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Bardella tend un piège

Bardella tend un piège

par Fergus
mercredi 10 décembre 2025

Selon toute vraisemblance, la Justice condamnera dans les prochains mois Marine Le Pen à l’issue de son procès en appel* et prononcera à son encontre une peine d’inéligibilité qui devrait l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle de 2027. Cette sanction entraînera ipso facto au Rassemblement National l’investiture de Jordan Bardella. Une très mauvaise nouvelle pour quelques aspirants candidats...

Qu’il soit ou non, comme l’affirment nombre d’éditorialistes et de politologues, un « produit marketing » boosté par un cartel de patrons de médias, Bardella est, de facto, le mieux placé des candidats déclarés ou putatifs à l’Élysée pour faire triompher les couleurs de son parti, le Rassemblement National, et entrer en vainqueur dans le palais républicain après deux mandats jupitériens calamiteux pour le pays et pour les citoyens qui le composent.

Bardella président de la République, tel est le scénario qui, en effet, se dessine à ce jour si l’on en croit les sondages. Et cela malgré l’insigne incompétence de l’homme fort du RN en matière d’économie, et en dépit de son absence criante de projet cohérent pour le pays comme ont pu le constater, souvent avec des mots peu flatteurs, les patrons du MEDEF lorsqu’ils l’ont reçu dans le cadre de leur université d’été le 28 août au stade Roland Garros.

Eu égard à la convergence des intentions de vote mesurées par les Instituts de sondage, l’émergence au plus haut niveau du jeune président du RN – il n’a que 30 ans – n’aurait rien d’une surprise tant son parti agrège les mécontents de tous bords dans un pays dont la gouvernance, déjà vacillante avant juin 2024, est devenue erratique depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, au point de donner l’impression que la France est dirigée par un canard sans tête.

Bien que Bardella soit, entre autres qualificatifs, jugé « creux », « inconsistant » ou qualifié de « coquille vide » par de nombreux observateurs, le président du RN semble de facto avoir une chance réelle de gagner l’élection présidentielle de 2027. Et cela d’autant plus que les idéologies populistes et nationalistes défendues par les partis de droite radicale, voire d’extrême-droite, ont le vent en poupe un peu partout en Europe et séduisent désormais au-delà de la clientèle habituelle. 

Une belle foire d’empoigne

Croire que les jeux sont d’ores et déjà faits n’a évidemment aucun sens à 16 mois du premier tour alors que l’on ne sait rien de la liste des candidats qui brigueront officiellement les suffrages des électeurs. Surtout dans le contexte actuel de « foutoir » politique et, à gauche comme à droite, de guerre d’ego des chapeaux à plumes. Seule certitude : le candidat du RN sera présent au 2e tour de la présidentielle. Et cela rebat les cartes.

Pour une raison simple : aucune candidature n’ayant suffisamment de poids pour se détacher des autres, la 2e place qualificative devrait se jouer à un niveau très bas, possiblement aux alentours de 15 %. Cela laisse augurer une belle foire d’empoigne entre les protagonistes, chacun étant persuadé d’avoir sa chance de décrocher le Graal : un 2e tour face à ce Bardella réputé « inexpérimenté » et enfermé dans un discours identitaire « simpliste », voire « caricatural » aux allures de vernis en trompe-l’œil.

Le piège n’est toutefois pas dans cette lutte de pathétiques volailles qui se prennent pour de majestueux albatros, mais dans la tentation des électeurs de céder plus que jamais à la tentation du « vote utile ». Objectif : à défaut de soutenir le candidat de son choix, permettre à un candidat plus ou moins compatible et présumé plus solide, de décrocher la place de finaliste avec, en cas de qualification, une chance de pouvoir contrer l’ambition du RN.

Mais quel candidat ? Le sondage de 2e tour réalisé récemment par Odoxa pour Public-Sénat et la Presse écrite régionale (PQR) n’a testé que quatre personnalités – Attal, Glucksmann, Mélenchon et Philippe – dont nul ne sait si elles seront en lice. Toutes seraient battues plus ou moins largement, voire laminées. Ce qui, à ce jour, n’a qu’un intérêt anecdotique tant les éléments de conjoncture économique, sociale, géopolitique ou judiciaire peuvent, d’ici au scrutin, mettre à mal tous les scénarios.

Marine Le Pen a, en compagnie de 24 autres élus du RN, été condamnée en 1ère instance dans l’« affaire des emplois fictifs du RN ». Elle a écopé d’une peine 4 ans de prison (dont 2 avec sursis), de 100 000 euros d’amende et de 5 ans d’inéligibilité. Son procès en appel se tiendra du 13 janvier au 12 février 2026. Le jugement, mis en délibéré, ne devrait pas être connu avant l’été.


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