvaient
exploser spontanément." Pour coller à tout prix à cette explication, nos experts envisagent que l’ammonitrate aurait été "fortuitement contaminé" par : "du
fioul, de l’huile, des matières plastique, des morceaux de bois, des
poussières, de la rouille, des végétaux, de la terre, des remontées de
la nappe phréatique...", énumère avec gourmandise la journaliste de Charlie,
Mais qu’à cela ne tienne. En novembre 2001, les policiers conduisent Fauré jusqu’au bâtiment d’où est censé être parti le chargement suspect. Et devinez quoi ? Miracle : posé bien en évidence au-dessus des emballages de nitrate, un sac de chlore vide ! Qui tombe à pic. Mais en avril 2002, Le Figaro reconstitue l’itinéraire du sac en question et démontre qu’il était déjà vide deux mois avant l’explosion.
Qu’à cela ne tienne (bis). Comment l’explosion se serait-elle produite ? Elle peut survenir si le mélange ammonitrates-chlore s’ajoute à des hydrocarbures, si l’ensemble est intimement mélangé, humidifié de 10 à 20 % d’eau puis laissé à mariner dans un environnement confiné. Le hangar est ouvert aux quatre vents... L’expert judiciaire François Barat réalise une reconstitution en laboratoire et claironne que l’explosion survient en 26 secondes. Las, la contre-expertise prouve que son expérience est bidonnée.
Qu’à cela ne tienne ter. Marc Mennessier, ingénieur agricole de formation et journaliste au Figaro, dans une interview exclusive accordée à Nicolas Voisin du Monde Citoyen, appuie là où ça fait mal : "Des expertises ont montré que le produit censé avoir déclenché l’explosion, on n’en a trouvé aucune trace dans le hangar où il était censé être."
Appuyez sur le bouton vert pour écouter l’interview de Nicolas Voisin
Et en effet, la version finale définitivement retenue en mai 2006 par le rapport d’expert fait état d’une contamination "par sympathie" entre le chlore et les ammonitrates. Et s’il faut modifier pour cela le plan des lieux, qu’à cela ne tienne, quatro.
D’abord présenté avec le chlore et le reste bien séparé par un muret de
1,5 mètre, une deuxième version le redessine finalement de telle façon que le chlore touche pratiquement les nitrates. Charlie reproduit
les deux plans contradictoires : imparable. Mais si la version de
l’accident telle qu’on nous la présente n’est pas crédible dix minutes,
que cache cet empressement à la faire accréditer à tout prix ?
La thèse de l’attentat délibérément étouffée
A la mémoire d’Anne-Marie Casteret
Décidés à ne pas clore le dossier, nous remuons actuellement ciel et terre pour interroger Lionel Jospin, alors chef du gouvernement, Thierry Desmaret, PDG de Total, ou son cadre chargé du suivi de l’enquête, Patrick Timbar, le procureur Michel Bréard, ainsi que le fils d’Anne-Marie Casteret, qui avait laissé ce commentaire sur un article publié par AgoraVox à propos de l’affaire : "Ma mère a énormément travaillé chacun de ses articles portant sur l’’explosion de l’usine AZF. Elle a enquêté exclusivement sur ce sujet pendant quatre ans et demi et n’a publié qu’une demi-douzaine d’articles. Je peux vous garantir que chacun des faits rapportés repose sur des sources vérifiables. [...] Lorsqu’une de mes amies lui demanda pourquoi, s’il s’agissait d’un accident, l’explication tardait tant, elle lui répondit qu’elle pensait que le procureur avait écarté d’emblée la piste d’un attentat ou d’un acte criminel, parce qu’un attentat ou un crime de cette ampleur, "ça se voit tout de suite". Et puis elle est partie enquêter à Toulouse. Et lorsqu’elle est revenue, elle était verte. Parce qu’en effet, un crime ou un attentat, ça se voit. Même quand on essaie de le cacher. Pendant quatre ans, ma mère a relevé, avec une énergie miraculeuse compte tenu de son état de santé, toutes ces petites cachotteries, très très troublantes. Elle y travaillait encore trois jours avant son décès. Elle était une passionnée de la vérité et de la justice, et elle oeuvrait avec rigueur et sincérité." En sa mémoire, et en celle des victimes de la catastrophe, puisse la vérité émerger un jour.