Bardella : « ce que je cherche »…
par George L. ZETER
mardi 6 octobre 2026
« Ben, nous, on a trouvé » ! S’exclame Fabrice Arfi de Mediapart en citant le titre de la biographie de Jordan Bardella. C’est la punchline du mois !
C’est l’emballement dans les rédactions. Le monde médiatique mainstream pousse à l’unisson des cris d’orfraie. Prenons, Pascal Praud, qui s’insurge contre les accusations qui pèsent sur le numéro deux du RN. On croirait presque un papa offusqué qu’on ose mettre en doute la probité de son fiston adoré, il en aurait presque des tremblements dans la voix… à tel point qu’il met dans la balance son chouchou et la vie politique de tous les français ; je cite :
« Vous avez un site d’information qui a une certaine crédibilité et qui sort des informations parfaitement infamantes, qui peuvent avoir des conséquences pour notre vie politique à tous. »
Puis : « Ces accusations ne sont pas prouvées jusqu’à présent. »
Et il insiste : « Mais prouvez-le ! Prouvez-le, dites-le nous, parce que c’est très important. »
Puis immédiatement : « Bon, ça concerne le parti qui est donné comme gagnant à l’élection présidentielle. » Dailymotion « Aujourd'hui, nous sommes à huit mois d'une campagne présidentielle. Ces accusations influencent le débat politique. Il y a urgence à informer le public. » Lykhubs
Ainsi, « notre vie politique à tous » ne signifie pas seulement la carrière personnelle de Bardella. Praud fait le lien avec l’élection présidentielle à venir : des accusations graves d’antisémitisme visant le dirigeant du RN, qu’il présente comme le parti donné gagnant, peut selon lui impacter le débat électoral et donc la vie politique française. Ce qui sous-entendrait qu’un candidat donné gagnant par les sondages devrait être au-dessus de ces contingences au nom de « notre vie politique » … Le même coup a été fait pour Marine le Pen, à la sortie de sa première condamnation, où toute la presse s’écriait : "les élections vont être faussées, car la candidate du RN est largement donnée première dans les sondages." Heureusement, la cour d’appel lui permettra de se présenter… Avec un bracelet électronique au mollet !
France, pays des condamnés (es) qui se présentent ! Votez, votez donc !
Praud, comme tant d’autres collègues
Telle la girouette, le journaliste à des jugements à géométrie variable selon le « client ». Un exemple récent :
Le 2 avril 2026. « L’affaire » Rima Hassan ». Dans L'Heure des Pros 2, le lancement de l'émission est affirmatif :
« Rima Hassan qui est dans l'embarras, puisque ce matin, l'eurodéputée de La France Insoumise a été placée en garde à vue. Problème, la police a retrouvé de la drogue de synthèse dans son sac lors de cette même garde à vue. » Dailymotion
Le 30 septembre 2026, à propos des accusations de propos antisémites visant Jordan Bardella, Praud affirme : « Ces accusations ne sont pas prouvées jusqu'à présent. »
Puis : « Mais prouvez-le ! Prouvez-le, dites-le nous, parce que c'est très important. »
Et surtout, il ajoute : « Donc j'entends, je regardais hier soir, je zappais, il y avait des débats absolument partout, parlant de ça, mais il n'y a pas de preuve. »
Il reconnaît néanmoins la gravité des propos qui sont attribués à Bardella. Dailymotion
Disons que les dix années de macronisme ont apporté deux « valeurs » dans notre paysage politique et médiatique : « le en même temps » et le « deux poids, deux mesures ». C’est le second qui concerne notre sujet du jour : pour Bardella, Praud réclame que les preuves soient établies avant que l'accusation ne soit traitée comme un fait. Pour Rima Hassan, il présente sur son plateau la découverte de « drogue de synthèse » alors même que le produit est encore en cours d'analyse ; la substance présentée à l'antenne comme de la « drogue de synthèse » n'était finalement pas de la 3-MMC.
Devrais-je enfoncer le clou ?
Laissons parler les protagonistes.
Mettons les deux camps face à face, avec leurs propres mots.
La parole de Jordan Bardella
Le 28 septembre, après la publication de l'enquête de Mediapart, Bardella nie totalement les accusations : « Ces propos sont parfaitement délirants. Ils ne sont pas les miens. » Il précise : « Pas plus qu'ils ne sont ceux du jeune adolescent de 17 ans que j'étais à l'époque. » Puis : « Je les conteste. » Et annonce : « J'ai évidemment missionné mon avocat qui a déposé une plainte en diffamation. » Enfin, il donne une interprétation politique de l'affaire : « Je pense qu'on est face à quelque chose d'extrêmement organisé ». Et : « Ça ressemble à une opération de barbouzerie. » Dailymotion
Le lendemain, il va encore plus loin, parlant des « prémices d'une guerre totale, d'une tentative de déstabilisation de la campagne présidentielle et d'une tentative d'assassinat politique destinée à tuer sa carrière ». Europe 1
La parole de Mediapart
Fabrice Arfi répond sur un registre complètement différent. Le 30 septembre, il affirme : « Il y aura la démonstration de ce que nous avons écrit et pourquoi nous sommes en capacité de démontrer que les propos attribués à Jordan Bardella sont de la main de Jordan Bardella. »
Et surtout : « On ne va pas mettre la réputation du journal en jeu sur des informations aussi sensibles.
Si on n'est pas sûr à 200 %. » leparisien.fr
Il explique également que Mediapart doit concilier deux exigences : apporter des éléments
Probants tout en protégeant ses sources. leparisien.fr
Puis, le 1er octobre, Mediapart publie effectivement les éléments annoncés : captures de conversations Messenger, éléments d'authentification par Meta et extraction certifiée par huissier.
Restons dans le wait & see, car les éléments publiés par Mediapart étayent fortement son attribution des messages à Bardella, mais Bardella continue de les contester et a annoncé des plaintes pour diffamation puis faux et usage de faux. Donc, suite au prochain épisode…
Que va réserver l’avenir ?
Sur cette affaire ? Il y a donc maintenant deux récits incompatibles :
Mediapart : nous avons authentifié les échanges --- Bardella : ce sont des faux.
La justice devra donc déterminer ce qu'il en est, cherchera à établir la vérité après la bataille politique, alors que la bataille politique, elle, se déroule maintenant.
Plus largement, et cela est mon sentiment. D’ici les élections, l’électorat du RN déjà concerné par l’affaire des détournements de fonds de la présidente et de son entourage n’a pas créé de séisme à l’intérieur du parti suite à ces révélations et ces condamnations. Pour de nombreux membres du RN, le parti est comme une religion, on suit le chef contre vent et marée. D’autant que « l’affaire » Bardella pourrait synthétiser ce que beaucoup pense tout bas sans le clamer sur les toits.
Et comme tout ce tintamarre passera devant un tribunal après l’élection, Bardella, je crois, peut dormir tranquillement. C’est juste qu’actuellement, ce soit un moment désagréable à passer… La princesse de Savoie sera là certainement pour le consoler.
Alors, à Dieu, vogue la galère !
Georges ZETER/octobre 2026
vidéo :
Il n’y a pas de lien sur la bio de Bardella car je ne veux pas lui faire de la pub !
SOURCES
· Mediapart — enquête initiale sur Jordan Bardella, 28 septembre 2026
Mediapart — Jordan Bardella face à ses écrits antisémites
· Le Parisien — Fabrice Arfi annonce la suite de l’enquête, 30 septembre 2026
Le Parisien — Fabrice Arfi annonce la suite de l’enquête
· Mediapart — publication des éléments annoncés, 1er octobre 2026
Mediapart — publication des éléments
· Le Parisien — authentification des échanges Messenger / Meta
Le Parisien — extraction des données Messenger via Meta
· RTL — Bardella annonce une plainte pour faux et usage de faux
RTL — Bardella dénonce les « pseudo-preuves »
· RTL — Bardella parle de « prémices d’une guerre totale »
RTL — « Tuer ma carrière politique »
· Le Monde — affaire Rima Hassan : résultats de l’analyse des produits
Le Monde — Rima Hassan et la drogue : retour sur un emballement médiatique